NOMENCLATURE ET REGLES DES VARIATIONS DU LANGAGE
Considérations générales.
Nous venons d'étudier les Aspects des mots ù VÉtat naturel, il faut maintenant les considérer à leurs Etats formels.
On sait que j'appelle « État formel » les diverses variations de formes qui peuvent affecter les mots lorsqu'on veut y incoi-porer certaines notions de rapports spéciaux.
Dans toutes les langues, ces variations de formes pcusent être déterminées par les rapports d'idées suivants :
["nombre; 2° genre; 3° cas (par suite : déclinaison); 4" de<jré de comparaison ; et dans les mots verbaux : 5° piersonne ; G" mode ; 7° temps; 8° voix.
Inutile de démontrer que, dans les diverses langues, certaines de ces variations existent et que d'autres sont absentes. On se convaincra à la lecture d'une grammaire comparée que, dans l'application de ces variations, il n'y a jamais concordance absolue entre deux idiomes.
De plus, on verra que certaines variations, introuvables dans nos langues modernes, se rencontrent dans d'autres idiomes il). Cette constatation implique la possibilité d'existence de types différents de variations et justifie la création d'une variation iwuvelle (\n Régie de la Marguerite, V. p. .54j, qui va me servir pour la représentation de la Gradation.
Dans cette élaboration d'une langue artificielle internationale, j'ai essayé d'éliminer le plus grand nombre possible de variations des
(1; Dans les langues sémitiques et en grec, le nombre : «< duel »; clans certains idiomes, le genre exprimé parle verbe lui-même. En basque, il y a une conjugaison cérémonielle ; en annamite, des variations dans le verbe selon le titi e de l'interlocuteur ; chez les slaves, des temps duratifs et perfectifs.
mots et j'ai obtenu ainsi une grande simplification dans ma grammaire. Nous allons étudier successivement chacune de ces variations ; mais avant d'entrer dans leurs détails, il convient d'établir qu'en B> quelle que soit la nature de la variation subie par un mot à l'état naturel, le mot n'est presque jamais mutilé.
V'" Régie générale de variation. — Quelle que soit la nature de la variation apportée à un mot à l'état naturel jDour le faire passer à un état formel, le mot subsiste dans son intéfiritè, — sauf dans un petit nombre de vocables (dans quelques sortes de désignatifs).
Nous savons que la Langue Bleue est divisée en- deux grandes Caté- «i'ories : les Motules et les Gramnots imots précis'.
Pour les Motules, qui sont peu nombreux, il est assez difficile de donner des règles générales. Tous les vocables de cette catégorie seront inscrits dans le Dictionnaire, à leur place alphabétique, quels que soient les aspects qu'ils peuvent posséder dans la Langue Bleue (^F. livre III, Dictionnmre des motules}. Je peux dire pourtant qu'ils ont, la plupart du temps, des formes régulières de variations, que l'on trouvera énoncées dans ce chapitre, ainsi que dans la Grammaire.
Au contraire, pour les Granmots (mots précis), qui constituent la presque totalité du langage, il a fallu établir des lois absolues de variations et je peux édicter ici cette règle qui ne comporte aucune exception:
2'"*^ Régie générale de variation. — Quelle que soit la nature de la variation apportée à un Granmot isoit : nom, verbe, attributif ou modificatif), à Vétat naturel pour le faire passer à l'état formel, cette modification consiste toujours en Vaddition soit au commencement, soit à la fin du mot, d'un son vocal (rarement de deuxi.
Je donnerai le schéma suivant comme exemple :
Soit M le mot précis, et v la voyelle; le mot M restera toujours intact et les variations du B ne pourront lui faire subir que les trois modifications d'Aspect suivantes :
1° : vM. — -J." : Mv. — S'^ : vMv.
Ceci posé, examinons comment seront répartis les cinq sons vocaux a, e, I, o, i(, de la Langue Bleue, pour satisfaire à tous les besoins indiqués. Etudions, dans chaque espèce de mots, comment vont fonctionner ces règles générales.
Il ne faut pas oublier que dans cette recherche le but à atteindre est la clarté et en même temps la facilité d'acquisition.
■iO LA LANGUE BLEUE
^ .1. — Du Nombre.
En B, il y a deux nombres : le sinQulier et le j)luriel.
