L. Causatif et Despectif
Ces deux cas, confondus au singulier, sont employés surtout à l’animé. Us consistent dans la finale gatik (élatif contracté de gain) ou gaili, en Labourdin, parfois précédée, parfois non, de la finale du génitif. Ex. nere-galik, pour moi, ou malgré moi (litt. pardessus moi). Au pluriel, l’emploi du génitif caractérise le causatif. Ex. handiengatik, propter magnos. llandiak-gatik , magnis invitis. C’est cette circonstance qui nous décide à classer ce cas parmi les flexions casuelles et non parmi les postpositions. Quelquefois cette flexion s’unit à un mot du genre inanimé. Ex. gauetako beldurrak gatik, à cause des frayeurs de la nuit, contre les, etc., etc. Ici, nous \oyon& gatik dans le sens de pour, à cau^e de, précédé du nominatif pluriel, ce qui est tout à fait exceptionnel et ne se rencontre guère qu’au genre inanimé.
Lorsque notre particule par se peut tourner au moyen de la locution à came de, on emploie le causatif. Ex. (dial. d’Arrat.) kurutze santuaren senaleagaitik lihradu gaizuz, par le signe de la croix, délivrez-nous. (Dial. Guip.) Otoiz
mendutxen zaituxtet, kampoetako baxmntxak gatik, adjuva nos per capreas camporum, etc., etc.
§ 11. — FLEXIONS POSTPOSITIVES
Nous avons déjà dit en quoi consistent ces flexions. Elles s’éloignent des désinences casuelles en ce qu’elles ne subissent tout au plus que des modifications euphoniques (par ex. ka ou ga à l’instrumental], et ne possèdent point de signes servant à distinguer les genres ou les nombres. Quelques-unes d’entre elles, le sociatif, par exemple, se font précéder du génitif au singulier, et gardent le radical au pluriel. D’autres, comme le caritif, intercalent quelques syllabes par redondance.
La plupart d’entre elles restent complètement invariables et ne régissent que le radical. D’un autre côté, elles s’éloignent des postpositions, en ce qu'elles ne consistent qu’en un monosyllabe, uni au mot principal par l’unité d’accent. Enfin, on ne saurait les confondre avec les flexions composées, puisqu’elles sont formées d’un signe unique, tout au plus, précédé, dans certaines occasions, du signe du génitif ou de l’actif, et cela seulement pour marquer le nombre, caractère toutefois qui n’est pas trop constant. Quoi qu’il en soit, ce caractère ne se retrouve plus dans les autres flexions postpositives; les deux que nous venons de citer forment donc pour ainsi dire le passage de la flexion casuelle à la flexion postpositive ; les autres établiraient plutôt la transition de la flexion positive à la postposition.
A. Sociatif
Le sociatif est en kin, sauf en Souletin où il est en ki, ainsi que le modal. 11 est d’ordinaire précédé du génitif au singulier, mais le plus souvent du radical simple au pluriel. Ex. mendirekin, cura monte. Apaindu dezagun zedrozko
olahm, compingamus illud tabulis cedrinis. Quelquefois,
au contraire, il remplace au pluriel, par la finale active k,
la flexion génitive du singulier. Ex. zurekin, avec vous
(vous sing.), pl. zuekkin, cum vobis. Le r euphonique s’ef- '
face parfois. Ex. galduekin, cum perdito [pour galdurekin).
Les Souletins font toujours précéder la particule ki, lorsqu’elle répond à notre préposition avec, du signe du génitif. Ex. héltziareki érran dut, il m'a dit , en arrivant (litt. avec l’arrivée). Zamàri erosiéki yoàn da, il est parti avec les chevaux achetés.
C’est le seul moyen qu’ils aient de distinguer ce cas du modal, lequel est aussi en ki, mais est précédé du radical simple.
Les Biscayens remplacent la finale kin par kaz. Ex.
(dial. Bise.) neure mirria neure aromakaz; (dial. Guip.) nere mirra nere aromakin, myrrha mea cum meis aromatibus.
Ce cas correspond assez exactement à notre préposition avec. Ex. nere adiskidearekin ethorten naiz, je viens avec mon ami. Il rend souvent aussi le participe présent pré- ,
cédé de en, lorsque cette particule a un sens se rapprochant de cebi de avec. Ex. maithiarekin , en aimant (litt. cum v
amore). I
La finale kin semble avoir donné naissance à la désinence ghin (enphoniq. pour kin), laquelle marque emploi, ''
fonction. Ex. zurghin, charpentier {zur , bois). Harghin, maçon [harri, pierre). Itzaghin, cloutier (itze ou iltze, clou).
La désinence kin offre une analogie peut-être fortuite avec le cùm Latin, le syn des Grecs, etc., etc.
B. Modal
Est en ki, gi ou egi (par euphonie). Ex. handiki, grandement. Ongi, bien, etc.
Il n’est généralement pas, sauf en Soiiletin, précédé de la désinence génitive, et cela pour une raison que nous allons voir tout à l’heure.
Il répond, en général, à notre adverbe en ment. Ex. erregeki, royalement (errei;e, roi). Goraki, hautement.
Les adverbes étant, par nature, toujours à l’indéfini, on n’a pas eu besoin de recourir au génitif, lequel, avec les flexions postpositives, ne s’emploie guère que pour distinguer les nombres.
La désinence ki donne nai.ssance à une série de substantifs exprimant l’idée de fragment, de division. Ex. eziirki, morceau d’os. Idiki, viande de bœuf. Hik maite dut epherki; Mickaelek achurki, tu aimes la perdrix (la chair de) ; Michel, l’agneau.
D’autres fois, elle exprime la dérivation. Ex. eguzki, soleil (de egm, jour). Istaloki, aine (de ichterr, cuisse). Voy. les finales en zki et ski.
Elle semble parfois jouer le rôle d’augmentatif. Ex. ortz, dent, et ortzoki, dent molaire.
Enfin elle marque emplacement. Ex. Ihorgi, source. Yarghi, siège. Elghi, lieu d’arrivée.
Cette finale paraît n’être autre chose que la désinence sociative dont la consonne finale a disparu. On pourrait aussi, mais avec beaucoup moins de probabilité, y voir une contraction de l’adjectif kide, semblable.