CHAPITRE I
STBVCTIIRE eRftlHHiliTICALE
Pressés par le temps nous ne pourrons donner au présent mémoire toute l’extension que nous aurions désiré. Nous laisserons les langues Touraniennes de l’Asie presque tout à fait en dehors de nos recherches. Nous nous attacherons spécialement aux langues Ouraliennes proprement dites qui semblent du reste avoir conservé beaucoup plus fidèlement que leurs congénères de l’Orient les principaux traits de leur physionomie primitive et à presque tous les égards se rapprochent aujourd’hui encore bien davantage de l’Eskuara.
Ainsi que le Finnois, le Lapon, le Magyar ou Hongrois, le Basque ou £iÂ:(/ara appartiennent à la classe des idiomes agglomérants ; c’est-à-dire que chez eux la relation grammaticale n’y est point marquée au moyen d’une mutation interne de voyelles comme cela a si souvent lieu dans les langues sémitiques : par exemple en arabe, «7m, science; œlama, savants; — qaiab, il a écrit ; qoteb, il a été écrit ; qittob, des livres ; ni au moyen de la fusion des divers éléments de désinence entre eux et de leur influence sur la racine. Prenons par exemple en grec le participe présent du verbe -cûxrw, dont le radical est TuirrovT, la désinence vr formant la caractéristique du partiticipe. Le masculin se trouve régulièrement marqué en grec par la désinence ç, le féminin par ta et le neutre ne prend point de signe spécial.
On devrait donc s’attendre, à avoir les formes suivantes, masculin -tuTtrovr-ç ; féminin, Tumwr-ta ; neutre, wittov-t. Les lois phonétiques propres à la langue grecque ne permettent point qu’il en soit ainsi et les éléments auront à subir une
sorte de fusion. Le t; du masculin doit disparaître comme trop dur à l’oreille ; en revanche, la voyelle qui précède sera renforcée et il restera la forme usuelle tuxtwv. De même pour le féminin, le ti se raccourcit en ? et la syllabe ov s’adoucit en ou ; nous dirons donc -rumouaa et non ■uiTirovria. — Enfin quand au neutre, il ne subit qu’un seul changement qui est la suppression du T final. Comme exemple de l’influence exercée sur la racine par la flexion, citons l’adjectif français difine et le verbe rfoijner; le sanscrit èottoiA, savoir, et l’indicatif présent édrfAdmi, je sais, dans lesquels la voyelle radicale elle-même se trouve sensiblement modifiée.
En Basque et dans les langues de l’Oural, les choses se passent tout différemment. En règle générale, le radical reste toujours invariable ; il n’y a guère d’exception que pour les pronoms personnels, lesquels subissent un commencement de véritable flexion. Par exemple en Lapon, won, moi, todn, toi; au pluriel nous, sije, vous; au duel wôi, nous deux, soi, vous deux. — En Turk, 6en,jeou moi, datif bam à moi; SCO, toi; sanfi à toi, etc., et quelques verbes, surtout dans le rameau tchoudique et spécialement en Eslhonien. Par exemple en Esthonien siduina, lier, soeiama, être lié ; séutud, ce qui doit être lié. — En Lapon, mon leb, je suis, et mon lijeb j’étais. — On trouve cependant en Magyar kel, il apparaît, il sort et koelt il fait éclore ; — tel, il remplit, et toelt, il verse, il fait remplir. Nous ne parlerons point ici des idiomes Rotte et Ostyake de l’Ienisseï, chez lesquels le principe de la flexion semble aussi développé que dans les langues sémitiques, parce que leur origine touranienne, bien que probable, n’est point encore scientifiquement démontrée. Il se pourrait d’ailleurs qu’elle fût chez eux le fruit d’une importation étrangère. C’est ce qui a eu lieu notamment pour la nation finnoise des Ostyakes Surgutes, lesquels ont adopté la flexion à l’exemple de leurs voisins de l’Ienisseï, à partir d’une époque qui vraisemblablement n’est pas fort reculée. Us changent volontiers l’a et l’a en i et en y dans les mots qui sont munis de la suffixe possessive, par exemple, amp, un chien, et mon chien.
— tâs, la marchandise, et tùem, mes marchandises, — pôm, l’herhe, et pymem, mon herhe, etc.
Le Basque, lui, nous fournira un exemple de flexion pronominale dans ni, je ou moi ; génit. nere de moi ; datif neri, h moi, etc. La voyelle radicale se modifiera également dans quelques parties de la conjugaison verbale. Par exemple, niz ou naiz, je suis (traitement indéfini) et nutu, je suis (parlant à une seule personne) ; — diala, qu’il est, au lieu de duela, qui serait la forme réguUére, mais n’est pas toujours employé. Il en est de même dans un petit nombre de substantifs contractés, hirur trois, et Aeren (contr. pour /tiVuren), le tiers Aemerefzi dix-neuf (contr. pour hamar, dix, et bedctatsi, neuf).
On le voit donc, nialgré le petit nombre d’exceptions cidessus mentionnées, l'absence de flexion interne n’en reste pas moins un des caractères qui rapprochent le Basque des idiomes de l’Oural, tout en le séparant nettement des familles sémitique et Aryenne.
Nous ne verrons pas davantage ni chez les Basques, ni chez les peuples de l’Oural, les éléments qui constituent la désinence se fondre et s’amalgamer les uns avec les autres. Par exemple dans le Magyar, varos-oknak, datif pluriel de varos, ville, oArsera le signe exclusif et non modifié du nomlire et nak celui du cas.
— De même dans le Turk, sev-ich-e-me-mek, ne pas pouvoir s’aimer réciproquement, ich marque la réciprocité (p. ex. sev-ich-mtk, s’entre-aimer), la syllabe me indique la négation (p. ex. sev-me mtk ne pas aimer) le « est le signe delà possibibté {sev-c-mek pouvoir aimer). Enfin la syllabe sev constitue la racine et la finale mek, le signe de l’infinitif. Il résulte de tout ceci que les désinences peuvent être considérées comme des mots véritables. Il sera aussi conforme à la vérité de voir un signe de datif dans la syllabe nak du mot varos ok nok, que d’y voir une particule ayant le sens de notre préposition à, vers; de même dans l’Eskuara gizon-entzat, pro homine, nous pourrons soutenir indifféremment qu’il n’y a qu’un mot ou bien qu’il en existe deux, le premier correspondant à notre mot homme, le second à notre particule pour.
Tout au plus supprime-t-on parfois, ou contracte-t-on une des suffixes ajoutées au mot, mais sans lui faire subir de manipulation comparable à celles dont les langues, indo-européennes nous offrent de si nombreux exemples, p. ex. en Lapon, acc. sing., ottjeh, le père, et accusât, plur., atijit (contr. pour attje/Âl); en Esthonien haerge, des bœufs (contr. pour haer- I gaede] enBasque) ÿ/zonoA, l’homme (sujet actif du singulier) et
gizonek les hommes (pour gizonu-ek, forme qui existait encore du temps d’Oïenhart et s’est peut-être conservée jusqu’aujourd’hui dans quelques dialectes.
Remarquons toutefois que ces pluriels contractes en vigueur dans les idiomes du groupe tchoudique, en Lapon, en Suomi ou Finlandais, dans plusieurs dialectes samoièdes, tels que le Yourak et le Tavgu, entin dans l’Eskuara lui-même, nous rappellent beaucoup plus ceux du Sanskrit que ceux des autres idiomes d’origine touranienne.
Le Basque du reste a eu tant de crainte de voir les divers éléments de flexion se confondre l’un avec l’autre qu’il ne manque guère, lorsque l’occasionVen présente, de les séparer au moyen de lettres euphoniques. Le pronom de la 3' pers. a feia au génitif a-r-en et non a-en. On dira au locatif ghonel-aii, in homine, et non g zon an. Le t se trouve ici intercalé dans le but de prévenir le hiatus et l’élision de voyelle qui en pourrait être la suite. Certains dialectes toutefois, tels que le Labourdin et le Cantabre emploient les formes datives ckorie-i, haniie-i, avibos, magnis, au lieu du souletin chorier, handier ou des formes encore plus complètes chorieri, handieri usités dans quelques cantons.
