I«. — FLEXIONS CASUELLES PROPREMENT DITES
Le radical servant en Basque de nominatif, de vocatif et généralement aussi d’accusatif, nous ne pouvons nous dispenser de commencer par lui, l’étude des flexions casuelles. A l’indéfini il ne prend aucun signe particulier. Ex. gixon, homo; au défini, il se postpose l’article. Ex. gizon-a, l’homme. Le pluriel est en ak, ex. gizon-ak, homines. Le radicil soit défini, soit indéfini, soit pluriel, sert à rendre :
1® Le sujet d’un verbe neutre ou passif, ou du verbe substantif; que ce dernier soit exprimé ou sous-entendu. Ex. Hemen da zure adiskidea, votre ami est ici. Yauna dator, le maître vient. Erhoaren sinhestea zuhur uslea, la pensée du fol est qu’il est sage. (Litt. Insani cogitatio, sapientis opinio.) llchasoankil direnak, ceux qui ont péri dans les flots, etc., etc.
2® Le vocatif. Ex. (Dial, Labourdin,) argia etaüuna, bedeinka zazue yauna; lumière et ténèbres, louez le Seigneur. Remarquons à ce propos que le Basque emploie généralement le radical défini pour rendre le vocatif, même lorsque le sens est indéfini.
3® Le régime direct, sauf certaines circonstances spéciales, dans lesquelles on emploie aussi le datif actif. Ex. (Dial, de Marquinà.) Erakusi eyidazu arpegiya, montremoi ton visage. Le Basque est un de ces idiomes qui n’ont pas senti la différence entre les notions objective et subjective, non plus que le Finnois, et c’est pourquoi il les exprime toutes deux par un seul et même procédé.
4® Le régime de certaines poslpositions. Ex. torrea bezela, torrea legez, comme une tour. N’oublions pas enfin
que le radical a quelquefois une valeur adverbiale. Ex. egun, aujourd’hui, et eyuna, le jour.
A. Actif.
A l’indéfini et au défini est en k, précédé au besoin de e euphonique. Ex. gixonek, gizonak. Au pluriel il est en êk ou eek, autrefois aek. Nous avons déjà dit pourquoi. En Guipuscoan, l’actif pluriel est en ak et ne se distingue (sau par l’accent), ni de l’actif de singulier ni du radical pluriel. On met à l’actif :
1“ Le sujet de la voix transitoire. Ex. kaurrak yan du, l’enfant a mangé.
2“ Le sujet du verbe actif. Ex. (Dial. Labourd.) zure lepoak iduri du bolziko dorrea, tuum collum assimilatum est eburneæ turri. Il en serait de même si le verbe transitif ou actif était sous-entendu. Ex. urde gosseak, ezkur ametch, porc affamé rêve de glands. Horak non mina, han mihia, le chien (porte) la langue, là où (est) son mal.
3° Le cas actif, par une particularité assez bizarre(1),se conserve dans la forme adjeclive du verbe, là où les Latins emploieraient l’ablatif. Ex. aitak hil arazi du, le père a fait mourir, et ailak hil arazi duena, celui que le père a fait mourir. Nik egin dudan liburua, le livre que j’ai fait. Aitak hil arazia, celui que le père a fait mourir. IS'ik egina, ce que j’ai fait.
On se rend facilement compte de ce caractère de l’actif Basque, participant à la fois de l’ablatif et du nominatif latin, si l’on voit dans le k final une contraction de l’instrumental en ka ou ga. D’autres langues, du reste, ont recours à des procédés semblables. M. Stenthal nous affirme que pour rendre cette idée « rex scripsit hune librum », le Tibétain tourne ainsi « per regem hujus libri scriptura. »
(1) Note de M. l'abbé Inchaupse.
A" La désinence active s’applique encore au traitement masculin du verbe. Ex. nuk, je suis (parlant à un homme) •
par opposit. à nwn, je suis (lorsqu'on s’adresse à une femme), et quelquefois à la seconde personne impérative de certains verbes. Ex. emak, donne, de ematia, donner, etc., etc. Nous no parlons pas ici du participe passé, lequel prend le k final. Il constitue, comme on verra plus loin, un vrai cas composé.
