‹ La langue basque et les idiomes de l'Oural structure grammaticale et déclinaisonChapitre 16 sur 27 · C. Caritif · texte numérisé non relu

C. Caritif

Nous aurions dû , pour plus de régularité , placer ce cas avant le modal. Il s’éloigne un peu moins que ce dernier de la nature des flexions casuelles, puisqu’il est d’ordinaire précédé du radical au singulier, de l’actif au pluriel.

Cela est surtout vrai en ce qui concerne les pronoms. Ex. zugabe , sans vous (vous, respect, singulier), et zuékgabe, sans vous (pluriel). La ressemblance de formes

du modal avec le sociatif nous a décidé à intervertir l’ordre naturel.

De savants grammairiens croient que la forme propre du caritifest gabe ou bage et baga; ces deux formes existent en Biscayen et dans les dialectes Français, mais la première est la plus usitée en Biscaye, et la deuxième en France. Ex. (dial. Bise.) ezkntaurik dagoana baga, absque eo quod intrinsecùs latet. [Dia\. Lab.) Ezkuiaurikdagoena gabe. La forme ge, habituelle chez les Guipuscoans, ne serait peut-être qu’une contraction. Dans cette hypothèse, le caritif devra être considéré comme une postposition véritable, non comme une flexion postpositive.

Il nous est bien difficile de partager cette manière de voir. D’abord, il faudrait opter entre les formes bage et gabe; elles ne peuvent être toutes les deux la première. Si l’on réfléchit, en outre, que les particules bai et gain s’emploient soit pour marquer le genre, soit par simple redondance, à plusieurs cas de la déclinaison, il sera difficile de ne pas regarder la désinence Guipuscoane en ge, comme la plus ancienne. 11 faudra admettre dans bage, baga, la présence de baï et du signe caritif propre; ainsi dans baitan, nous trouvons la finale inessive précédée de bai; quant à gabe, ce nest sans doute que le mot bage retourné.

On pourrait supposer au besoin que cette dernière forme provient de la fusion de gain et du sublatif pe ou d'une finale négative analogue au vi, sinè du Sanscrit et du Zend; peut-être même au heb, sans, des dialectes Celtiques.

La désinence caritive zak, zake pourrait être classée au nombre des flexions composées, si, comme nous le supposons, elle provient du de.stinatif tza, uni au ge final.

Pour être complet, mentionnons une autre forme caritive rarement employée et servant à former des noms ou qualificatifs dérivés. Elle est caractérisée par la dentale simple ou double. Ex. ondikoa, le malheur [on, bon; ko, pro;

a, illud, quod ; et d, di, signe de négation). Chankett, boiteux, de chango, jambe, etc.

Quelquefois le négatifestmarquéenpréfixantlasyllabe ez. Ex. deus, nihil. Ezdeus, vaurien. £zta, non est (pour ezda). Cette même syllabe se prépose parfois sous la forme ze.

Il y a un rapport de filiation probable entre la finale ge et le verbe khentzea, ôter, enlever. Ce qui nous paraît le plus probable, c'est que la finale s’est formée du verbe, par voie de contraction , à peu près comme la désinence k de l’actif du ka instrumental, ou le ki modal du kin sociatif. On peut, à la rigueur, faire dériver le verbe de la particule, avec adjonction du n euphonique, comme dans intz et itz, eau, rosée. Il semble, en effet, que ce soit une particularité de l’idiôme Eskuara, de pouvoir employer les désinences comme radicaux. Ainsi dans izan, être, la finale iz consiste probablement dans la finale médiative, munie elle-même d’une finale inessive et suppléant à l’absence du verbe substantif. Toutefois , nous n’osons rien affirmer à cet égard.

D. Instrumental

Est en ka, ou ga, par euphonie. Il exprime :

1° L’état dans lequel se trouve le sujet pour accomplir l’action. Ex. saltoka datorren, qui vient en sautant. Oinka, à pied. Mous avons vu que, assez souvent, il fait double emploi avec le médiatif.

2° L’objet à la recherche duquel on se trouve. Ex. miaka dabila, il court à la recherche des minerais (vulg. après les minerais).

3” Notre locution Française à coups de. Ex. mazoka, à coups de massue. Harrika, à coups de pierres. Ostikoka, à coups de pied. Tiroka, à coups de fusil.

4“ Notre locution en proportion de. Ex. zuzen arrauka phartitu dugu, nous avons partagé, dans la proportion des droits de chacun.

5“ La préposition par employée avec un nom de nombre. Ex. hamarka, ehutika kondatzea, compter par dix, par cent, par dizaines, par centaines. Erdika, herenka phartizazu, partagez par moitié, par tiers.

6“ Le gérondif en do, lorsqu’il est joint à un participe présent. Ex. ikhuzi, videns, et ikhusika, videndo.

7“ Les prépositions sur, ave-c, lorsqu’elles tiennent lieu de la particule par. Ex. lurka, par terre, sur terre. Ahurka, par les mains, avec les mains.

8“ L’adverbial onga ou onka, bien.

9® Notre préposition entre, parmi, mais seulement lorsque l’instrumental est précédé de l’article. Ex. harriaga, entre les pierres, parmi les pierres. (C'est aussi le nom d’une famille et celui d’une cité de l’antique Ibéric.)

1 0® Cette finale jointe à un verbe équivaut à notre participe présent, ou parfois à un substantif précédé de en, après, avec. Ex. yo-ka, à force de coups, en frappant. Ikhuska eginen dugu, nous le ferons après examen. Hegaldaka, en volant, à lire d’ailes.