Il n'est pas surprenant que des affixes si mal attachées au mot principal ne puissent exercer presque aucune influence sur la voyelle du radical. Tout au plus parviennent-elles à augmenter son intensité, mais sans modifier essentiellement sa nature ; par exemple, en Magyar, la racine substantive est souvent accentuée, tandis que la racine verbale ne l’est pas, p. ex. (itszik, dormir et àlom, sommeil.
Une autre conséquence du principe d’agglomération, c’est
if
qu’il ne saurait y avoir, ni en Basque ni dans les langues de rOural, plusieurs paradigmes pour la déclinaison et la conjugaison, au moins dans le sens qu’auraient attaché à ce mot les Grecs et les Latins. Les quelques différences (souvent motivées par la loi d’harmonie des voyelles dont nous parlerons tout à l’heure) que l’on remarque dans la manière de traiter certains noms ou certains verbes ne sont pas en général aussi considérables que celles admises par le Grec entre la déclinaison de xEjpotXT) et celle i^jAspa, la conjugaison de et celle de ipiXud. Or, l’on sait que ces différences se réduisent à fort peu de chose, et sont pour ainsi dire imperceptibles. La forme déterminée du Magyar irom, je l’écris (par exemple irom à levelet, je l’écris la lettre) est à l’indéterminé irok j’écris (par exemple irok à levelet, i'écris la lettre) dans le même rapport que le verbe actif du latin à son passif, et non pas dans celui ou la première conjugaison se trouve vis-à-vis de la cinquième.
Il existe un autre genre de flexion très-fréquent dans la famille indo-européenne : c’est celui qui consiste dans le redoublement d’une partie de la syllabe radicale, par exemple en grec parfait XsWxa ; en latin parco, parfait pep 'rci ; il parait n’avoir jamais été fort pratiqué par les peuple Ouraliens. Le Lapon néanmoins en offre un exemple, par, exemple mon /«ijesuis; optât, mon lulibontublub({\i^]e. sois, encore est-ce plutôt là un cas de répétition du mot entier qu’un véritable redoublement.
Mentionnons enfin une dernière espèce de flexion, laquelle semble plutôt du ressort du dictionnaire que de celui de la grammaire. Elle consiste dans une altération de la voyelle destinée à marquer non un simple changement de catégorie, mais bien une modification dans la signification du mot (1). Par exemple en Magyar, ail être debout, et ûU être assis ; —
(t) Voy. Rflsbrig, Ectairciitemenli $ar quelque! potnli de la grammaire de! tangue! tarlare!
nmaz, ille hic, et tmez, hic hic; — azon, ille, et ezen, hic; — /à, arbre et fü, herbe ; — ide, de ce côté-ci et ode, de ce côté-là.
En Turk Osmanli, gelmeq, venir et qalqmaq, rester, — olmeq mourir et o/maç, devenir, en Samoyède (dial. Ostyake) ^gahga, sœur ainée et ngenya, sœur cadette.
En Tongouse Orotong okhi, frère et ôkt, sœur. En Ostyak de l’Ienisseï, k'it, celui-là et kit, celui-ci môme.
En Mandjour ama, père et emé, mère ; — amklia, beau-père et emkhé, belle-mère ; — bimé, être et boumé, mourir ; — ghaÿàfl,mile etghéghé, femelle; — ga/an, résolu, hardi etgcgen, faible, indécis; — garoudat, oise,au fabuleux, le phénix des Indous, et géroudeï, sa femelle, — fouçikôn abject, vil et vécikhon, précieux, élevé ; — vazimé, descendre et vézimé, monter.
De môme en Basque, aretché, veau, ou génisse et orotch, veau mâle; — wrdé, porc et ahardi, truie; — k'irruka, râler et karraka, râcler, grater; — a, et ak, lui, celui (forme active ou déterminée et i, ik (forme interrogative ou indéterminée).
Nous trouvons au reste quelques vestiges de ce procédé dans plusieurs idiomes appartenant aux familles les plus diverses, mais bien moins marqués que dans les dialectes Touraniens. Par exemple, en Norrain, fukr, blanc, brillant et fetgr, noir; — en Arabe, nar, feu et nour, lumière ; — en Breton, korn, corne de la tète et karn, celle du pied ; — en Taïtien, rau, grande feuille et rou, feuille de petite dimension ; — en Marquesan, koée, anguille de mer, et kouée, anguille d’eau douce ; — en Hawaïen, pa, toucher et pi, ramper ; — en Tonga, ta, frapper et <i, jeter (I).
Une loi euphonique commune au Basque et aux idiomes de l’Oural, c’est celle qui proscrit l’emploi d’une double consonne au commencement du mot ; quelques expressions de provenance étrangère échappent à la règle, p. ex. en Esthonien <raaf,|de l’Allemand Drath, fil de cordonnier; — traggon, dracunculus.
(1) CauBsin, Du dial> de TaW.
Mais souvent aussi, spécialement en Suomi et en Magjar, ces mots perdent la première consonne, la séparent de la suivante ou ont recours à une voyelle initiale. P. ex. de l’Allemand schmer, corde, slall, écurie, le Magyar fait sinôr, ûtdllo. — Le Suédois traita, chanter ; plankn, plancher devient en Suomi rallaiaa, palkki.
Cette loi du rejet de la double consonne souffre néanmoins, quelques exceptions dans plusieurs mots d’origine certainement touranienne, exceptions généralement plus apparentes que réelles, et tenant à l’orthographe ; il est clair que dans le Magyar lyuk, trou (prononcez youk), l’oreille ne perçoit que le son d’une seule consonne au commencement du mot. De même dans le Lapon sun, serviteur (pron. comme s’il yavaitcAoarm).
D’autres fois néanmoins, elles tiennent au système phonétique propre à tel ou tel dialecte. Sans parler des demi-voyelles y, U, w, qui admettent parfaitement une consonne devant elles, p. ex. en Suomi tyoetaa, manger, ni des lettres répétées p. ex., en Magyar sznrv, corne (pron. ssarv), ni des palatales ou sifflantes précédées d’une dentale, p. ex. enEsthonien de Dœrpat, sooy, sabot (prononcez t>ùg). Bornons-nous à rappeler que le Lapon admet volontiers un s init. devant d’autres consonnes, p. ex. dans snjaera, rat (Ost. ti figer) ; — stalo, un géant, un cyclope; — stoirwk, un renne femelle qui ne donne pas de petits; — mjuttje pointe, piquant, etc.
Sur ce point, le Basque se montre plus sévère que la plupart de ses congénères. Tous les mots commençant par deux consonnes que l’on rencontre dans son vocabulaire, tel que pleitu, procès, plaid; — klar cluiv; — /;rimicin prémices, sont d’origine française, espagnole ou provençale, et paraissent s’être introduits à une époque fort récente. Ceux dont l'adoption remonte plus haut ont déjà, pour ainsi dire, été habillés à la mode basque, p. ex., kurutze croix, — pfureka frotter (latin, fricare). — Loria, délices (latin, gloria). Quant aux mots vraiment et purement basques, ils ne souffrent point de consonnes avant la demi-voyelle ni de dentale avant la sifflante, du moins au commencement des mots. Bien plus, certains
— fi —
dialectes, repoussent presque toute accumulation de consonnes, même médiales. Du français persil, p. ex., ils fontperechil.
Nous ne parlerons pas de la répugnance qu’éprouve le Basque à admettre le r comme son ini'ial; il dit arropa pour robe, Erroma pour Rome ; le latin reyem devient errcge. Cette loi euphonique semble spéciale a l’Eskuara (t) et ne se retrouve point dans les dialectes Touraniens, du moins dans ceux de l’Europe.
Il nous reste maintenant à examiner la loi d’harmonie des voyelles. Les voyelles des syllabes de relation doivent s’harmoniser avec celles des syllabes de signification.
Il existe en effet trois ordres de voyelles, les dures qui sont a, O, M (ou). — Les molles a, œ, u. — Les moyennes i, e.
1° Si les voyelles du radical sont dures, celles de la désinence doivent être dure.s aussi.
