‹ La langue basque et les idiomes de l'Oural structure grammaticale et déclinaisonChapitre 9 sur 27 · LA DÉCLINAISON BASQUE · texte numérisé non relu

LA DÉCLINAISON BASQUE

Nous nous sommes efforcé, dîins le premier fascicule de notre travail intitulé la langue liasque et les idiomes de l’Oural, de faire ressortir les analogies, soit grammaticales, soit lexicographiques qui se manifestent entre l’idiome des montagnards pyrénéens et ceux des populations altaïques. Le but de ce présent Mémoire sera différent. Nous nous proposons d’étudier, en elle-même, cette déclinaison Basque, si variée à la fois et si différente de celle des autres langues connues. Nous nous efforcerons de faire ressortir, avec toute la clarté possible, sa structure agglomérante, son excessive abondance de formes, et surtout l’influence prédominante que le système de la déclinaison a exercé sur le développement de l’idiome tout entier. 11 s’agit donc en quelque sorte de faire ici, pour la linguistique, ce qui depuis nombre d’années déjà se fait pour les cartes de géographie. Prenant le système des flexions casuelles comme point de départ, et pour ainsi dire comme premier plan, nous jetterons un coup d’œil rapide et général sur tout l'ensemble de l’idiome. Rien n’a été négligé pour rendre aussi complet que possible ce Mémoire , fruit d'une

année entière de recherches assidues. Il sera divisé en quatre chapitres : le premier traitant des caractères de la déclinaison Basque, dans ses rapports avec la grammaire générale de cette langue ; le second sera consacré à l’examen des divers paradigmes de déclinaison, des genres, des nombres, de la classification des désinences casuelles. Il sera question dans le troisième, de la forme, de l’emploi, de la valeur et, autant que possible, de l’origine ou étymologie de chacune des flexions déclinatives. Enfin nous terminerons par une comparaison du système de la déclinaison Basque avec celui des idiomes ouraliens, qui s’en rapproche à beaucoup d’égards; et, par extension, nous parlerons des aflinités de l’Eskuara avec diverses familles de langues. Besoin n’est pas de dire que nous nous sommes étayés surtout des travaux de S. A. I. le prince Louis-Napoléon Bonaparte, de M. l’abbé Inchauspe, auquel nous sommes heureux de témoigner ici toute notre reconnaissance; de M. d’Abbadie, de M. le capitaine Duvoisin, en un mot, des plus éminents Vasconisanis de notre époque.

Cap. I"

Du système général de la déclinaison Basque

§ STRUCTURE AGGLOMÉRANTE

En Basque, ainsi que dans la plupart des autres idiomes agglomérants, les flexions casuelles sont très faiblement attachées au radical dont elles dépendent. Il est rare qu’elles subissent une flexion analogue à celle qui caractérise les idiomes indo-européens. Tout au plus, les désinences simples seront-elles des contractions du pronom; par exemple, len du génitif et de l’inessif, lequel semble se rattacher à la flexion postpositive no, jusqu’à, qui elle-même n’est pas sans quelque affinité avec le pronom nor, qui, quelque, chaque (le r est ici pour l’euphonie). Il y a loin, toutefois, de ce procédé de contraction ou de brisure à celui que nous découvrons dans le Latin fiHis pour filiahus. Dans ce dernier exemple, en effet, il y a véritablement flexion terminative , c’est-à-dire fusion entre les éléments qui constituent la désinence, et au contraire dans le Basque, ilendi-a-r-i, à la montagne, nous trouvons successivement l’article a, signe du mode défini, le i marque du datif et le r euphonique; mais aucun de ces éléments ne sont combinés entre eux; nous les trouvons simplement juxtaposés, et par suite, faciles à séparer.

Si la désinence n’a pas la force de fondre en un tout harmonique, les membres qui la composent, encore moins pourra-t-elle agir sur la voyelle du radical, comme cela a lieu dans l’Allemand, Baender, pluriel de Band, lien ; ou changer la physionomie entière du mot, ainsi que cela arrive si souvent en vieux Français; par exemple, Seigneur, cas oblique de sire, dérivé du bas latin senior; major, cas oblique de maire, du latin major, etc., etc.