Un certain nombre de radicaux substantifs se forment au moyen de la désinence ka Ex. urzo, palombe; urzoka, la chas.se aux palombes (litt. post palumbas). Arrain, •poisson, et arrainka, la pêche. Eue semea urzokara eta arrainkara yoan da, mon fils est allé à la chasse aux palombes et à la pêche.

Beaucoup de verbes se forment de la postposition infinitivc ajoutée au radical muni déjà de la flexion ipstrumentale. Ex. ihaloska, en se vautrant, et ikaloskatzea, se vautrer. Tarrapata, marche bruyante et rapide, et tarrapatakatzea, marcher rapidement et avec bruit. Laurhatzkatzea, marcher au galop [laur, quatre, et atz, ongle).

Peut-être, mais nous n’osons rien affirmer, la finale^a/, ghéi, geï ne serait-elle que la désinence instrumentale, munie d’un i euphonique (comme dans debrua ou debruia, cl diablo).

Cette finale exprime (1) l’idée de destination de matière composant quoique ce soit. Ex. emaztegaia, la femme destinée à être mariée, la fiancée; gizongaia, le fiancé; athorragaia, la toile destinée à faire des chemises; chapelgaia, la matière destinée à faire des chapeaux; galtzagaia, la matière destinée à faire des chausses de pantalon ; etchegaiak, les matériaux destinés à construire une maison. Ce mot s’emploie aussi seul et l’on dit : non dira gaiak ou gayak? Où est la matière première? Où sont les matériaux?

Dans l’hypothèse où ce gaia dériverait de la syllabe ga, l’on a ici un nouvel exemple de la propension des Basques à employer une désinence en guise de radical.

E. SUBLATIF

Est en pe. En Labourdin, il est toujours pris comme suffixe casuelle; dans les autres dialectes, il est souvent pris seul comme substantif ayant le sens de la partie inférieure, le dessous. Quelquefois la dernière lettre du radical s’élide par euphonie. Ex. lape, lurpe, fosse (litt. sub terrâ). Ilhun, soir, et ilhumpe crépuscule (litt. sub sero).. Nous n’avons point rencontré cette finale précédée de l’article. Elle se rattache probablement à l’adjectif behereko (inférieur), que l’on n’emploie guère au radical. 'Celte syllabe be ou pe provient peut-être du Béarnais pée, pied, dérivé lui-même du Latin;ies. Le redoublement de la voyelle précédée d'un h dans behereko est un procédé familier à la langue Basque. Ex. nahas ou nas, ensemble, mêlé. Mahatch ou match, raisin. L’adjectif aurait adouci la consonne initiale, que la finale casuelle a maintenue sous sa forme primitive.

(1) Note de M. l’abbé locbauspe.

F. Premier Adverbial

Est en td, ou dd, par euphonie. Ex. ezkerra, la gauche, et ezkertb. à gauche. Eder, beau, et edertà, élégamment. Ondà, bien {on, bon). Pour le sens, il se confond avec le modal et l’adverbial second. Jamais nous ne l’avons trouvé précédé de l’article. On voit qu’il appartient à la classe des flexions à lettre initiale muable.

G. Deuxième Adverbial

Est en rd après une consonne; en ero après une voyelle. Ex. lazter, rapide, et tazterrero, rapidement. Cintzà, habile, elcintzorà, habilement. Nazkagarri, horrible, et nazkagarrirb, horriblement. Guzi, tout, et guzirb, totalement. On le fait souvent, comme nous le verrons plus loin , précéder du ki modal. Il entre dans la composition de quelques substantifs. Ex. chiki, petit, couper, et chikirb, mouton (par opposition à ahari, bélier); vraisemblablement aussi, dans celle de gerb, après; geroa, la suite; ezkero, ensuite [ez préfixe), et peut-être même dans celle de l’adjectif oro, tout; à moins pourtant qu’il ne soit luimême une dérivation de ce dernier.

H. CoNTINUATir

Est en no. Oraï, à présent, et oraino, puisqu’à présent. Nous verrons, en traitant des flexions composées, qu’il est presque toujours précédé de la désinence illative. L’abbé Darrigol regarde cette flexion comme une contraction pour den oro {den, usque ad, et oro, omne). Je croirais plutôt qu’elle se rattache au relatif nor, qui, et qu’elle a par conséquent une origine commune avec les finales du génitif et du locatif.

I J. Contributif

Est en kal, khal, et correspond à nos locutions ait fur et à mesure, chaque fois que, en raison de. Ex. (dial. Soûl.) hàn ébilkal ikhuslen dut, chaque fois que je vais là, je le vois. (Dial. Labourd.) Yin-khal gizonek, à mesure que les hommes viennent. Ilaur-klial, pagatzen dagu erregenta, nous payons l’instituteur, à proportton (du nombre) des enfants.

L’origine de cette flexion est fort obscure; il ne serait pas impossible qu’elle fût formée, par voie de contraction, dcrillatifou de l’intensif, précédé de l’instrumcnlal. Dans ce cas, elle mériterait presque autant d’être considérée comme flexion composée que comme poslposition.

K. ÜNITIF

Est en sta. Il forme plutôt un adjectif dérivé qu’un cas de la déclinaison, et correspond à nos locutions garni de, muni de. Ex. urhe-sta, doré. Zilhar-sla, argenté. Vrhe-sta da aldare hori, cet autel est doré. Souvent il est suivi de la finale du verbe ou du participe. Kx. komplimendustatzea, complimenter. Ezkosta itzazu apartememJiek, cirez les appartements.

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