LA LANCIE RI.EL'E
Ce sont « des moulins », et le mot « moulin » doit pouvoir subir la marque du pluriel, soit : la terminaison u ; ce qui serait impossible, si ce mot se trouvait être le premier terme du nom composé.
Il est inutile de dire que de noml)reux noms composés d'autres langues exprimant des idées simples sont remplacés en B P^i" des mots simples.
Des expressions telles que .* clair de lune, chef-d'œuvre, cerf-volant, ihauve-souris, sont des idées de première connaissance qui exigent un seul vocable pour les traduire.
Par contre, un certain nombre de mots composés, dont un des termes indique des idées générales, sont décomposés en B> à l'aide des mots-cadres et divisés en deux mots.
Je donnerai, comme exemples, des mots tels que : ex-of licier, sousdirecteur, contre-lettre, et, dans le même ordre d'idées, je décomposerai des mots simples, tels que : surintendant, coassocié, arcliel'êque, polygone, transatlantique, qui ne sont réellement que des composés artificiellement changés en mots simples.
On verra aux mots-cadres que le vocable « i|ii » donne le sens général : idée d'infériorité (soit les mots français : sous... vice, etc.); « btt » idée de supériorité (soit : archi, super, etc.) ; « fr«i » idée d'antériorité d'existence isoit: ex, anté); « f feu » idée de contraire (soit : contre, etc.).
Enfin la Uèfjle de la Marguerite pourra, pour les noms al)straits ou collectifs, remplacer parfois, par ses stigmates d'intensité augmentative ou diminutive, un certain nombre de mots composés existant en d'autres langues.
Il arrivera également, en B» ({ue de simples terminaisons secondaires serviront à former des noms simples, en remplacement de noms composés des langues vivantes.
En tous les cas, chacun des termes d'un nom composé est toujours intéirralement conservé, son emploi dans la création de noms composés n'altérant jamais la forme d'un mot.
Le Vocabulaire général donnera tous les exemples nécessaires.
Noms propres.
Les noms propres, appelés à juste titre « des noms à la seconde puissance », ne peuvent, vu leur diversité, leur physionomie individuelle, rentrer dans les cadres d'une réglementation quelconque.
A vrai dire, ils ne font pas partie d'une langue en elle-même ; ce sont les « étiquettes vocales » de chaque individu ou de chaque endroit.
Il est donc impossible d'essayer de faire entrer les noms propres dans les cadres grammaticaux d'un langage artificiel, puisqu'il faut tenir
LA LAXGIE BLEUE 143
compte de l'orthograjjhe ou de la prononciation de ces mots, et que cette obligation empêche de les « coulei- » dans des formes établies arbitrairement pour les autres mots de la langue.
La seule tentative de classement que l'on puisse faire est donc, non pas d'essayer d'imposer des règles à ces mots, mais bien d'avertir que ces mots sont « hors la langue », afin que ni le lecteur ni l'auditeur ne cherchent à donner un sens (jénéral à ces sons ou à ces signes représentatifs d'une unité dans le monde.
Au point de vue visuel, dans toutes les langues, la Majuscule signale au lecteur les noms propres; je n'ai fait que me conformer à cet usage dans ma création.
Il se présente pourtant une éventualité où il jDeut y avoir confusion : c'est lorsqu'un nom propre commence une phrase, puisque le premier mot prend en tous les cas une majuscule. Pour redoubler de précaution et établir la distinction dans ce cas spécial, j'ai imaginé un signe que l'on trouvera aux règles de ponctuation (!'. Alphabet); il consiste en un petit trait qu'il faut mettre au-dessows de la lettre ^majuscule d'un nom propre commençant une phrase. On comprendra ainsi qu'il s'agit d'un nom propre et non d'un mot quelconque de la langue.
On a vu également que, lors même que le nom propre prend le féminin, je garde la majuscule à V intérieur du mot. Ex. : Une Parisienne, an iiParisaii, le mot lui-même ne devant pas être modifié dans son aspect.
En ce qui concerne la variation du nombre, les noms propres peuvent prendre le signe du pluriel, lorsqu'ils expriment l'idée d'une collectivité.
Ex. : les Parisiens, ParisaiiM ; les Césars, ifesarii.
Au iDoint de vue auditif, la difficulté était plus grande ; voici ma solution : Si, devant le nom propre exprimé, un terme quelconque n'indique pas que le vocable qui suit est un nom propre (les mots de relation sociale. Monsieur, Madame, etc., ou un titre), et que l'on veuille éviter la confusion qui pourrait résulter de l'émission de cette appellation, on fera précéder le nom propre du Mot-cadre H,Ta.{a.-ou). {V. Grammaire). Ce mot-cadre signifie : « le mot que l'on va dire maintenant est un nom propre ... ne vous inquiétez pas du sens de ce mot ». Au remplace les expressions : un nommé... l'homme (ou la femme) qui s' ai^pelle . . . , etc., etc.