1 “ Confusion entre le radical fléchi et le mot composé. — 11 est souvent fort difficile de distinguer la désinence casuelle, de la particule postpdsée faisant office de préposition. Citons, par exemple, le destinât! f yaunent^at, pro domino. On peut, presque indifféremment, l’écrire en un mot, suivant l’usage commun, ou en deux, yaun entzat. Dans le premier cas, l’on pourra soutenir que les deux dernières syllabes constituent une simple terminative; dans le second, l’on prétendra sans s’éloigner beaucoup plus de la vérité, que la syllabe Izal forme une particule indépen dante, comme le inter latin dans la phrase ursos inter et leones. Cela est si vrai, que les philologues, qui rédigent les grammaires d’idiomes agglomérants, sont rarement d’accord entre eux sur le nombre de cas à établir. Ce genre de difficulté est à peu près inconnu aux grammairiens classiques. On verra, du reste, par la suite de ce travail, combien il est difficile d’établir en Basque ce qui est ou non flexion casuelle, et la presque impossibilité où l’on se trouve d’indiquer une bonne méthode de discernement.

2“ Rôle multiple joué par la flexion casuelle. — La désinence, pouvant se détacher si aisément du mot dont elle dépend, conserve, en partie du moins, sa valeur significative et n’atteint pas avec la même perfection que dans nos idiomes Japhétiques, son véritable but, qui est simplement de préciser et de modifier le sens du radical. Ainsi, nous verrons souvent en Basque, la finale casuelle former, par sa seule adjonction avec la racine, des substantifs dérivés, susceptibles, eux aussi, de se décliner, de donner naissance à de nouveaux dérivés. Ex. Ezkonge, caritif de Ezkon, nuptiæ (litt. sine nupliis}, sera aussi un vrai radical 'substantif, ayant le sens de célibataire. Idiki, viande de bœuf, n’est autre chose que l’adverbial de ldi, bos, et signifie litt. more bonis. Dans la suite de ce travail, nous verrons qu’un grand nombre de ces désinences, qui forment les substantifs ou adjectifs dérivés, peut-être même toutes celles qui ne sont

point de provenance étrangère, doivent naissance aux marques de cas.

L’a final, signe du défini, peut être, lui aussi, considéré comme flexion déclinalive. Son adjonction à un radical muni de certaines désinences casuelles, a également pour effet de transformer ce dernier en une racine secondaire. Ex. Buru, caput; burttko, pro capite et burukoa; litt. quod pro capite, un bonnet. Gerri, venter; gerriko, pro ventre, et gerrikoa, une ceinture. Sous leur forme définie, ces mots sont de vrais substantifs; sous la forme indéfinie, ils peuvent être pris aussi bien comme substantifs radicaux, que comme substantifs munis d’une flexion casuelle.

Certaines racines ont, dans la forme définie, un sens plus restreint. Ex. Eg^m, qui est à la fois adverbe dans le sens de hodie et substantif dans celui de dies, tandis qa’eguna signifie simplement le jour, et n’est plus que substantif.

Au moyen de cet a final répété et précédé d’une flexion casuelle, on peut d’ailleurs former des composes jusqu’à l’infini. Ex. Àita, père; aitaren, du père; ailarena, illc qui est patris; aitarenarena, ille istiusqui estpatris, etc., etc., et ainsi de suite. On voit, par cet exemple, que certaines syllabes, les flexions casuelles, ainsi que les marques du participe, de l’infinitif peuvent s’intercaler avec l’article, en nombre indéfini.

D’autres fois, la flexion, unie à un radical substantif, change ce dernier en une postposition , sinon pour la forme, du moins pour le sens. Ex. Atze, étranger; atzean (litt. in extraneo, in boste), hors de, extérieurement; arle, fente, intervalle; arlean, entre, parmi, etc.

Les degrés de comparaison sont assez souvent aussi formés de la même manière. Handien est, à la fois, génitif pluriel et radical du superlatif, magnorum, maximus. On doit, je pense, reconnaître le locatif de l'inanimé Ao, avec affaiblissement de la consonne initiale et précession de

l’article dans le signe du comparatif en go. Ex. Elurra bano zuriago, plus blanc que la neige.

Le Basque formera également, au moyen de l’instrumental ka ou ga, le nombre ordinal. Ex. Hiru, trois, et hirugarren, troisième. .4u moyen de l’instrumental seul, l’on forme le partitif. Ex. Lan, quatre, et laukha, par quatre, etc., etc.