2° Si elles sont molles, les voyelles terminatives seront molles également.
3° Les voyelles moyennes réclament presque toujours des voyelles de flexion molles.
4° Des voyelles dures et moyennes au radical, réclament des voyelles terminatives dures.
5° Les voyelles molles et moyennes du radical, réclament des voyelles de terminaison molles.
P. ex., enTurkaÿW maître, pluriel aghd-lor, — er homme, pluriel er-ler. — En Magyar liaz maison ; haz-bol de la maison ; — kert, jardin et kert boel du jardin, etc.
Laloi d’harmonie a disparu du Basque, sauf, dit-on, de deux petits dialectes montagnards, notamment celui de l.loiio. Nous n’oserions toutefois affirmer l’e.xactitude de ce fait.
Peut-être en est-il resté quelques vestiges dans certains mots, tels que hagun écume. Au.- un et irin farine, etc.
(1) Elle existe en Tamoul, et M. d’Abadie l’a retrouvée chez plusieurs n' tions alVicaines.
Parfois l’on dirait qu’en vertu d’une loi toute opposée, ce soit la voyelle terminative qui exerce son influence sur les précédentes, p. ex. dans mocAo/on mousseron, — morrorfon cadeau pascal (litt. don de la marraine). Nous ne croyons pas au reste, devoir partager l’opinion de certains linguistes qui voient dans cette loi d’harmonie, un caractère essentiel des idiomes, Touraniens et prétendent exclure de leur sein, toute langue ou elle ne serait pas observée. Un dialecte du Tchérémisse, le le Tavgu, le Jourake, s’accorde à la rejeter, et cependant leur origine Ouralienne ne saurait être contestée.
Si de l’étude des lois phonétiques nous passons à celle de la grammaire proprement dite, le premier caractère qu’il conviendra de signaler en raison de l’influence décisive, qu’U semble avoir exercée sur la constitution et le développement de la langue Basque, aussi bien que des idiomes de l’Oural, ce sera la structure inverse de la phrase. Le régime précède le mot auquel il se rapporte, le génitif a le pas sur le substantif qui le gouverne, l’objet a le pas sur le verbe. Citons p. ex., le Magyar mulatsàgomat talalom benne, je trouve ici à m’entretenir (litt. colloquium meum invenio hic.) — Le Lapon, jubmtleb jnttolet (Deum colere ) — LeSuomi, silma on Ruumin walkeut, oculus est corporis lucerna, etc;, de môme en Eskuara, lumatu ariean olluske horiek arta handi behar dute (litt. ad plumis coopei iri usque in avicuti isti, cura magna necemtatem habenl.)
n résulte de là, que la particule de relation doit suivre son régime, et que la prép siiiiin devient forcément une fmtposilion. Citons p. ex., le Lapon, kôle sisne, dans la maison (litt. domoin). — Le Magyar hnjléknetkuel sans toit (litt. tecto sine); — l’Esthonien, arvio Icu-bhi (amore cum). etc.; — le Basque 2Mre ÿprrt pour vous (litt. tuipro).
On pourrait même dire sans trop d’ine.xactitudc, que cette loi d’inversion est la base sur laquelle s’est élevé tout le système grammatical des peuples Touraniens. Ils n’emploient guère en effet, d’autres signes de relation que des suffixes, lesquelles dans le principe étaient sans aucun doute des noms ou pro-
noms isolés. Plus tard, elles se seront soudées d’une manière plus ou moins complète avec le régime qu’elles suivaient. Cette hypothèse, ainsi que nous le verrons plus loin, se trouve presque changée en certitude par l’étude attentive et la comparaison des dialectes Finnois et Tartares.
Du reste, ces règles de syntaxe sont btiaucoup plus scrupuleusement observées parmi les tribus atlaïques que chez les peuples de l’Oural. Le plus souvent, nous verrons le Magyar ou le Suryène ou même le Basque se borner à placer la postposition après le nom, le régime indirect avant le mot auquel il se rapporte. Pour tout le reste, on suivra tantôt l’ordre logique, tantôt l’ordre naturel des idées. Citons par ex. le proverbe esthonien hea koehttais on orja kergeparras palk, une bonne nourriture est la meilleure récompense pour le serviteur. — Issa kuel saab naete, ayga lapsed ei ta emtna (pater certe reperit uxorem, sed pueri non reperiunt matrem.) — De même en Lapon i te utseo daigeb pareb (non est parva farina melior) : c’est un paresseux, un propre à rien. — Kreir.e munji tabb puorist, explica mihi hoc exacte ; — Wina piwajatta almatjeb, vinum refocillat homincm, etc. Citons le proverbe Eskuara : yainkoak, beta langile on izanngali, nahi du lankide. (litt. Deus, etiamsi operarius bonus sit, desiderio habet auxilium).
On voit môme certaines postpositions changer de place et se mettre avant le régime : p. ex. en Esthonien, enne mind, devant moi {enne, devant). En Suomi, tuuli wastaan (ventum contra) ou wastaan tuuli (contra ventum). Au reste, cette particularité par laquelle les plus nobles des idiomes de l’Oural se rapprochent du système indo-européen, nous la rencontrons surtout dans le rameau tchoudique.
Aucun des idiomes de l’Oural ne possède de formes grammaticales propres à distinguer le masculin du féminin. P. ex. en Votuèke, puhi, kôva, suvê signifieront à la fois saint e.l sainte, dur et dure, profond et profonde. Les quelques formes féminines du Basque dans artzniu, pasteur et artzainz, bergère ; — alhargun, veuf et alhargunz, veuve ; — okhin.
boulanger et okhim, boulangère ; — debru, diable et debruz, diablesse ; — a»’«, ahari, mouton et ardi, brebis, ne sont vraisemblablement qu’une contrefaçon des désinences romanolatines en isse, esse, issa ; p. ex. en français, prophète et prophétesse, dieu et déesse, diuble et diablesse, pécheur et pécheresse, tigre et tigresse. En général, lorsqu’il devient absolument nécessaire de montrer que l’individu dont on parle n’appartient point au genre masculin, on emploie quelque mot ayant le sens de femme, femelle ; p. ex. en Magyar : Kiraly, roi et kiraly n»e reine (litt. rex fœmina) — en Eskuara wdi, porc et urdeme (contr. pour urde eme), truie, (litt. porcus fœmina).
Quelques idiomes touraniens et le Basque entre autres, établissent une distinction plus ou moins complète entre le genre animé et le genre inanimé. Nous en reparlerons plus loin.
La voyelle préfixe semble avoir une valeur générique dans les deux mots basques heb, tante et Oceb, oncle.
Il existe aujourd’hui encore en Eskuara certains débris de ce que nous pourrions appeler une langue des femmes. Plusieurs expressions sont spécialement réservées à l’usage des hommes, plusieurs autres à celui de leurs compagnes. Un individu du sexe masculin appellera sa sœur orreb. Une femme la désignera du nom de ahisp. Nous ne rapportons qu’à titre de simple curiosité ce fait, auquel nous ne connaissons point d’analogue dans les idiomes Atlaï-Ouraliens. Plusieurs peuples sauvages des deux continents ont au reste un langage spécial pour les femmes, p. ex. les Mandingos en Afrique, les Chiquitos, les Mou es, les Guayacurus, les Caribes et les Guaranis dans l’Amérique du Sud (1). S’il faut en croire Virey, chez ce dernier peuple, les femmes auraient eu l’habitude de changer d’idiome en se mariant. Aux nations déjà citées, joignons les Grvenlandais, les Miztéques, les Natchez
( 1 ) Baibi, Introdua. à l’Âltas ethnographique du globe, liv. 1 '', p. — Virry, Hisl. naturelle du genre humain, vol. III, p. 118 .
dans l’Amérique du Nord. On trouve également chez les Az'èqttes, les Quichés et les Caqchiquels quelques traces de cette particularité (1).
Un mot suffira au sujet des affixes possessives usitées dans la plupart des dialectes de l’Oural, mais que le Basque semhle avoir perdues depuis longtemps.