La variation produite par le nombre ne se montre dans aucun granmot (mot précis), sauf dans la 1" classe : les noms (et parfois les numéraux dans quelques cas spéciaux : indication de l'heure, etc.).
Par conséquent, le verbe, les qualificatifs et participes, les gérondifs et adverbes sont toujours invariables en nombre.
Dans les motules, le « nombre » influe uniquement sur la classe des Désignatifs, sauf la sorte des pronoms personnels, qui est toujours invariable.
En résumé, sont affectés par la variation du nombre :
1° Les noms; 2° les numéraux (cas spéciaux) ; 3° les désignatifs des sortes suivantes : relatifs, interrogatifs-exclamatifs, indéfinis, démonstratifs et possessifs.
Cette variation du nombre s'effectue de deux manières bien distinctes suivant les catégories.
Dans tous les Désignatifs, sauf dans les Personnels, la terminaison en a (ou la présence de cette voyelle dans le mot) indique le singulier, et la présence terminale de la voyelle e (prononcez éi ou l'addition de cette voyelle e indique la pluralité, — rarement la substitution ou la transformation de l'a en e. Exemple : Les voyelles ea terminant les Possessifs au singulier deviennent ac au pluriel.
Dans les Noms (ou numéraux), le nombre s'indique toujours par la suffixation au mot de la lettre m (son : ou).
Exemples : inau. l'homme; manu, les hommes; dog:, le chien; flogti, les chiens.
Enfin, il convient d'ajouter que dans les pronoms personnels invariables, ce sont des consonnes distinctes qui donnent l'idée de nombre.
Exemples : je, me; nous, ne? à elle, ala; à elles, afa.
§ B. — Du Genre.
On trouve trois genres en B : le m.asculin, le féminin et le neutre. La variation de genre affecte uniquement: lesnoms, les pronoms per-
sonnels, les adjectifs possessifs et les pronoms possessifs. Tous les autres mots sont invariables en genre.
Sont donc invariables tous les motules : relatifs, interrogatifs-excla"^ matifs, indéfinis, démonstratifs (y compris l'article), et par leur nature pième : les mots-cadres, prépositions, conjonctions; également tous les autres Granmots : numéraux, verbes, qualificatifs, participes et comme de juste les adverbes.
La notion de genre est, en général, établie par le sens même du mot.
Sont masculins : tous êtres du sexe mâle ; féminins : tous êtres femelles; tous les autres mots sont neutres (1).
La variation du genre se montre comme suit :
Dans les personnels et possessifs par des vocables spéciaux caractérisés par une consonne spéciale, qui est la même pour les personnels et les possessifs (consonne qui indique déjà le nombre, ^'. plus haut).
Exemples : il, se; elle, le ; il i neutre i. «le.
ils, be; elles, fe ; ils (neutre), «le.
son (masculin) sea; sa, lea: son (neutre), iiea.
ses (masculin) sae: ses (féminin^ fae; ses (neutre), «lae.
Dans les Noms, le genre s'indique généralement par la préfixation de la lettre w (son : ou); c'est le féminin de nature.
Ex : bœuf, bov ; vache, ïibov. — Cheval, k.val; jument, iikTal.
A noter ici que le mot à l'état naturel indique la collectivité de Vespèce. Lorsqu'on veut indiquer spécialement le mâle, il faut employer un mot-cadre « mtn » qui veut dire : « mâ'e de l'espèce suivante » ; comme de juste, ce mot se place devant le mot qu'il veut ainsi déterminer.
Exemples : taureau, stii bov: étalon, stu fc.val.
En outre de cette modication générale du nom par le genre féminin de nature, il faut noter les deux groupements suivants :
1° Lorsque l'idée du féminin provient de l'état de la femme par rapport à la situation de son mari, le féminin s'exprime parla terminaison secondaire in, que l'on suffixe au mot {]'. p. 104). Cette terminaison
(1) Renan : « Une langue formée de nos jours supprimerait le genre en dehors des cas où il est question de l'homme et de la femme. »
veut dire ; « l'épouse de... » ; c'est ce que j'appelle le féminin de civilisation.
Exemples : Le roi, reks; la reine, reksiii. Le prince, |irin<si; la princesse, iirinsiii.
