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TABLES DE LOI DE LA LANGUE BLEUE

QUATRE RÎEGLES-BASES

Une lettre, un son, donc concision

dans la langue et méthode sonoforme.

Un mot, un sens, donc précision

dans la langue et méthode idéo-verbale.

Une classe (grammaticale), un Aspect, donc : clarté

dans la langue et méthode classographe.

Une phrase I 11, une construction, donc . . rigidité

dans la langue et méthode unironstructive.

Inversement on peut dire :

pn son n'est représenté que par une seule lettre ;

Un sens n'est représenté que par. ... un seul mot;

Un aspect déterminé ne représente. . qu'une classe (grammaticale);

Une construction ne représente . . . . qu'une phrase (déterminée).

Si j'obtiens ce résultat, il est évident que la facilité de mon instrument de communication est assurée, et que, par suite, j'aurai établi un langage international pratique.

Les explications suivantes, concernant ces règles, feront connaître leur fonctionnement dans la pratique.

1" Règle-Base : une lettre, un son. — Je dis qu'une lettre ne peut avoir qu'un son i et inversement] dans une langue rationnelle artificiellement construite. Cette base du langage n'a rien d'incompréhensible ;

(1) J'entends par le mot : « phrase », un type de proposition. E%. : une phrase intcrrogative.

^a possibilité d'application en est fornieilement prouvée dans une des lanaues vivantes les plus répandues : Vespagnûl, dans lequel toutes les lettres se prononcent.

Tous les précédents créateurs de langues artificielles ont également suivi ce principe.

Mon alphabet démontrera la mise en pratique de cette Règle-Base dans la Langue Bleue qui, de ce fait, est sono forme :

Forme àhm son : une seule et même lettre. Expression d'une lettre : un seul et même son.

Ai-je besoin d'insister sur l'importance capitale d'une méthode delaniraire aussi simple qui évite à la fois : les monstruosités des graphismes divers d'un même son (cinquante-six manières différentes d'écrire le son o en français), les émissions différentes, sans raison apparente, d'une même lettre (consonnes c, g, t, en français ou voyelles anglaises qui ont chacune de cinq à neuf valeurs différentes ! i et les représentations absurdes d\in son par deux ou trois signes ich, ph, en français; chuintante sh, en anglais, et sch en allemand).

2" Règle- Base : un mot, un sens. — Je dis qu'un mot ne peut avoir qu'un sens, et inversement qu'un sens ne sera exprimé que par un seul mot dans une langue rationnelle artificiellement construite, qui doit être idéo-verhale.

Vu la diversité des sens du même terme et le nombre infini des mots d'une langue, cette partie de mon programme paraît irréalisable.

Ici, il faut rappeler que la Langue Bleue est un idiome terre à terre ; que le nombre de mots véritablement utiles pour exprimer les idées usuelles n'est pas aussi considérable qu'on pourrait l'imaginer, i V. p. 6).

Avant de proclamer l'impossibilité de réaliser pratiquement cette partie de mon système, il faut étudier divers moyens offerts dans la o-rammaire B, Siûn de remédier à la contrainte imposée par cette règle de précision : Mots-cadres (spécialement ai» et ses semblables;, Règle de la Marguerite, Terminaisons secondaires, etc.

Il est évident qu'il y a dans toute langue « un élément subjectif» qui ne sera pas complètement éludé dans la Langue Bleue, mais qui, grâce aux restrictions imposées, sera du moins réduit au minimum. Comme dans tous les idiomes, le contexte dans les phrases apportera toujours un sens quelque peu spécial aux mots employés ; néanmoins la signification d'un vocable sera plus précise en B que partout ailleurs.

Mon vocabulaire démontrera la mise en pratique de cette Règle- Base dans la Langue Bleue qui, de ce fait, est ic?éo-L'e7'ba/e.

Forme d'une idée : un seid mot.

Effet de rémission dhin mot : une seule idée.

Ainsi seront évités à la fois les mots homophones et hornographes (sons ou graphismes semblables pour deux sens). De plus, une règle spéciale au B. — Règle de la Marguerite, — permettra d'exprimer les nuances du langage et donnera la faculté d'obvier en grande partie à la pauvreté du vocabulaire B> d'où seront proscrits également les synonymes.

Grâce au choix des lettres de l'alphaljet et aux règles particulières du Bi les isomérismes (graphismes similaires) résultant de la formation des mots\ disparaîtront forcément aussi du Dictionnaire de la Langue Bleue.

3*^ Règle-Base : une classe, un Aspect. — Je dis que : une classe de mots i une partie du discours i ne peut avoir qu'un seul Aspect caractéristique et inversement qu'un Aspect déterminé — une forme, un faciès, — ne peut convenir qu'à une seule classe de mots dans une langue rationnelle artificiellement construite.

En ceci consiste le progrès essentiel que j'apporte dans l'œuvre de formation d'un idiome international.

Je ne peux entrer ici dans les détails de cette création qui constitue le fondement de toute ma grammaire, à laquelle je renvoie le lecteur.

On se rendra compte de l'application rigoureuse de cette Règle-Base dans la Langue Bleue qui, de ce fait, est classographe , c'est-à-dire que chaque partie du discours est caractérisée par un Aspect spécial.

L'audition ou la vision de cette forme suffira à révéler la classe à laquelle appartient un mot quelconque.

4'' Règle-Base : une phras3, une construction. — Je dis qu'tme phrase déterminée ne peut avoir qu'wîie construction (et inversement qu'une construction ne peut représenter qu'une suite déterminée de mots), dans une langue rationnelle artificiellement construite.

On verra, par la syntaxe du B. que cette unité dans la structure de la j)hrase est la règle absolue de la Langue Bleue, qui, de ce fait, est uniconstructive, autrement dit en B, chaque type de phrase se moule sur un type unique de construction.

On a déjà vu (V. p. 8), au sujet de la Précision, les avantages apportés par cette rigidité dans l'usage d'un idiome international.

Il est évident que cette 4' Règle-Base est applicable pratiquement. On n'en saurait appréhender la difficulté, mais seulement la discipline trop rigoureuse. Je considère pourtant cette discipline comme apte à faciliter la compréhension de ce nouvel idiome.

En résumé, il me semble déjà pouvoir affirmer que sur mes quatre Règles-Bases, la première (une lettre, un son) et la quatrième {une

phrase, luie construction) seront admises sans restriction ; elles sont immédiatement intelligibles.

La seconde Règle -Base {un mot, un sens), quoiqu'elle paraisse difficile à réaliser, est encore admissible. On verra au vocabulaire de la Langue Bleue si j'ai réussi sur ce point.

Quant à la troisième Règle-Base {une classe, un Aspect), elle est, au contraire, impossible à vérifier a priori.

Comme cette règle est l'âme même de ma création, je demande qu'on attende la suite de ce livre avant de se prononcer.

Pour arriver à cette démonstration, je suis obligé à une grande digression. Il me faut commencer par l'étude de l'origine du langage en général. J'adopterai une certaine direction théorique qui nous amènera, par une séi'ie de raisonnements, à énoncer la théorie particulière de la Langue Bleue.

De cette dernière théorie seront enfin déduites à leur tour les classifications nécessaires, qui permettront de justifier l'énoncé de la troisième Règle-Base du B : une classe, un Aspect, — point capital dans la formation d'un idiome international pratique, problème posé dans ce premier chapitre.

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