CHAPITRE VIII
LES MODIFICATIFS
VIII' Partie du Discours. — Quatrième Classe de Granmots.
Définition. — Les modificatifs constituent la huitième partie du Discours et la quatrième classe des mots précis du langage.
Les MODiFicATu s sout des granmots ayant pour objet d'exprimer :
1" Une détermination modificative dans l'action ou dans la qualité, mais non cette qualité elle-même ;
2" Une phrase elliptique dont le sens condensé en un seul mot modiiie également la phrase.
Cette classe comprend les vocables suivants des langues modernes : 1" Les participes présents au gérondif (c'est-à-dire le participe français accompagné du mot c en » exprimé ou sous-entenduj ; 2" Les adverbes de qualité ; 3" Les adverbes simples.
Les -MODIFICATU s sont divisés en B en deux sortes :
A. — Le participe présent (gérondif) et les adverbes de qualité;
B. — Les adverbes simples. *
Comme de juste, toutes ces notions adverbiales ne peuvent modifier que deux classes de mots : les verbes elles attributifs, ou encore exercer une modification sur les mots de leur propre classe, à l'exemple de tous les langages connus.
Aussi sont-ils appelés par certains grammairiens : surmodijlcatifs.
Aspect. — La caractéristique de tous les modificatifs est leur terminaison : consonne i|. Aucun autre mot précis du B i^e possède cette finale.
A l'é^a^ naturel, les modificatifs commencent tous par une consonne.
Le seul état formel qu'ils puissent avoir est la (jraduation [degrés de comparaison).
Ils suivent alors la règle de la Marguerite et, comme les attributifs, commencent par une voyelle, qui varie suivant le degré de comparaison (outil u pour la notion d'égalité comparative).
•^«' LA LANGUE BLKI K
Les deux sortes de niodilicatifs ont des aspecls différents :
A. — Les participes présents (idée d'action) et les adverbes de qualité sont des mots d'au moins cinq lettres et dissyllabiques à l'état naturel; leur dernière syllabe est constituée parles désinences au, ci|,
ît|, OI|.
Kx. : lovai|. krantcq.
A l'état de uraduation, ils ont forcément au moins trois syllabes. K.\. : alovaii. ikrantei|.
B. — Les adverbes simples sont des mots d'une syllabe ayant au plus cinq lettres. Ils peuvent être de deux syllabes lorsqu'ils sont affectés par la margueritation ; dans ce cas, la première syllabe de ces mots est formée par la voyelle indicative du dcL'ré de comparaison.
A l'état naturel, au contraire, ils sont toujours d'une syllabe et ne contiennent jamais plus de quatre lettres (1). Ils sont toujours d'une des trois formes suivantes :
1°; cvi|. Lx.: uioq. — 2" : ccvi|. V.k. : pliq. — .!" cvjni|. 1^\.; iiali|, bonq, lorii.
(ri|.
A. — 1'* Sorte : Gérondifs et Adrerbcs de qualité.
Significations. — D'après la formation des mois (V. p. D.lj, on sait <{ue les mots de la première sorte des modificatii's sont formés du nomsouche par addition des syllabes ai|, ei|, îi|, oi| ou encore du verhià ses divers temps par la seule adjonction du i| caractéristique de cette classe.
Cette transformation, déjà exposée (V. p. IJ"» et 22V), est la suivante : Xoni I - voyelle :- ii.
Or, comme : << nom •- voyel'.e y n'est autre chose que le verbe, on comprend que le modificatif est : « le mot verbal - i| ».
Les modificatifs de la première sorte finiront donc tous par ai|, eii, iil, ou.
(Jhacune de ces terminaisons aura un sens spécial et ce sens sera fixé par les attributifs correspondants en ad, ed, îd, od i V. p. 227).
(1; Sauf dans quelques mots qui seront des adverbes simples toniposef^; leur première syllabe consistera on un nom de nombre. K\. : avant-liier, do^ugcif.
LA LANGUE BLEUK 397
Cette même (ixation de sens permettra une transformation rapide et pratique de Yidve de (pialité en notion modilicative d action par le simple changement du d final, caractéristique de l'attributif, en i| linal, caractéristique du modificatif.