Cette forme résout la difficulté d'expression causée par les situations suivantes : une femme-docteur (un docteur femelle) est uilokt«»r ; mais la femme d'un docteur devient «loUtoi'in. soit: Madame la... (1).
2° Tous les mots concernant la famille et les relations de l'iionime auront deux vocables spéciaux pour désigner les mêmes relations, selon le sexe.
Exemples : Père, per: mère, niea*: frère, les; sœur, sar; monsieur, sor: madame, iitaiii: etc. (Quand on parlera d'un enfant en général ou d'un « enfant à naître », on emploiera le neutre, le sexe n'étant pas indiqué.)
Il y a, en effet, quelque chose de choquant pour l'esprit de dire : « père femelle a pour « mère >> ; « frère femelle » pour « sœur » ; ainsi que l'ont proposé maints créateurs de langues artificielles. Ce sont, de plus, des mots d'un emploi trop fréquent pour que cet effort de mémoire ne soit pas justifié. Par contre, il était de toute nécessité de déterminer jusqu'à quel point, suivant le genre, on rencontrera la présence de deux vocables différents pour le même sens. C'est pourquoi, afin de limiter les bornes de cette exception à la règle générale de variation des mots par le genre, je déclare que ces doubles vocables se rapportent aux relations sociales générales de l'homme.
Pour bien montrer la nature de cette délimitation, si nous rentrons dans la notion naturelle des sexes, nous aurons : l'homme, iiian; le mâle de l'espèce humaine, stii iiian; la femelle, iiiuan.
§ C. — Cas (Déclinaison).
Les régimes de certains mots sont exprimés par des variations de désinences dans beaucoup de langues. La fixation de ces désinences constitue la déclinaison.
Il y a également une déclinaison en B, mais limitée à deux classes de mots :
(1) Dans le cas des tsarines, par exemple, la tsarine actuelle Alexandia est : tsarin; mais Catherine II, qui lé^'-nait seule et qui éloit un tsar femelle, était : iit!>iar.
Pourtant, par déférence pour la reine Victoria, qui est : ureks, ici femelle, j'aurai, pai- exceittion, un mot spécial indiquant a une reine régnante», le motkvin qui rappelle le mot : a Queen » anglais.
LA LAXGUE BLEUE 43
1° Aux connectifs (dans certaines prépositions de direction) ; 2" aux dcsifinatifs; et dans cette classe seulement aux quatre sortes suivantes : relatifs, interrogatifs, démonstratifs (articles seulement), personnels (sauf l'espèce : personnels emphatiques).
Donc, sont invariables toutes les autres parties du discours susceptibles en d'autres langues d'être modifiées par les cas d'une déclinaison. Tels sont les noms, qualificatifs, démonstratifs (sauf articles), adjectifs indéfinis.
Dans la Langue Bleue, le nombre des cas est de cinq :
1° Le nominatif, sujet de la phrase ; 2" l'accusatif, objet de la phrase ; 3° le datif indiquant le circonstantif d'une attribution ou d'une dation ; 4° le génitif-ablatif, circonstantif d'extraction, de division. — (Autrement dit, le (jénitif-ablatif est le point de départ et le datif le but d'une notion quelconque. ' Enfin, 5° le vocatif, qui sera la représentation du sujet lui-même sous forme exclamative.
La variation produite par ces cas n'est pas toujours complète. Dans les relatifs et interroiratifs on ne rencontrera ni l'accusatif ni le vocatif ( V. page 78 > .
Comme de juste, le nominatif est le mot lui-même.
Le datif se forme invariablement par la préfixation de la voyelle a devant le désignatif.
Ex. : ata, à toi; are, auxquels; aka, à qui?
Le génitif-ablatif se forme invariablement par la préfixation de la voyelle e devant le désignatif.
Ex. : eiiia, de (ou par) moi ; era, duquel (OU par lequel i ; ek.e, de (ou par) quels?
Le moule de ces deux cas sera donc toujours : voyelle, consonne, voyelle ; — vcv (les voyelles usitées étant toujours ou a ou e).
La distinction entre le nominatif et l'accusatif, dans les pronoms personnels, est la terminaison e au nominatif et a à l'accusatif.
Il est utile de dire ici que, dans ces deux cas, les personnels sont tous coulés dans le même moule c-v (consonne, voyelle).