Elles accompagnent soit le radical, soit les divers cas de la déclinaison du nom et de l’adjectif, p. ex. en Votueke, raetti, une cravatteet raeltini, ma cravatte ; — liniu, un oiseau et/mtusi, ton oiseau; —poika, un fils, poikano, votre Cûs, poigaleno à votre fils. Remarquons au reste que ces sufflxes ont également disparu de l’Esthonien, et qu’elles sont à peine employées en Suryène.
Nous nous étendrons un peu davantage sur la rareté des dérivaux pronominaux au sein de l’Eskuara et de ses congénères occidentaux.
Une des causes qui sans aucun doute ont le plus contribué à la clarté du discours dans les idiomes indo-européens, c’est la remarquable facilité avec laquelle le pronom s’y prête à former de nouveaux mots par voie de dérivation. Les racines s’y divisent donc en deux grandes familles presque également fécondes. La première dite famille verbale, comprend les racines des mots de signiOcation, le.squelles, par l’adjonction de certaines affixes, se transforment en noms, verbes ou qualificatifs, p. ex. en grec, le radie. Xty d’où XÉyw, Xoyôç, Xiyüiv, Xoytxoç.
A la seconde, désignée du nom de famille pronominale, se rattachent une grande partie des mots de relation (prépositions, conjonctions, beaucoup d’adverbes.) Citons p. ex. le latin ab, geecim, sanskrit apa, formé lui-même du a démonstratif et de la finale pa.
Ce mode de dérivation n’offre du reste rien qui nous doive étonner, la racine pronominale étant en raison môme de sa
(1) Voy. M. l’abbé Brasseur de Bourbourg, Grammaire de la langue Quichée.
nature abstraite et indéterminée, de toutes la plus propre à rendre l’idée de relation.
Dans les idiomes Touraniens, les choses se passent d’une manière assez différente. Les adverbes de lieu, interrogatifs ou relatifs, la plupart des conjonctions, qui au reste sont fort peu nombreuses, ne consistent guère, il est vrai que dans certaines formes casuelles de la déclinaison pronominale. Citons p. ex. Le Lapon tame, ou tanne ici, qui est l’essif de tat celui-ci. ce. — Le Suryène nekœn nulle part (contr. pour nekaden), essif de l’indéfini nekod personne nul. — Le Basque nota comment? Constitue l’allalif de nor qui, quel ?
Le Suomi A-un, quand, alors que, n’est lui aussi que le génitif du même pronom.
En revanche, la plus grande partie des adverbes, et toute une classe de mots de relation, les posipositions ont une origine, soit nominale soit adjective. D’ordinaire, c’est le nom luimême qui, à un ou plusieurs cas de sa déclinaison, se change en particule; p. ex. le Lapon adnem, acquisition, donne au locatif adn'st, beaucoup. — Le Tchérémisse lo, medium, forme l’illatif lochka et l’inessif lochtn, entre, parmi. Parfois c’est le radical ou nominatif lui-même qui sert de particule, p. ex. enMordvine alo, sous, et la partie inférieure ; — en Lapon sis, dans, et le dedans. Généralement, ainsi que le démontrent les exemples précités, c’est la mot à sens général et abstrait qui donne naissance à la particule. Néanmoins, ce peut être quelquefois aussi le nom à valeur matérielle ou concrète ; du radical W0, la bouche, le Suryène formera à l’essif womœn, au travers de.
Nous le voyons donc clairement, la postposition est dans les idiomes de l’Oural confondue d’une part avec la flexion du cas, de l’autre avec le substantifs Elle pourra à l’occasion se décliner, recevoir l’affixe possessive, comme p. ex. dans le Magyar mellc, auprès; melleten auprès de moi (litt. meum propinquum) ; melletled, penes te ; — koeruel, autour, koeruellem, autour de moi (litt. circum me) ; koeruelled circum te ; koeruifUe, circa eum, etc.
L’Adverbe, lorsqu’il consiste en un cas du nom, se confond fréquemment arec la postposition, p. ex. en Suomi, edellae, edeltae devant et auparavant ; — en Lapon manga et mangel, rétro, post, postea, in futurum, etc. Assez souvent aussi ces deux classes de mots se rendent chacune par un cas différent, p. ex. en Suomi, l’adessif jaelellae, sera adverbe et aura le sens de pone, et l’inessif jaellessae correspondra à la préposition aprèt, ensuite de.
Nous voyons parfois enûn, le nom ou qualificatif tomber en désuétude, excepté précisément aux cas ou il est pris comme particule. Cette dernière semble alors se rapprocher davantage de la préposition indo-européenne. P. ex. l’allatif Tchérémisse unike, super, l’ablatif wüelek, ab, proviennent d’un radical aujourd’hui perdu, wûl, tête qui s’est conservé dans le Suomi, paa, Esthonien Suryène wüü ; Magyar fej ; Turk bach.
Toutes les particularités que nous venons de signaler, se retrouvent en Basque, p. ex., aide signifie à la fois groupe, troupe et autour ; ondoan, auprès, est le locatif de ondo, pied (litt. in pede) ; — yero a le double sens de suite et ensuite, après; — le mot eguna, le jour, sous sa forme radicale egun, correspond à notre adverbe aujourd’hui, etc.
Une conséquence naturelle de l’absence de prépositions véritables, et du peu de flexibilité du pronon au sein de la souche Touranienne, c’est sa pauvreté en fait de conjonctions, cette classe de mots se prêtant en effet moins que toutes les autres à être rendue au moyen de racines verbales.
Le petit nombre de conjonctions que nous rencontrons ne sont même pas du moins dans les idiomes du nord de la Russie et de la Sibérie, toujours indigènes. Elles ont fréquement été empruntées àdes nations indo-européennes. Telles sont, p. ex., les particules suivantes du Mordvine, she, mais; — i, et ; — ili, ali, ou; — ni, pas même, non plus ; — no, a, mais; — koli, si; — bude, pourvu que ; — chtob, chto, que ; — da, mais ; — by, alors; — li-li, soit, ou bien, etc., dont la provenance Moscovite est incontestable.
Les conjonctions de source véritablement Touranienne sem-
blent généralement découler du pronom, comme p. ex. l’Ostyak ta, qui a le double sens de et, et de celui ; — met, qui signifie à la fois quel, lequel et que; — l’Esth. sest, alors, donc, qui n’est autre chose que l’élatif de se, le même, luimême. Les unes sont enclitiques et se rapprochent un peu du caractère de la postposition; citons p. ex. en Tchérémisse, ke, même ; — kiny, bien que ; — olgek, si, etc. — Les autres sont isolées, et placées avant le mot qu’elles gouvernent. Elles participent alors de la nature de l’adverbe. Citons p. ex. en Suryène kudz, lequel est pris à la fois en qualité de conjonction si, pourvu que, et en qualité d’adverbe comme, ainsi que. Remarquons que dans les dialectes du groupe tchoudique ainsi que dans plusieurs autres, les conjonctions se rencontrent presque toujours isolées.
Bon nombre de nos particules conjonctives sont d’ailleurs remplacées par des postpositions, alors le verbe auquel elles sont Jointes se transforme en nom verbal ou participe muni d’une affixe possessive. Citons p. ex. en Suomi, ollewa, étant; olUwassani, quand Je suis (litt. meum ens); du 3' substantif verbal olema, étant, on obtient ollemassani, tant que Je suis (lit. ente in vb meo) ; — sanumansa taehdaen. Je fais parce qu’il l’a dit (litt. dictoj cum ejus facio) ; — de même en Suryène, m/a wo müstoem, après qu’il fut venu (litt. eJus post venitum); — de même en Tchérémisse, karnmcha godam, tandis qu’il mange (litt. avec le manger de lui).
Les choses se passent d’une manière assez semblable en Eskuara. Dans cet idiome, la conjonction est encore plus rare qu’en Finnois ou en Suyène. On la rend soit comme en Suomi p. ex., ene yitalano. Jusqu’à ce que J’areive (litt. Jusqu’au venir de moi), soit par un cas de la déclinaison accolé au verbe, ainsi que nous le verrons plus loin.