L’emploi des formes déclinatives n’est pas moins remarquable dans la manière de traiter le verbe. Le participe décliné s’unit à l’auxiliaire être, ou plutôt à la forme qui tient lieu du verbe. Ce .système, tant prôné de certains philologues comme le seul conforme à la logique, qui consiste à dire je suis aimant pour j’aime, est donc à certains égards celui qu’a suivi la langue basque. Dans elhorlen naiz , \(t viens, nous rencontrons le verbe substantif naiz, je suis, ou du moins la forme pronominale qui supplée au verbe, et le nom verbal elhorlen, illud venire, ou plutôt in illo ‘Kenire, puisque ce nom est à l’inessif. Le Labourdin formera le futurye serai, parlajuxta-position de l’adjectif verbal mis au locatif avec l’auxiliaire. Ex. Izango ou izanen naiz, je serai; litt, « pro illo, ex illo esse; sum ». Remarquons, au reste, que ces formes déclinatives, si décidément analytiques , ont certainement remplacé d’anciennes formes plus empreintes de l’esprit de synthèse. Le Labourdin, du temps d’Oïenhart, disait (1) : «azaùe, je serai. Aujourd’liui, il préfère tourner par izanen naiz. Le Soulelin emploie, même à présent, les formes archaïques, nizale ou nizaite.

Enfin, certaines formes spéciales du verbe se forment également par voie de déclinaison. Ex. A'izala, me esse, quod ego sum, n’est autre chose que l’indicatif présent muni de la finale intensive, et pourrait se rendre litt. « ad illud ego sum ». Ici, nous voyons le verbe recevoir des

(I) Etudes euskarieones, préface par M. A.-Tb. d’Abbadie.

flexions casuelles aux difTcrentes personnes, temps, modes de sa conjugaison, procédé qui semble vraiment spécial à la langue Basque. Dans cet idiome, en elTel, l’a dit un auteur, il n’est rien qui ne puisse se décliner jusqu’aux conjonctions, adverbes, lettres de l’alpbabet,

3° Unité dans le paradigme de la déclinaison. — Dans les idiomes d’origine Aryo-européenne, la désinence s’incorporant au radical, de manière à perdre toute individualité et à faire corps avec ce dernier, peut subir d’importantes modifications, de manière à satisfaire aux exigences de l’oreille. De là, tout naturellement, des différences profondes dans la manière de traiter les déclinaisons. Plus les langues (Japhétiques) se développent, plus la diversité de ces mêmes déclinaisons entre elles devient frappante. Elle l’est, par exemple, beaucoup plus en Latin qu’en Sanscrit. De plus , les flexions casuelles de l’adjectif, du pronom , du participe, du nom se modifient, suivant certaines lois spéciales à chacune de ces parties du discours. En Basque, au contraire , la structure agglomérante s’oppose à ce qu’il en soit ainsi. Il n’y aura de changement dans la désinence, que lorsqu’il y aura changement dans le rapport à exprimer.

Eclaircissons tout ceci au moyen d’un exemple.

En latin, nous voyons auriga et ancilla être de la même déclinaison, bien que de genres différents; levita, homo et dommus, tous les trois masculins, se ranger dans trois classes diverses ; la désinence i marquer le datif, mais à la troLsième déclinaison seulement. Unie à un mot de la seconde, elle deviendrait signe du génitif. Il semble que les langues classiques se soientplues à varier leurs désinences, de façon à prévenir la monotonie du discours.

Le Basque s’y prend tout autrement. S'il tente de prévenir celte monotonie, ce n’est pas en variant les flexions, mais en les supprimant le plus possible, ainsi que nous le verrons pins loin ; de plus, le genre du mot décidera irrévocablement, suivant (]uel paradigme il doit être décliné.

S’il appartient au genre animé, il prendra les désinences propres à ce genre; il en est tout de même, si le mot est du genre inanimé. Enfin, lorsqu’il e.\isle des flexions déclinatives spéciales pour chaque genre, elles seront généralement plus distinctes l'une de l’autre, qu’en Latin. Par ex. relatif est en tik, tarik pour l’inanimé, en en ganik pour l’animé. De plus, une même désinence ne peut servir à marquer deux cas différents, dans deux différentes déclinaisons, comme le i latin. En Basque, cz final sera toujours et partout et exclusivement le signe du médiatif.

Quoiqu’il en soit, ces légères dissemblances, que nous remarquons entre la déclinaison de chaque genre; celle, plus légère et purement euphonique, que l’on signale entre la déclinaison du radical à consonne finale et la déclinaison de celui qui se termine par une voyelle, ne saurait nous autoriser à contester le principe de l’unité de paradigme dans la déclinaison, au sein des idiomes agglomérants. Ces dissemblances ne sont pas plus marquées que celles existant en Latin, entref)cMset/7(icr, mots qui tous les deux appartiennent, néanmoins, au deuxième paradigme. Nous verrons, toutefois, le pronom n’être pas traité absolument comme un radical ordinaire. C’est, en effet, le pronom qui semble avoir été l’organe du perfectionnement dans les langues. C’est par lui, qu’a dû s’effectuer le passage du monosyllabisme à l’agglomération, de l’agglomération à la flexion.