Voici tous les personnels au nominatif :
me, te, ve, se, le, iie, ïte, |»e, ge, I»e, fc, «le.
Ils ont tous la forme : consonne et voyelle e.
Voici tous les personnels à Vaccusatif :
ma, ta, va, sa, la, i|a, aia, |ia, i^a, lia, fa, «la.
Ils ont tous la forme : consonne et voyelle a.
Le vocatif se forme d'une façon assez ingénieuse par le simple anagramme (renversement des deux lettres) du nominatif. Voici donc tous les personnels au vocatif :
eni, et, ev, es, el, ei|, en, cp, eg:, eb, ef, éd.
On voit qu'ils ont tous la forme : voyelle e, consonne.
Ajoutons que, connaissant les douze consonnes, chacune caractéristique d'une personne, dans cet ordre : m, t, v, s, 1, q, n, p, g, b, f, d, la déclinaison est d'une facilité inouïe à apprendre, car à n'importe quelle personne^ le schéma suivant ( c = consonne) est obtenu :
Vocatif ec
Nominatif ce
Génitif-ablatif. eca
Datif ac»
Accusatif ca
Bien que les noms ne soient pas affectés par la déclinaison, je crois utile de montrer ici par quels moyens on rendra en B les noms régimes. A l'exemple des langues analytiques modernes, ce seront d'autres mots qui nous viendront en aide.
Le NOMINATIF et le vocatii sont rendus par le nom lui-même. 11 est à noter cependant que, vu l'invariabilité du verbe en modes {V. page 48), il est indispensable d'ajouter le pronom vocatif après le nom en cas d'emploi du sens exclamatif (impératif) du verbe.
Ex : a Homme, viens ! » se traduira en B par : « Homme, toi, viens! » man et konio ! Si Ton disait simplement : iiian konio, cette phrase signifierait : « L'homme vient. »
Le DATir des noms se traduira toujours par le démonstratif invariable en genre al, qui remplace les mots français au, à la, ou par aie au pluriel remplaçant aux.
Ex. : Donne au chien. — Et gi^'o "* «log. Ex. : Donne aux chiens. — Et grivo aie dog^u.
Le GÉNiTii-ABi^vTiF cst plus complexe, car il peut avoir les significations suivantes
i° Il indique une idée de provenance, d'extraction pour ainsi dire tangible et, dans ce cas, il se traduit par les prépositions diverses textuelles : de (omt, par fpî), etc., ou, au besoin, par le connectif général io.
Ex. : Il arrive de la ville. — Se Tenko om ait.
■2" Il indique une idée de génération et, dans ce cas, il se traduit par le démonstratif ad, invariable en genre, qui remplace les mots français du, de la, ou par ade au pluriel remplaçant le mot français des (li.
Ex. : La fille du roi, i'eg ad reks ; l'enfant de ma sœur, faiit ad iiiea sar ;
Ex. : Les filles des rois, fegu ade reksu; les enfants de mes sœurs, faiitn ade iiiae sarti.
3° Il indique une idée de possession et, dans ce cas, il se traduit par la préposition of .
Ex. : La maison de Pierre, doui of Pierre ; les pays d'Europe, laiitu of Europe lou Eroin.
4° Il indique une idée de composition et, dans ce cas, il se traduit par la préposition di.
Ex. : La maison de pierre, doiii di sto»; la montre d'or, vats di lor.
5° Il indique une idée de provenance sjoéciale et, dans ce cas, le nom propre se met avant le nom commun.
Ex. : Vin de Champagne, acier de Sheffield, dont la traduction sera: Cliauipagrue win, Slieffleld s^tils.
6° Enfin cette forme indique une qualification formelle et on tra- <luira par le qualificatif.
Ex. : Morceau de roi, soit « Morceau royal », Part reksed.
J'ai dit, au commencement de ce paragraphe, que certaines prépositions pouvaient également être déclinables. Ce sont les prépositions indiquant les rapports vagues de lieu et de direction.
En effet, pour exprimer rapidement les idées, si je puis dii-e, datives de « direction vers » et génitives-ablatives de « provenance de », j'ai étendu l'idée de déclinaison à dix prépositions ayant toute la forme vc. •l'ai obtenu par ce moyen des variations de mots qui serviront à remplacer des locutions prépositives possédant les deux sens sus-énoncés.