On ne saurait s’attendre à retrouver au sein d’idiomes qui ne connaissent ni la flexion ni la préposition pronominale cette distinction des diverses catégories du langage, cette classification rigoureusement logique des parties du discours qui donne à la fois tant de souplesse, d’énergie et de clarté à nos langues
indo-européennes. Et c’est en effet ce qui a lieu pour les dia- • lectes dont nous nous occupons. Nous les verrons confondre sans cesse, p. ex., l’adjectif avec le nom, le participe avec le verbe, le radical et la racine avec l’expression grammaticale, le mot simple avec le composé. Presque toujours le radical servira de nominatif et ce cas ne prendra point de caractéristique, comme dans le Suomi kirhu, ours, genit. karhu-n.
La branche Vogoule à laquelle se rattachent les Magyars, les Ostyaks et les Vogoules propres, supprime volontiers la désinence de la 3' pers, de l’indicatif du verbe indéterminé et la remplace également par le radical pur. Citons l’Ostyak Surgute, men, qui a la double valeur d’une racine verbale et d’une 3” personne, tf, abivif, — de même en Magyar iV, U écrit, est à la fois radical et personne de l’indicatif, etc. Le même phénomène se reproduit, mais avec plus de développement encore, chez les peuples Altaïques; en Turk, p. ex., seoer est en même temps verbe dans le sens de amat et participe dans celui de amam.
Quant aux idiomes Tcboudiques, Permiens {Suryène, Permien, Votuèke) et Volgaïques (Mordvine et Tcheremisse), ils conservent la flexion, p. ex., en Esthonien de Revel. ta walmistud, il prépare (radie, walmisf); — en Mordvine sodan je sais et sodÿ il sait.
Le signe du comparatif et du superlatif s’appliquera aussi bien au nom qu’à l’adjectif, p. ex., en Suomi, kaeti asuarannempana, il demeure plus près de la rive ; ce que l’on pourrait rendre parle latin barbare, illu habitat ad ripiorem.
Le participe sera souvent employé comme un adjectif véritable et régira le génitif, p. ex., en Magyar, fa vago, tailleur d’arbres (litt. præcidens arborum); — en Lapon, Muôrroiuôppje, etc.
Nous verrons le qualificatif, la particule et le verbe recevoir des affixes possessives, tout comme le substantif, p. ex., en Magyar, Melle, auprès ; melletten auprès de moi (litt. meum penes); melleited, auprès de toi (litt, tuum penes); — koeruei, autour ; Aoeruet/effi, autour de moi; knerue'led autour de toi; hinnem kell, il faut me croire (litt. credere meum
oportet); himuenk kell il faut nous croire (litl. credere nostrum, etc.) — En Lap. ; jaakkedinam, credere mihi; — jaakkedinès credere ei; — en Suo., ellen, nisi ego; elles, nisi tu, etc.
Souvent même la flexion personnelle du verbe ne se distingue plus de la désinence possessive. P. ex. en Magyar var-om, je l’attends (rad. t>dr), et kalap-om, mon chapeau; — var-od, tu l’attends, et kalap-od, ton chapeau ; — var-unk, nous attendons, et kalap-unk, notre chapeau. — En Ostyàke (dial. Irtûche) îma, femme, et tm-em, ma femme ; tm-en, ta femme ; uxor ejus, tout comme du rad. pan ponere; pan-em pono ; pan-en, ponis ; pan-et ponit. Au reste, cette confusion entre la désinence du sujet prononcial et l’affixe possessive semble moins fréquente dans les autres idiomes Ouraliens, surtout dans ceux du rameau Tchoudique; p. ex., enLapon, on a atja-m, mon père; atja-t,\ ton père; atje-s pater ejus, et monetsab, amo; todn etsah, amas ; sodn etsa, amat.
Tout au contraire, les dialectes Samoyèdes, si riches en suffixes possessives de toute espèce, n’ont cependant jamais su distinguer celle du nom de celle du verbe. En Yourake, p. ex. louçâm sign. à la fois mon Russe et je suis un Russe. En Samoy ède Y énisseique esé a le double sens de pater et pater . On
peut dire avec vérité que, dans ces idiomes, il n’existe ni formes substantives, ni formes verbales dans le sens que nous attachons d’ordinaire à ces mots. La même confusion se retrouve chez la plupart des autres tribus de l’Asie Orientale. En Turc, p. ex., c’est le participe qui en recevant des aflixes possessives forme toute la conjugaison : p. ex., baqar, aspiciens; baqarsan, tu aspiciens, tu regardes ; — sevidjek, amaturus ; — sevidjeyim, que j’aimerai (litt. meus amaturus). Certains idiomes vont plus loin encore : pour changer un nom ou même un membre de phrase tout entier en verbé, il leur suffira de lui accoler un pronom même personnel, p. ex., en Roïbale, kicU, homme, olkir'i ben, je suis un homme {litt. homo ego); — en Karagasse og, maison, datif, ogda, k la maison, et ogdamen, je suis à la maison (litt. domo in ego). — • Par un procédé inverse, le verbe Mandjour précédé d’un pronom, joue le rôle du nom ;
p. ex., ini sabmrako, leur aveuglement (litt. tô eorum non videre). Quant à la confusion du mot simple et du composé, il n’est guerre d’idiome de l’Oural qui ne nous en offre de nombreux exemples. Nous avons déjà dit que les particules étant très-faiblement unies au mot principal, peuvent être considérées comme autant d’expressions indépendantes ; mais ce n’est pas encore tout : souvent l’on verra le substantif changer de catégorie grammaticale dans le cours de sa déclinaison. Prenons p. ex., le Lapon abletis, sine guestu, c’est le caritif régulier de ablek, gain, profit. A ce cas, le mot change d’ordinaire de valeur, il devient le nominatif d’un adjectif ayant le sens de paresseux, désœuvré. Ce nominatif pourra être décliné à la manière ordinaire, aura pour superlatif abletisumus, très-paresseux, et donnera naissance au dérivé abletùwuot, paresse, négligence. — De même, addamisesne, gros, replet n’est autre chose que l’essif de addam, os, et signifie litt. dans l’os (qui a de la moelle dans les os). De même enfin, en Suomi, dans le Kaléwala, lehmae, vache; carit. lelmaettae, sinevacca, d’ou lekmaettatmyys, l’état de celui qui n’a point de vache.
C’est par une méthode analogue qu’en français nous avons formé les mots : un sans ceeur, un panier percé, un laissez passer, un domimis vobiscum, un in-folio. Mais ce procédé n’a jamais été employé parmi nous que d’une manière tout exceptionnelle et pour ainsi dire par hasard. D’ailleurs, ces substantifs ne possèdent pas pleinement leur droit de cité ; ils ne donnent nsdssance à aucun dérivé. Pour que l’on pût retrouver au sein de la famille indo-européenne quelque chose d’analogue à ce qui a lieu en Lapon, il eût fallu, p. ex., que les Latins eussent vu dans le composé vobiscum un nom susceptible d’être régulièrement décliné sur templum et de donner naissance à de nouveaux substantifs dérivés.
Sous le rapport de la classification méthodique des parties du discours, l’Eskuara mérite d’occuper un rang distingué parmi les dialectes Touraniens.