I^i torniiiiaison ai| aura !<■ sens d'un inirliciiic i)résLMit avec idér d'actiou éternelle.
— . on aura le sens d'un ]iarticii)e présent avec idée d'action tran-
sitoire.
— «Mj aura le sens d'un adverlx' de (jualité pris en général.
— aii aura le sens d'un adverbe di' ipiaiité avec notion de pos'^ibi-
lité ou de devoir.
L'exemple suivant fera comprendre cette répartition de sens.
Iovii| aimant [t'it aiinanti en irénéraL
lovoq aimant leii aiinaiW en ce moment.
loveii aimément, avec amour.
lo%'ai| aimablement.
Par suite de la facilité de « fabrication » de ces mots, on saisit sans peine qu'aucun d'entre eux ne se trouvera dans le Dictionnaire de la Langue Bleue.
Leur formation s'effectuera naturellement des noms-souches par l'adjonction à un substantif d'une des terminaisons : ai|, eii, ii|, oi|.
B. — 2^ Sorte : Adverbes simples.
Ces mots dans toutes les langues ne sont que l'expression concise de toute une phrase en un seul vocable .
Ils terminent le langage pour la même raison que les interjections ont commencé l'évolution de la pensée.
Les interjections sont des vocables concis, voulant résumer en un cri toute une série de sensations; mais elles ne sont que des reproductions informes de conceptions encore sans consistance.
Les adverbes simples dans toutes les langues sont également des mots courts; mais comme ils sont la manifestation de toute une série de réflexions, ils font partie des mots précis, car leur émission est le résultat d'un travail complet de la pensée.
Entre le cri de l'enfant qui fait « ah I ^ lors(|u'iI a peur et l'émission par l'homme d'un mot tel que « hier » pour exprimer brièvement c la Journée qui a précédé celle dans laquelle il se trouve », toutes les manifestations de l'intelligence ont déjà dû se dérouler. Le langacre a trouvé son mode d'expression le plus parfait.
:m LA LANGUE BLEUE
xVussi est-il impossible d,e donner aucun indice poar la signification (les adverbes simples.
Tout ce qu'il est ])0ssible de faire pou" en faciliter l'usage est d'en r»''duire le nombre le plus possible, réduction que rend aisée l'extension de sens donnée aux adverbes de qualité {}'. p. 230).
On verra qu'environ 90 vocables serviront en ce cas ; il importe de les apprendre (T. la liste, p. 2i4 et le Dictionnaire des Motules).
Ces vocables seront en B aussi courts qu3 peuvent Fétn' des mots précis, ce qui est nécessaire dans la pratif[ue, vu leur fréquent usage.
Variations. — On vient de voir ([ue la seule variation des modificatifs est la çjraduation. Elle s'opère dans 1rs deux sortes d' adverbes (comme dans les attributifs), par la Règle de la marguerite et une des règles de l'outil it.
Les exemples donnés (page '2'.j2) suffiront à en montrer l'application.
On pourra au besoin se servii- des adverbes inoi|, très; |>a«|, peu; pliil, plus; let|, moins.
On sait qu'il est interdit d'employer une classe de mots pour une autre; un modlficatif ne pourra pas prendre la place d'un nom.
Place des modifîcatifs dans la phrase. — Pour des raisons longuement expliquées à la Théorie (]'. p. 233i, la place des modilicatifs est toujours la suivant»- :
Si le- modificatif ades ix-^'imes, devant ces r(''gimes: en cas d'embarras pour traduire la pi'éposition qui les relie entre eux, il faut se servir du connectif général io, mot-cadre de ra[)port de suljordination précise.
En ce qui concerne le modificatif isolé, sa place est :
1" Immédiatement après le veuhe qu'il modifie (mèine avant le complément direct).
Cette rèirle est également appliquée dans les phras( s interrogatives.
2" Immédiatement avant le qualificatif (ou attributif i, ou l'adverbe (OU modificatif I qu'il modifie.
On sait enlln ( V. p. 23<ji (|ue les adverbes de lieu et de situation sont toujours exprimés par des motules (connectifs, pr<''|)Ositions) afin de n'avoir qu'un vocalile pour exprimer une pensée.
Ex. : cours devant moi ! et r«'iio ik me I cours (en) avant ! et reno ik î