(1) L'article du, de Li, des, oxpriniaal une ideo partitive ne se traduit pas en B. Ex. : Donne du pain. — Et gi^o pan.
Par la suffixation de la voyelle i à ces prépositions pour montrer le sens « provenance de » et de la voyelle o pour indiquer le sens « direction hors », j'établis une espèce nouvelle de déclinaison.
Ex. : il», ihyssus ; ibi, de dessus ; îbo, par-dessus.
og, derrière ; ogî, de derrière ; ojço, par derrière. ev, eu bas ; evi, d'en bas ; evo, par en bas.
§ D. — Degrés de comparaison.
Les variations apportées à un mot par le rapport des degrés de comparaison n'existent généralement que dans les adjectifs qualificatifs. Pourtant, dans la plupart des langues vivantes, on trouve également des changements dans la contexture des mots substantifs et verbaux par suite de variations augmentatives ou diminutives, améliora tives ou péjoratives. Ces changements sont effectués par des terminaisons d'une manière très irrégulière.
J'ai adopté une variation régulière nouvelle de gradation appelée la Règle de la Marguerite, dont on trouvera les détails plus loin (§ J).
Cette innovation régularise absolument les termes de gradation, dans tous les mots précis du langage.
Cette règle s'applique d'une manière uniforme à tous les mots précis de la Langue Bleue (sauf les nombres] ; soit: aux noms, verbes attributifs et modificatifs.
Comme de juste, les motules et les numéraux ne peuvent avoir de gradation : les motules parce qu'ils sont tous trop vagues et les numéraux parce qu'ils sont, au contraire, trop précis.
l E. — Personnes.
La variation de c personne » n'influe jamais sur un mot, sauf dans les personnels et possessifs où cette variation est appliquée par le changement même du mot, puisque chaque « personne » se manifeste par la présence d'une consonne caractéristique spéciale (V. p. 43).
En B se rencontreront beaucoup plus de manières différentes de distineruer les « personnes ^^ que dans toute autre langue.
En efïet, en outre des expressions pour les trois personnes régulières de toutes langues (et pour la 3" personne j'ai des vocables distincts pour chacun des trois genres i, le B possède une expression spéciale pour distinguer la 2^ personne, si l'on s'adresse à elle respectueusement. C'est le personnel de politesse, qui existe en réalité dans l'état actuel de la civilisation.
Il serait rationnel de parler comme les Belges ou les Tyroliens qui emploient le singulier lorsqu'ils s'adressent à une personne, quel que soit son rang. Mais, en présence de l'incohérence des formes employées dans les langues modernes pour exprimer ce « personnel de politesse » (Ij, j'ai résolu, malgré l'effort de mémoire supplémentaire demandé, de créer une seconde forme respectueuse à la seconde personne des personnels. Cette création m'oblige à deux vocables supplémentaires, puisque nous avons vu > S Ai que le « nombre » n'influait pas sur la forme des |)ersonnel.s. Donc, j'aurai un pronom personnel respectueux du singulier et un pronom personnel respectueux du pluriel.
En énumérant ces personnels, on constate que forcément on aura, en B, 12 personnels différents qui seront : 6 au singulier, soit : 1° : 1'*' personne ; 2" : 2^ personne familière ; 3° : 2^ personne respectueuse ; 4": 3^ personne masculine; 5" : 3" personne féminine; 6°: 3^ personne neutre: et les mômes G personnes au pluriel, soit un total de 12 formes différentes que je coulerai toutes i F. p. 43» dans des moules uniformes (|ui ne différeront entre eux que par la consonne employée |2>.
Les possessifs auront les mêmes consonnes caractéristiques de personne que les pronoms personnels.
Cette dissertation sur les pronoms personnels clôt la question de la variation de la personne dans toute autre classe.
En effet, grâce à cette physionomie bien spéciale à chaque personnel €>n B, je peux édicter que tous les verbes seront invariables en personne : le pronom personnel, — ou le nom sujet, — suffiront amplement dans la pratique à donner l'indication exacte de la personne.
§ F. — Des modes.
Cette possibilité de variation qui s'applique aux verbes dans toutes les langues est totalement supprimée de la Langue Bleue.