Sans doute, sa grammaire est à bien des égards incomplète.
comme celle de tous les idiomes agglomérants. Il distingue à peine l’adjectif du nom et ne possède qu’un seul paradigme de déclinaison, pour ces deux classes de mots ; chez lui, le substantif prend les degrés de comparaison, p. ex., bide hau bideago da, ce chemin-ci est meilleur (litt. plus chemin) ou môme des signes de temps, par ex. : emasie, épouse, emaste-gai, fiancée (litt. femme future) ; — bandi, grand et handi-gei, qui doit grandir, qui sera grand. Le même phénomène se reproduit d’ailleurs dans certains idiomes touraniens, par ex. en Mandjour, niamlai pantchiré poutchérépé ouo tokopoupahi, qui a déterminé la vie ou la mort de l’homme (litt. le devoir mourir). Les particules du Basque ne sont pas mieux distinguées des substantifs qu’en Magyar ou en Lapon. Enfin la pauvreté de l’Eskuara en fait de conjonctions est beaucoup plus grande que celle des idiomes de l’Oural ou même de la plupart des dialectes Atlaïques. Mais d’un autre côté, il montre une véritable supériorité dans la manière de traiter le verbe. Quoi qu’aient pu dire quelques auteurs à ce sujet, naiz ou niz appartient bien évidemment à une catégorie grammaticale autre que gizon, homme, et il serait injuste de prétendre ramener tous les mots de la langue basque à une seule classe, celle des noms. Non-seulement le verbe n’est plus confondu avec le participe ou le nom comme en Samoyède et en Turk, mais encore nous le voyons former ses nombreux modes, ses voix, ses temps, au moyen de certains procédés spéciaux, de certaines mutations, brisures de lettres dont nous n’avons pas à nous occuper ici, et qui se confondant parfois avec la flexion s’élèvent toujours fort au-dessus des procédés habituels de l’agglomération. Nous parlerons tout à l’heure plus au long de cette facnlté que possèdent chacun des mots basques sans exception, de s’accoler les uns à la suite des autres certtdnes affixes Verbales, nominales ou adjectives, qui lui permettront de donner ainsi naissance à de nonveaux noms, à de nouveaux verbes, et cela jusqu’à l’infini. Faisons toutefois remarquer qu’elle augmente singulièremen! la richesse de la langue et ne nuit pas en réalité plus à la
clarté du discours chez les habitants de la Biscaye que n’y pourrait nuire en français, l’emploi de l’article devant l’infinitif dans les phrases suivantes : perdre le boire et le manger ; le jjouvoir et le vouloir sont chosee bien différentes.
Enfin, quant aux mots composés, à peine peut-on dire qu’il en existe dans les langues d’origine Touranienne. Le plus souvent, ils sont formés de la manière suivante :
Le nom au génitif dépouillé de sa désinence se place avant le mot qui le régit, de manière à s’incorporer plus ou moins parfaitement avec lui; p. ex. en Magyai', ember-àldozat, sacrifice humain ; — en Basque, etche-anderia, la maîtresse de maison; — uztar, joug et uzfar-hedia, courroie à joug. 2“ Lorsque deux mots se rapportant l’un à l’autre sont au même cas, au même temps, au même mode, etc., et placés l’un h côté de l’autre, le dernier seul prend la flexion de cas, de mode, de temps, etc., les précédents restent sous leur forme radicale, p. ex., en Suryène, Burvisialom Jésus Christosloen, JcnpiVocn, Évangile de Jésus-Christ, fils de Dieu, et non pas Jesus-loen, Jenloen, qui seraient les formes régulières. De même, en Basque, gizon haudiaren, du grand homme et non gizonann — gizon, emokumé, haur guziak, tous les hommes, toutes les femmes, tous les enfants. On pourrait cependant dire également gizonok, emakwneak, etc.
Remarquons que dams certains dialectes Ouraliens, p. ex., en Lapon et en Esthonien, on se rapproche plus des règles de la grammaire Arienne, et l’on répète la flexion après chaque mot, p. ex., en Lapon, faertet (pour faertest) harest, de tout côté, et non far haerest, etc.
Enfin, dans les langues Touraniennes, la préposition ne s’accole point au verbe, sous forme d’affixe, comme cela a lieu, p. ex., pour le latin cumvenire, l’allemand zu-tragen, supporter. On ne rencontre d’exception à cette règle que dans les idiomes qui ont subi une influence germanique prolongée, tels que l’Esthonien et le Magyar.
Avant de clore cette première partie, nous donnerons un résumé des caractères physiologiques, par lesquels l’Eskuara
semble se rattacher aux langues de l’Oural ; nous" dirons un mot, ensuite de certaines particularités propres à cet idiome, tels que la formation de composés par brisure des radicaux ou le développement extraordinaire de la méthode incorporante. Le lecteur pourra juger si elles sont bien réellement suffisantes pour infirmer une communauté d’origine que nous attestent à la fois, l’étude comparée de la grammaire et des vocabulaires (t).
1“ Ce qui rapproche l’Eskuara des dialectes de l’Oural, c’est la formation par voie d’agglomération, l’idée de relation étant toujours marquée au moyen de suffixes, facilement séparables du mot principal.
2° La structure souvent inverse de la phrase, et la mutation de préposition en postposition.
3° L’absence de distinction entre les genres masculin et féminin.
4° Le peu de flexibilité de la racine pronominale, d’ou il résulte que la postposition a une origine substantive, et que l’emploi de la conjonction se trouve resséré dans d’étroites limites.
5® La confusion entre les diverses catégories grammaticales, l’emploi du radical simple pour rendre une idée de relation, raffectation au nom de désinences de nature adjective, le changement de catégorie que subissent certains noms dans une partie de leur déclinaison, etc.
6“ L’absence de composés verbaux tels que nous en rencontrons en Sanskrit et surtout de prépositions accolées au verbes et au nom.
7° La répugnance a admettre une double consonne initiale-
Enfin, 8° une affinité incontestable, dans les mots les plus usuels et les plus importants; dans certaines formes de la conjugaison et de la déclinaison.
(I) Voy. U note 3 à la fin du volume.
D’un autre côté, le Basque s’éloigne des idiomes de l’Oural :
Par le rejet de la loi d’harmonie des voyelles, bizarrerie qui, du reste, peut s’expliquer sans trop de difficulté, cette même loi ayant, comme nous l’avons déjà dit, disparu de certains dialectes d’origine évidemment Ouralienne.
2° Par le rejet des suffixes possessives. Ce qui pourrait bien être un résultat du contact avec les idiomes étrangers comme en Esthonien et en Suryêne.
3° Par l’adoption de quelques désinences féminines, évidemment d’origine romano-latine et probablement d’introduction récente.
4° Par la formation de composés, au moyen de l’élimination de certains radicaux. En Basque, p. ex., on trouve une série de mots composés, dans lesquels la syllabe radicale de l’un des composants a plus ou moins complètement disparu; citons p. e\.,/iamaratzi ou hemeretzi, dix-neuf, kamar bederatzi ; — hauridé, frère, sœur, de haur, enfant, et kidé, semblable ; — Ilhun, crépuscule, pour hill egun (litt. mortua dies) ; — orzanz, tonnerre (btt. nubis stridor), pour orz-azanz ; — nigorgitea, pleurer, pour nigor, lacrymam et egitea facere.
Peut être devons nous joindre à ces exemples, luhunz lierre, de lur terre et ahunz, chèvre ?— le nom propre Bidasioa, de bide chemiq, itchassoa la mer? Cette élimination des lettres radicales se rattache évidemment à certaines lois euphoniques encore fort peu étudiées. On a remarqué, p. ex., que la gutturale entre deux voyelles s’efface souvent, môme au commencement d’un mot composé. Ce procédé de formation étranger aux idiomes de l’Oural, est très-employé par certains peuples du Nouveau-Monde. P. ex. en Lenapé, pilapé, jeune homme, de pilsitt, chaste, et /enapd homme; — A»7afimV<»toif, toi qui es l’être suprême, de kitchi, grand, womVow, esprit, et wt, désinence verbale ; — kitagichgouk espèce de serpent qui ne sort que la nuit, de kitamen, craindre, gichouh, soleil, et achgouk, serpent. — En Dakotah, tiniata, vers la prairie, de tiiita, vers, et yaia, prairie.
SoQ adoption en Esknara ne nous prouve qu’une chose, c’est l’état de profonde barbarie dans lequel était sans doute retombée la nation Vascone à l’époque où il a commencé à être en usage. £n effet, le triple caractère des langues sauvages, c’est d’écourter autant que possible leur vocabulaire primitif, de remplacer les mots simples ou dérivés par des composés, enfin de peindre chaque idée, chaque action de la manière la plus concrète, en n’épargnant aucune des circonstances accessoires dont elle peut être accompagnée. Aussi M. Gaussin nous fait-il observer que les expressions monter en haut, descendre en qui chez nous constituent un pléonasme, seraient
seules régulières dans le dialecte de Taïti. Il sera peu conforme au génie de la langue de dire que l’on va à la pêche, sans indiquer le genre de pêche et l’instrument dont on se doit servir.