4® Variation dans l’emploi des désinences. — Le Basque, en raison même de sa structure agglomérante, jouit d’une liberté beaucoup plus grande que les dialectes indo-européens dans le choix de ses désinences casuelles. Tantôt, il se servira de la finale du locatif, au lieu de celle du génitif. Ex. Izanennaiz ou izanyo naiz, je serai, du datif actif au lien (lu nom verbal au nominatif. Parex. (dialect. Biscayen.) Dagoz obligaurik; (dial. d’Ochandiano), dagoz obligaute, obligatus est. Le médiatif, au besoin, s’emploie pour le

sociatif. Ex. Eginaz ou eginagaz, par le faire, par l’action, faciendo. Un cas simple est pris, parfois, au lieu d’un cas composé. Ex. (dial. Guipuscoan) ez du bularrikan; (dial. Biscay.) ez dauko bularrik, uberaoon habet. Le plus souvent l’Eskuara se borne à supprimer le signe du génitif devant une désinence ou une particule qui d’ordinaire régit ce cas. Ex. Aitarekin ou ailakin, cum pâtre.

5“ Des lettres euphoniques. — Voici un caractère tout spécial à l'Eskuara, par lequel il s’éloigne des autres idiomes à nous connus, et qui fait parfaitement ressortir sa nature franchement agglomérante. Cette langue manifeste une crainte si vive de voir les voyelles contiguës s’élider ou se fondre, l’une dans l’autre, qu’elle prend généralement grand soin d'intercaler une consonne euphonique entre le radical et la désinence, lorsqu’il se manifeste un hiatus. Ordinal-, rement, cette consonne est un r. Ex. Gizon-a-r-en, hominis, pour gizon-a-en; gizon-a-r-i, homini, pour gizon-a-i. A l’inessif du genre animé, certains dialectes, et spécialement le Biscayen, emploient aussi le g. Ex. Chori-g-a-ri, avi, pour cAori-a-r»; nt(/an, in me, pour ntian. Au pluriel, ceslettres euphoniquesdisparaissent souventetl’hiatus se manifeste en toute liberté. Ex. Ilandiei, magnis, pour handieri, forme usitée encore dans certains cantons.

La consonne intercalaire ne s’emploie généralement pas non plus devant l’article final. On dira handiaren, magni, et non pas handiraren; egiari, veritati, et non pas egirari. Il en serait autrement dans les exemples tels que les suivants, gophora, la coupe, pour gopho-a. Ezkerra, la gauche (du llomano-provençal escaï.)

L’emploi de ces lettres euphoniques se retrouve fréquemment aussi, dans les mots composés. Ex. Ugotcho , brochet (litt. loup d'eau), pour «r otcho ou plutôt u-otcho, avec élision de la gutturale; belhule, cil, pour begi-ule, et parahi'év. be-^ile (litl. oculi capillus). Huintutch, nu-pied (pour huin utch). Gudondarte, triomphe, pour gudu on

arte (litt. post bonam pugnam). Le t, ici, s’est changé en d, comme cela a lieu d’ordinaire après une nasale, Ex. Elefandi, éléphant, enda et eto, etc.

Le Français, lui-même, n’oITrc-t-il pas un emploi analogue de certaines lettres euphoniques, dans les locutions y a-t-il? a-t-on vu? Mais chez nous, elles ne se placent qu’entre deux mots séparés, tandis qu’en Eskuara nous les rencontrons dans des mots composés, ou même au sein de la déclinaison.

Nous ne saurions regarder comme euphonique, la lettre < de l’inessif indéfini dans handitan, in magno, par opposition au défini handiaan. Car ici, elle disparaît au moment, où il serait le plus nécessaire de prévenir l’hiatus. Il en est de même, de la syllabe ta intercalée aux locatif, élatif et allatif de l’indélini inanimé, puisque cette syllabe peut s’effacer et s’elface en effet à d’antres mode et genre, sans amener de rencontre désagréable à l’oreille. Ex. Menditako, pour une montagne, et mendiko, pour la montagne. Nous verrons plus loin quelle est la valeur et l’origine probable de cette dentale suivie ou non d’une voyelle. Peut-être, toutefois, est-elle purement euphonique à l’élatif défini, menditik, ex monte, pour mcndi-ik.