■ 1) Les Français et les Anglais emploient la 2' personne du pluriel pour exprimer la 2° personne du singulier; les Allemands, la .3° personne du pluriel. Les Espagnols se servent une forme cérémonieuse [Vd) et la 3° personne du singulier; les Italiens font usage également de la 3« personne du singulier pour rendre cette 2" personne.
Au pluriel, la confusion est encore plus grande chez les Français et les Anglais.
Dans aucune de ces langues, enfin, on ne peut indiquer si l'on s'adresse à plusieurs personnes, que l'on tutoie ou non.
(2j Possédant quatorze consonnes en B, puisque dans les Désignatifs la consonne r est réservée à la sorte des Relatifs et la consonne /.■ à celle des Interl'Ogatifs-exclamatifs, on voit qu'il reste douze consonnes qui seront distribuées aux douze Personnels, en essayant d'éviter les sons semblables dans les mêmes personnes et en cherchant à rappeler la sonorité des pronoms personnels des langues vivantes.
48 LA LANGUE DLEL'E
On verra au Chapitre des Verbes qu'il ne subsiste que trois modes : Vinfinitif, ïincUcatif et Vexclamatif i impératif i.
Le mode conditionnel est complètement éliminé, le contexte de la phrase indiquant suffisamment le sens de cette subordination spéciale.
Le mode participe est divisé en ses deux notions naturelles : idée qualificative ou idée modificative . S'il comprend une notion attributive ce mode est rejeté dans la classe des Attributifs, avecles qualificatifs; et, s'il contient, au contraire, une notion modificative (gérondifs, il est placé dans la classe des Modificatifs, avec les adverbes.
Le mode subordonné (Subjonctif) persiste forcément, mais la subordination est suffisamment indiquée par deux Mots-cadres qui n'ont pas d'autre signification que cette idée même de subordination générale.
Le mot H. ai (prononcez Xowj, placé entre deux phrases indique la subordination positive du second verbe ; dans le cas de subordination négative, le mot-cadre fiLiiu (prononcez Jvhou i fonctionne de même.
<.)n voit que, dans les deux modes conditionnel et subjonctif, le mot verbal ne change pas de forme et que l'expression du mode participe est dévolue à des mots d'autres classes.
Dans les trois modes restants : infinitif, indicatif et exclamatif , le Verbe ne change pas davantage de forme.
En effet, si le Verbe est impersonnel, l'absence de sujet (nom ou pronom) indique que le Verbe est à Vinfinitil.
S'il est personnel, le verbe est alors au mode indicatif (avec le personnel au cas nominatif (comme dans toutes langues), ou au m.ode excfamah'f (impératif). Dans ce dernier cas, ce mode est exprimé (même si le sujet est un nom, V. page 4ii, par la présence du personnel au cas vocatif.
Donc, la variation du Mode n'affecte jamais la forme du verbe (1 ).
§ G. — Du temps.
Il est évident que cette variation ne peut affecter que les verbes. (J'est même, avec celui apporté ])ar les voi.r {V. § Hj, le seul changement qu'un mot verbal puisse éprouver en B, les autres variations habituelles de cette classe, à savoir les nombres, les personnes et les modes, ayant été successivement éliminées.
(1) On trouvera aux Mots -cadres uno. série de huit mots qui, placés devant le mol verbal, donnent la faculté de faire Viuier la modalité du verbe qui suit. C'est ce que j'appelle les Mots-cadres atuciliaires accessoires.
LA LANGUE BLEL'E 49
La recherche de la clarté m'a obligé à donner à la Langue Bleue plus de temps différents que n'en possèdent les autres langues.
Tandis que, partout ailleurs, on n'observe que les trois temps connus « le présent le passé et le futur », j'ai ajouté en B ^^ne quatrième notion de temps que j'appelle : l'éternel, temps qui comprend, ainsi que son nom l'indique, à la fois, le présent, le passé et le futur. Cette notion implique le sens verbal exprimé depuis les temps les plus reculés possibles à l'esprit humain jusqu'à l'éternité dans le futur aussi loin qu'on la peut concevoir.
Quon ne suppose pas cette création superflue 1 Lorsqu'on français, par exemple, on dit: « L'homme meurt », on ignore si la pensée est: « L'homme est mortel » ou « L'homme se meurt en ce moment » i L.