L’Indien de l’Amérique du Nord qui veut rendre notre expression fumer, je fume est contraint, nous dit M. l’abbé Domenech(l), tant par la pauvreté de son vocabulaire que par les exigences même de l’idiome qu’il parle, d’avoir recours h la périphrase suivante : J’aspire la vapeur d’un fe* d'herbe qui brûle dans un petit foyer de pierre, enfoncé dans un bâton troué. Et comme il tiendra à tout dire en un seul mot, on juge sans peine des dimensions auxquelles peuvent atteindre certains composés. L’on n’aura sans doute trouvé d’autre moyen de les abréger un peu, que d’éliminer une partie des radicaux dont il était formé. Telle semble avoir été précisément la marche suivie par la langue Basque. A part les emprunts laits aux nations voisines, elle ne possède qu’un nombre extrêmement limité de radicaux et se sert volontiers do deux mots là où les autres dialectes européens n’en mettraient qu’un. Citons p. ex. hill-argi, lune (litt. lumen mortuum, ou peut-être lumenmensis) ; — belhaun, genou, prob. pouràelàar, front, etoin, pied, jambe; — basurdé, sanglier (litt. pore sauvage). £Ue a
(I) Domenech, rogage dans tes trauiiséeseru dm Kmemm-monde, f. 3S2
donc dû aviser par tous les moyens possibles à prévenir les inconvénients qui pouvaient naître de l’emploi habituel du mot composé.
Du reste, nous trouvons des traces de ce procédé dans les idiomes les plus divers, spécialement pour certaines formules, certaines expressions d’un usage fréquent; p. ex. en grec ÇtrtYpto), prendre vivant, pour ijwov «xypeui — En latin malo, pour magù voto;nolo, pour non vola; macte, pour magis aucte. — En français mam'zelle pour ma demoiselle. — En Allemand buii, zum, chez le, versle,pour bei dem, zudem. — En hébreu, raphsodah, radeau, de rap/iad, étendu et l'ajad fondement. — En Arabe raçoullah, prophète de Dieu, pour raçoul el Allah ; — en Japonais, koyé, cabane pour petite, et iyé, maison; —
Aona/a, moi, pour A'ono, celle, et Aata, place; — sonata, toi, pour sono, ce, celui-ci, etkata; — anata, lui, pour ano, ce, celui-là, et kata.— EnMarquesan,7n^t«aAtne, parente, de parent, et vahinf, femme; — en ïaïtien, te rii loua, le chef divin, pour té arii afoua, et*. On voit donc que cette élimination du radical ne constitue pas un caractère d’une importance bien réelle, au point do vue de la classification linguistique.
6“ Par la facUité avec laquelle il peut former des mots déjà munis d’une flexion grammaticale, des radicaux nouveaux eùxmêmes susceptibles de prendre toutes sortes de désinences.
Les suffixes dans les langues de l’Oural jouissent à un haut degré de la faculté de s’adjoindre à toute espèce de radicaux. En latin, p. ex., la désinence en tas (veritas, caritas) ne s’applique qu’a un fort petit nombre de substantifs, tandis qu’en Esthonien, neus pourrons faire de tout infinitif un nom abstrait en changeant sa désinence ma en miVine, p. ex.,teggema faire et teggeminne l’action. — On en ferait un nom concret en changeant cette même finale en ja, p. ex., muma acheter, muja acheteur. Nous retrouvons la même particularité en Basque, avec cette différence toutefois que les syllabes de relation étant, chez lui moins étroitement unies au radical que dans les dialectes Tchoudiques, elles jouissent pour la plupart d’une beaucoup plus grande liberté d’allures.
Les sufQxes du Basque ss divisent en trois grande catégories. Dans la première, nous rangerons celles qui font corps avec le mot principal et ne peuvent d’ailleurs être employées que d’une manière très-limitée. Citons p. ex., les désinences <1 et M dans adogu secours et adoga secourir; — ingura entourer, et inguru cercle. — On dans gizon homme, azkon blaireau; — tch âa.ns miretch se fâcher, ihardetch répondre, sinetch penser, croire, etc. On pourrait les comparer, p. ex., ànos désinences «on dans munition, editwn, •profession.
A la seconde classe appartiennent les terminatives qui, plus indépendantes vis à vis du mot principal, peuvent s’adjoindre régulièrement à tous les radicaux ; elle correspondent aux finales minne et ja de l’Esthonien. Citons p. ex., garri d’où, handigarri qui est propre à faire grandir ; — churigarri qui fait blanchir, qui nettoie ; — errigarri risible ; — keri dans handikeri, de handi grand, affectation de grandeurj; — ordikeri ivrognerie; — gizonkeri, humanité, de gizon homme, etc.
Enfin la troisième division comprendra ces suffixes que l’on peut ajouter non-seulement à tout radical, mais encore même à tout mot déjà pourvu d’une désinence grammaticale ; citons p. ex. l’article a et le signe de l’infinitif tu, tze.Le Basque dira fort bien, comme nous le savons, handialc grand, baia le oui, jatea le manger, onetsia ce qui est bon , tenu pour bon (de onetch agréer), tout comme gizone l’homme, zakhurra le chien, etchea la maison ; — handitze aggrandir , gizontze devenir homme; — horratze mettre par ici (de horra ici). Le Français lui-même nous offrirait des exemples de formation analogues, p. ex., dans les phrases suivantes : perdre le boire et le manger; il a beaucoup de laisser aller; c'est un prêté pour un rendu ; le bon et le mauvais.
Le Basque pourra de plus combiner ensemble ces deux finales de l’article et de l’infinitif, comme dans handitzea, litt., le devenir homme; — horratzea l’acte de placer par ici. Ces formes pourraient jusqu’à un certain point être comparées à celle du grec dans TOTà; àtpaipeoèou, litt., le.être dépouillé de ses honneurs.
Mais ce qui est tout particulier au Basque, ce qui contribue plus que tout le reste peut-être à lui donner sa physionomie si différente de celles des autres idiomes de notre continent, c’est qu’il peut ajouter son article ou sa désinence verbale non pas au radical, mais môme au nom muni de sa flexion casuelle, au verbe accompagné de son pronom ou pourvu de sa désinence de temps et de mode. Citons p. ex., errege roi ; forme déterminée erregea le roi ; erregearen du roi ; erregearena, celui du roi (litt. le du roi); erregearentze, devenir celui du roi ; — erregearentzea. Faction de devenir celui du roi, (litt. le devenir celui du roi), etc.
Ces formes nouvelles constituent chacune autant de radicaux aptes à recevoir toutes les flexions nominales ou verbales et peuvent au besoin donner naissance à leur tour à de nouveaux radicaux, susceptibles, eux aussi, d’être traités d’une manière absolument identique. P. ex., erregearentzea aura pour génitif régulier erregearentzearen de l’action de devenir, etc., pour datif, erregearenizeari. De ce datif, l’on obtiendra un nouveau verbe par l’addition du tze, infinitif; de ce verbe un nom au nominatif en lui donnant l’a article pour tinale ; de ce nominatif un datif, un locatif et ainsi de suite jusqu’à l’infini.
L’Eskuara rend plusieurs formes verbales, certaines particules, certains pronoms conjonctifs dont il est dépourvu au moyen de la déclinaison de l’article postposé aux différentes personnes et aux différents temps de l’indicatif : p. ex. ntz, je suis, niza, suis-je (litt. 6 eîjxt) ; — nizala,'qae je suis, lequel je suis n’est autre chose que la forme allative de niza (litt. tôvtl(xt). De même, »i«/ 2 an, j’étais, nintzana, étais-je, ntntzala, lequel j’étais; — nizate, je serai, nitatia, serai-je, etc. Enfin, la forme allative munie elle-même de la désinence de l’indéfini correspond à notre particule tandis que, p. ex. nizalarik, tandis que je suis, hizalarik, tandis que tu es, delarik (pour dalarik), tandis qu’il est. Notre conjonction parce que est rendue de même au moyen de l’allatif, suivie à la fois du génitif possessif ko et du médiatif ez fondus ensemble; p.. ex..
nizalakoz, parce que je suis, zaïtze, ils leur sont, zaïtzela, lesquels leur sont; zaîUelakoz, parce qu’ils leur sont, etc. — haigu, nous t’avons, haigula, lesquels nous t’avons ; — haigulakoz, parce que nous te les avons, etc.