(Juant à la syllabe ga (abréviation de gain, dessus, sur), laquelle se rencontre aux correspondants de l’animé, par exemple: Etsaiareii-ganal, i\ l’ennemi (lourrir), ilest clair qu’elle forme une sorte de mot composé , tout comme le ba ou bai (signe de l’afiirmation), parfois préposé à la désinence inessiveen Labourdin. Ex. Ai baithan, in me (pour ni/an). Elle a une valeur symbolique, marque le genre, et, suivant l’observation de l’abbé Darrigol, se rapproche de notre locution française sur ou sus, courir à l’ennemi, marcher sur une ville.

Nous passons sous silence, l’emploi des voyelles euphoniques, destinées à prévenir le choc des consonnes. Par ex. dans hounetau ou huntan, in eo. — Gizonek, sujet actif.

pour gizon-k. — Indarrex, par force, pour indarz, etc. (Ici, le r redouble devant une voyelle.) Presque toutes les langues connues offrent des traces de ce procédé.

6“ Méthode inter calative. — En Basque, ainsi que dans la plupart des idiomes à structure agglomérante, lorsque deux mots régis l’un par l’autre ou employés au même cas, se suivent immédiatement, le dernier pourra prendre seul la désinence caractéristique , et les autres se présenteront sous leur forme radicale. Par ex. on dira aussi bien gizon, emakume, haur guziak, tous les hommes, toutes les femmes, tous les enfants, que gizonak, emakumeak, haurrak , etc., etc. Ce serait un solécisme que de dire zamariaren handiaren burua, la tête du grand cheval ; il faudra supprimer la première désinence génitive, et dire Zamari, etc., etc.

Au reste, cette loi, dont certains dialectes indo-européens nous offriraient au besoin plus d’une trace, souffre, même en basque , bon nombre d’exceptions. Elle doit naturellement se présenter au sein des idiomes agglomérants, où elle prévient, ainsi que nous l’avons fait observer, la monotone répétition de désinences identiques.

7“ Flexions multiples. — C’est une particularité des idiomes d’origine aryenne, que les désinences de cas ne se combinent presque jamais entre elles, et restent affectées à l’expression d’un rapport unique. En Ba.sque, an contraire, les mêmes désinences peuvent s’unir l’ime à l’autre, et souvent alors, elles exprimentune relation complexe. Citons, par exemple, l’expression eremutikan, ex deserto, per desertum. 11 est formé du radical eremu, désert, de l’élatif lik et de l’inessif an. — Le composé Ezpanartekoan, en partant pour l’Espagne, où nous trouvons l’allatif ra, le locatif leko et l’inessif an.

On pourrait, jusqu’à un certain point, comparer ces formes à celle du latin, vobiscum, ou mieux encore, aux désinences du Sanscrit bhy-am, bky às. Latin i-bus, a-bus.

Très exceptionnel, chez les peuples indo-européens et restreint à un petit nombre de cas, leur emploi est au contraire continuel en Eskuara. Ces terminatives s’appliquent à tous les radicaux et forment une partie notable de la déclinaison.

De plus, dans le Latin vobiscum, la forme dativc n'ajoute rien au sens, l'idée serait aussi clairement rendue par le barbarisme vos-cum. Au contraire, dans le Basque, hementikaral, d’ici en avant, chacune des deux flexions a son sens propre; l'élatif tik indique départ d’un endroit, et l’allatif arat, direction vers un autre endroit où l’on compte s’arrêter.

Il existe, d’ailleurs, en Basque, des terminatives régissant un cas spécial, sans pour cela étendre leur signification primitive. On pourrait, par conséquent, les rapprocher davantage de Informe latine précitée. Ex. Aitaren-tjana (génitif et illatif),ou aita-gana, vers le père; Zaldungoki (locatif et adverbial) , ou zaldunki, chevaleresque.

Voici une remarque, qu’il ne faut pas oublier, c’est que grâce à l’emploi de ces flexions multiples, les désinences des idiomes indo-européens et celles des idiomes agglomérants ont parfois une signification assez différente, lors même qu’elles pourraient être traduites l’une par l’autre. Kous en avons vu un exemple dans l’élatif inessif eremutikan. On le traduirait en latin par ex deserto, ce qui ne rend point l’idée exprimée par l’inessif.

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