B. Médiatif.
A pour caractéristique le z final. Ex. mendiz. A l’indéfini, il est quelquefois précédé du e euphonique. Ex. gizonez. Le pluriel prend le ta préfixe, parfois précédé luimême du ê. Ex. sing. aitaz, per patrem; aitêtaz, per patres.
Le Labourdin emploie tzaz, pour taz. Ex. emastetzaz , per fœminas; nausietzaz, per dominos. Je pense que ce tz u’esl qu’une altération euphonique pour t. On sait que tes Labourdins font leur infinitif en tze, pour te. Dans les autres dialectes, même, on voit le z final de médiatif se changer volontiers en tz. Ex. bayetz, que oui (litt. per ita) ; ezetz, que non; nik eginetz yeroa, après que j’ai fait. Le pronom personnel de la première et celui de la deuxième font leur médiatif en (az ou zaz. Ex. nitaz, per me; gutaz, ou guzaz, per nos. Ce cas exprime :
1“ L’idée de l’instrument employé pour faire telle ou telle chose, pour obtenir tel ou tel résultat. Ex. borchaz, par force; enganaz, par ruse; galduko dudan beldurrez, parce que j’ai craint, par crainte de le perdre, etc., etc.
2“I1 peut répondre, suivant l'occurence, à nos prépositions de, au, avec, en, après. Ex. lirioz ingurutua, entouré de lis ; ardoà edanaz ardanôya ézta arrankùra, l’ivrogne ne se soucie pas du vin qu’il a bu ; trompel’ otchez , au bruit de la trompette ; emak zaretaz, donne à plein panier ; koztuz, aux frais de; belzuriz, en fronçant le sourcil;
apbainduz, en raccommodant; franzesez erraüenda,\’on dit en Fiançais; habelez aurildki, lancé avec la fronde; adiskidia ikhértuz harhézak, prends l’ami après l'avoir éprouvé.
3® Ce cas sert quelquefois à rendrel’ablatif latin. Ex. nere bihotzez zeraul yabetu, qui s'est empare de mon cœur.
4® Ou notre préposition pendant. Ex. gauax, gabaz, de nuit, pendant la nuit.
5® Ou notre adverbe en ment. (Le Basque ne rend guère l’adverbe que par le radical simple, une flexion casuelle ou une flexion postpositive.] Ex. guzi, tout, et guziz, notamment. surtout; aldiz, contrairement, par contre ; neAez, difficilement (neAe, peine, difficulté, fatigue).
6" La première et la seconde personne de l’indicatif présent du verbe être, lesquelles, suivant toutes les apparences, ne consistent que dans le inédiatif régulier du pronom personnel. Ex. niz, je suis (de ni, ego; lilt. per me); hiz, tu es (de lii, toi; litt. per te).
7® Le même cas forme des dérivés. Ex. buruz, en tête (de buru, tête) ; ezkaz, insuffisant (du radical ezka, peterc, flagitare).
8® Il est employé dans certaines locutions, telles que les suivantes: noiz , quand (de nor, quoi, quel?); noiz edo noiz, une fois ou l’autre; egun oroz, toute la journée; ainzinez ainzin, face à face; mendiz mendi, de montagne en montagne; belhi nago hasberenez, je ne fais que soupirer (litt. semper stoper suspiria); besoz-beso , bras dessus, bras dessous ; (okiz toki, de lieu en lieu.
9“ Enfin il sert à former certains dérivés indiquant la profession. Ex. okhin, boulanger, et okhinza, boulangerie, le métier de boulanger.
Dans certaines circonstances, l’on peut employer indifféremment le mediatif ou l’instrumental. Ex. indarrez ou indarka, par force ; huinez ou huinka, à pied ; zaldika ou zaidiz, à cheval. Le dialecte de Bermeo emploie souvent le
sociatif en gaz, pour le médiatif. Ex. ezanagaz (pour ezanaz), dicendo. Nous serions fort portés à voir dans la finale médiative une abréviation du pronom zer.