Quelque bizarre que puisse paraître ce mode de dérivation, nous ne pensons pas qu’ü implique une diversité d’origine entre le fiasque et les idiomes de l’Oural. Dans ces derniers, en effet, nous le retrouvons, au moins en germe. Le Lapon, p. ex., qui prend le caritif de tjalme, œil {tjalmeUbme, litt. oculo sine) dans le sens de l’adjectif cœcuî, et le décline à la manière ordinaire, ne fait-il pas exactement, bien que dans les limites plus restreintes, la même chose que le fiasque, lorsqu’il transforme le génitif buru-ko de la tête en un nominatif nouveau par l’addition de l’a, p. ex. buruko-a le bonnet (litt. la chose de la tête).
fiien plus, cet article de l’Eskuara se retrouve dans certains dialectes Finnois sous la même forme et employé d’une manière identique. P. ex., en Suryène, le a final sert à distinguer le nom verbal simple du participe passif. On dira p. ex., nuadœm, qui a été conduit et nuœdœma, celui qui fut conduit.
La forme en œm et celle en œma se confondent souvent dans l’usage, p. ex., bœrjemjasœs ou boirjema jasas, les élus. Néanmoins, la dernière semble exprimer l’idée avec un peu plus de force et par là se rapproche de la nature de l’article, p. ex. myrdiema loas, il sera enlevé, litt. i àpitâSojMvoï
Cet a final lui-même n’est vraisemblablement pas sans quelque affinité avec la possessive de la 3* personne a, «, je on ja du Magyar ; p. ex. kal, le poisson, a hala, son poisson ; a szem, l’œil, a szeme, son œil, mais qui le plus Souvent s’emploie d’une manière pléonastique, comme dans les vers du rappel de Vœrœsmarty.
hazadnak, rendueletenuel légy hive,ohMagyar,
' litt. patriæ tuæ, impavide
sis fidelis ejus, o Hungare.
Il n’est donc pas étonnant que l’affixe possessive ait fini par '
dépouiller complètement son sens primitif pour se transformer soit en particule intensive, soit en article.
Le Basque ici n’a rien inventé. Tout ce qu’il a fait, c’a été de donner un peu plus d’extension à un artifice grammatical qui, depuis longtemps est connu chezles diverses nations del’Oural.
Ce n’est pas au reste la première fois que nous voyons certains idiomes développer'avec plus ou moins de bonheur des procédés qui n’existaient encore que d’une manière obscure et confuse. Ainsi ont fait l’Arabe et l’Ethiopien, et ils possèdent aujourd’hui un système de conjugaison infiniment plus riche que celui d« l’Hébreu ou de l’Araméen; ainsi ont fait l’Espagnol et l’Italien pour leurs désinences diminutives et augmentatives, qui n’ont jamais existé en Latin. C’est par le même moyen qu’en brodant sans cesse sur le vieux fond sémitique, la langue ArmarhiîSga a fini par en arriver, ainsi que l’Eskuara, à pouvoir accoler l’article final à toutes les personnes, temps, modes du verbe. Toutefois cette singulière coïncidence n’autorise point à supposer la moindre parenté entre ces deux idiomes ni à méconnaître l’étroite affinité qui existe entre la langue des Amhariniens et l’Arabe ou le Gheez.
6° Par son mode de conjugaison, laquelle s’effectue en préposant à l’auxiliaire être ou avoir, un nom ou adjectif verbal. Ces derniers se mettent à différents cas de la déclinaison, suivant le temps ou le mode ou le temps qu’il s’agira d’exprimer. L’indicatif présent sera marqué par le locatif du nom verbal, p. ex. Aejate, manger, on a jatendot, je le mange (litt. in tô manducare habeo eum), de ethorri, venir, ethortm naiz, je viens (litt. in tô venire sum), on formera le futur au moyen du'genitif ou du possessif de l’ajectif verbal : p. ex., jan-go ou janen dot, je le mangerai (litt. ex manducato habeo eum).
Là encore, le Basque n’a fait malgré les apparences contraires que développer à sa guise et suivant les tendances de son génie particulier les principes généraux qui régissent la grammaire Ouralienne.
Chez les peuples finnois, la conjugaison s’opère de trois manières différentes qu’il convient d’indiquer ici.
A. Le verbe sera formé de l’union du radical verbal à Une suffixe pronominale ainsi qu’en Latin, en Slavon ou en Sanskrit. Pour marquer les temps et les modes on leur intercalera quelque lettre supplémentaire, soit consonne, soit voyelle, p. ex., ind. prés, an^^an, je donne; imparf. annoin\ concessif anianeu, je peux donner. U n’est pas besoin d’ajouter ici que le pronom verbal sera souvent précédé d’une voyelle de liaison, qu’il sera tantôt distinct de la suffixe possessive, et tantôt confondu avec elle ; qu’à côté des temps simples formés comme nous venons de le dire, il s’en trouvera d’autres qui le pourront être d’un manière différente, etc.
B. Le verbe disparaît complètement et se trouve remplacé par un participe. En Suryène, p. ex., on dit quelquefois ioime conduisant pour tu me conduis. Ce procédé grammatical, em-
. prunté sans aucun doute aux dialectes tartares, ne semble primitif dans aucun des idiomes de l’Oural.
C. Enfin, le verbe résulte de l’emploi d’un participe avec l’auxiliaire. Ainsi se forment la conjugaison descriptive du Magyar, p. ex., vàrà vagyuk (litt. expectans sum), et les temps secondaires du Suomi, p. ex., olen Kaetkenyt je me suis caché (litt, /.£xpiJiJi|X£voîSijxt). Ce participe est quelquefois décliné, p. ex. dans la voix actuelle du Lapon, mon swaskob, ego flagello, et mon leb swaskomen, ego sum flagellans, ce qui fait encore davantage ressortir ici l’affinité du Lapon et de l’Eskuara, c’est que dans ces deux idiomes, l’indicatif présent est également marqué par l’essif ou locatif du nom verbal ; c’est donc dans le verbe actuel ou descriptif des dialectes de l’Oural que nous irons chercher le prototype de toute la conjugaison Basque. Quant à la conjugaison directe, ils l’ont évidemment perdue, cela n’a rien qui doive nous surprendre beaucoup ; n’avons nous pas vu le Samoyèdejet le Turk dont l’origine Ouralienne est cependant incontestable, en arriver à ne plus avoir de cpn-
(1) Nous ne parlerons pas ici des verbes syncopés, parce qn'ils sont évidemment d’origine récente et formés sur le modèle de l’auxiiiaire.
jugaison véritable, et à confondre toujours le verbe soit avec le nom, soit avec le participe?
1* Enfin le dernier caractère qui différencie le Basque de certains dialectes de l’Oural, c’est la richesse extrême de sa conjugaison auxiliaire. Au verbe s’accole non-seulement le sujet pronominal comme en Grec ou en Latin, mais même aussi le pronom régime, tout comme dans les langues sémitiques ou les idiomes incorporants du Nouveau-Monde.
Au reste la structure incorporante n’est pas complètement étrangère aux dialectes de l’Oural ; en Mordvine, p. ex. le régime pronominal est toujours uni au verbe, et l’on dit en un seul mot nejsamisk, vous me verrez ; kadymem, il m’a abandonné; sajsynz», il les prendra. La conjugaison déterminée du Magyar renferme également le pronom régime de la 3* personne.
Une différence néanmoins à signaler entre le Mordvine et l’Eskuara, c’est que le premier de ces deux idiomes ne paraît guère joindre plus d’un seul régime au verbe tandis que le second lui en peut accoler jusqu’à deux.
Sur ce point Libérien semble avoir encore voulu pousser les procédés synthétiques jusqu’à leur dernière limite et se rapproche singulièrement des dialectes Américains.