Il y a là évidemment un sens bien précis à établir et à distinguer du temps présent qui exprime une idée essentiellement fugitive.
J'ai donc quatre temps à spécialiser : de quelle façon vais-je établir les variations du verbe?
La variation de temps sera faite en B par une des quatre voyelles a, e, i, 0 ; une de ces voyelles ajoutée au nom, que l'on veut verhifler (transformer en verbes indiquera le temps spécial dont il s'asit.
On sait, en effet, d'après la loi générale de l'Aspect, que tout verbe doit finir par une voyelle, terminaison caractéristique de la classe des verbes.
Donc, une voyelle finale sera toujours l'indication d'un verbe et une voyelle déterminée sera l'indication d'un teinps déterminé de ce verbe.
Cette règle se confond avec la définition même du mot verbal que l'on étudiera au Chapitre VL
J'ai attribué à chacun de mes quatre temps les voyelles suivantes:
Le temps éternel sera indiqué par La finale i. Ex. : aimer (toujours), lovî .
— présent — — o. — aimer i^en ce moment), lovo.
— pccssé — — o. — avoir aimé .dans le passé'i, love.
— futur — — a. — devoir aimer (dans le futur, lova.
Ces voyelles n'ont pas été choisies indifféremment. L'intensité de leurs vibrations, la nécessité de ne pas avoir d'harmonies concordantes avec les personnels aux Temps éternel et présent, les plus usités, les rapports possibles avec la Règle de la Marguerite ont été étudiés avant de répartir ces terminaisons vocales.
(1; Dans les langues vivantes il faut des périphrases ou des tournures spéciales pour exprimer cette même phrase. En Anglais « man dies » ou « the man is dying». Seul, l'Espagnol crée une distinction parfois précise par ses deux auxiliaires ser et estar.
La variation du temps contrevient à la règle générale de variations qui proclame qu'un mot doit persister dans son intégrité, tandis que le verbe dérivé de lov devient successivement : lovî, lovo, love, lova;
mais ces mots sont en réalité quatre verbes bien dilïérents possédant tous un même sens, avec une graduation temporelle différente. C'est la forme hypothétique suivante qui reste invariable :
Ex: Iiov, amour, — a, e, i, o ; Soit : mot verbal = Racine -\- voyelle.
Ces indications sont toutes restreintes aux temps simples. Dans les temps composés, indiquant l'antériorité, la perfection de l'acte accompli, on verra à la Règle de l'U que la variation est la suivante :
Pour faire passer un temps simple à son même sens avec idée d'antériorité il suffit de préfixer le temps simple de la lettre w, — aussi bien à la voix active qu'à la voix passive et qu'à la voix pronominale.
Ex : J'aimerai, me lova ; j'aurai aimé, me ulo va . — .Je serai aimé, me lovna ; j'aurai été aimé, me iiloviia. — Je m'aimerai, me su lova; je me serai aimé, me su ulova.
§ H. — Des voix.
Cette dernière variation influe en B , comme dans toutes les langues, seulement sur les verbes.
Il y aura en B trois voix : active, passive et réflexe ('pronominale).
La seule voix qui fasse subir une variation au mot est la voix passive.
La voix active est en effet le mot verbal lui-même.
La voix réflexe (pronominale), effectue son travail de variation en dehors du mot lui-même, dont la forme reste semblajjle à celle de la voix active. Nous verrons en effet au Chapitre des Verbes (ainsi qu'à celui des Mots-cadresj, que deux Mots-cadres, traduisant l'idée ou jjositive ou négative de réflexe du sujet sur lui-même, suffiront pour exprimer ce sens.
Ce .seront les mots : su ('prononcez : sou) en cas de réflexion affirmative et «im (prononcez snou :), en cas de réflexion négative.
Ces mots placés devant un verbe à n'importe quelle personne, quel temps ou quel mode, donneront la sensation de la pronominalisation.
Ex. : aimer ien général), lovi ; s'aimer, 8u lovî ; ne pas s'aimer, 8IIU lovi.
Reste donc la voix passive dont la règle de variation sera la suivante : Intercalation de la lettre o (son : ou) dans la dernière syllabe du verbe devant la voyelle finale.
D'après ce ([ue nous savons des temps, nous aurons donc forcément le tableau suivant au mode infinitif.