Telles sont les .seules règles grammaticales qu'il soit possible d'cdicter pour les noms propres.
Pourtant, en essayant de décomposer le dictionnaire de ces noms, on peut demander que quelques-uns d'entre eux soient exprimés d'une manière uniforme. Ce sont ceux que de nombreux peuples
connaissent et qui servent à plusieurs nations pour exprimer im même endroit.
Quelles sont en effet les catégories des noms propres ?
1° Les noms de famille. — A ceux-là il est impossible de toucher ; les possesseurs seuls de ces noms en ont la propriété exclusive. Il faut donc les écrire avec tous les signes qui s'y trouvent et essayer de les exprimer en se rapprochant le plus possible de la prononciation de leur propriétaire.
'2° Les prénoms. — Bien que les prénoms appartiennent déjà à un groupement un peu plus général, il serait absurde de vouloir dire <( Jean Bull » pour « John Bull », ou « Guillaum,e Shakespeare », ou Jack, Giacomo, lago Bonhomm,e pour « Jacques Bonhomme ».
Ces noms propres font partie des langues nationales et jusqu'à nouvel ordre on ne peut toucher à cette catégorie. (V. note, p. 148.)
o° L'ênonciation des noms historiques devra être également laissée en l'état actuel ; il semble cependant certain que les futurs manuels d'histoire indiqueront de plus en plus les noms des personnages d'après la prononciation de leur pays natal (1).
Il me paraît erroné de dire aujourd'hui Guillaume H au lieu de Wilhelm II ; nomme-t-on la reine Mctoria : Victoire?
4" r^our les noms géoijraphiques, au contraire, il se formera certainement, dans un avenir rapproché, une entente internationale pour désigner d'une façon officielle les noms des pays et des villes de ces pays suivant la prononciation adoptée par leurs habitants. La réforme ne peut être faite par un individu.
Prenons le nom de notre ville de Paris connue de l'univers entier; voici ce que ce mot devient chez les plus grands peuj)les :
Toute la race anglo-saxonne dit: Périsse; les Allemands, Parîse ; les Espagnols, Parisse et les Italiens... Paridji. Et les Français voudraient que chacun prononçât : Pari !
De même pour la capitale de l'Autriche : Vienne pour les Français, Fiejia pour les Anglais, c'est Viin (en écriture Wien) que disent les Autrichiens. De même Londres, London en anglais, etc.
On voit, jjar ces exemples, l'impossibilité actuelle de régulariser cette question.
Les seuls noms propres que j'essaierai de faire adopter immédiatement
(1) Jo ne parle pas des langues mortes dont nul ne connaît la i)runonciation «-•xacte. Le nom : Cicéron, ])ar exemple, devient Tchitchcro en anglais; Sisero, en italien ; Tsitseron, en allemand. Oi', en se nommant lui-même, Cicéron disait probablement: KiUei'o! Il y a là évidemment une prononciation inteinationale à fixer.
sont ceux représentant une notion géographique, qui, par sa position même, est internationale.
Ces mots sont peu nombreux ; ce sont les noms des continents, des grandes mers, de quelques chaînes de montagnes et de quelques grands fleuves, situés dans plusieurs pays à idiomes différents.
Je propose donc à titre transitoire, et comme premier essai d'unification, l'emploi des 27 termes suivants :
Continents.
.•Europe, Erop
Mers :
Mer Adriati<jue,
Ailriatik
Asie , Asi
La :M anche.
Manel
Afri(iue, Afrik
Le Pas-de-Calais
Sterct
Aniéri((Uo, Auirik
Mer Noire,
Xeruiar
Océanie, Seaiii
— Rouge ,
Retniar
Mers :
Océan Atlantique, Atlantik
— Blanche,
A'ctmar
— Paciti([ue, Pasifik
— Jaune,
Heliiiar
— Indien, Indik
Montagnes
î/Les Alpes,
Alpeu
— Ai'ftique, Artik
Les Pyrénées,
Pircues
— Antarcti(jue Eutartik
Les Andes,
Audas
Mer Méditerranée Mîtmar
Les Montagnes
(mer du milieu).
Rocheuses, Les Montagnes
Roke«
— du Nord, IN'ortumar
du nord de l'Inde
, Pamir
— Baltique, Baltik
Fleuves :
Le Rhin , Le Danube,
Rein
iRe-i-ne) Donao
(Do-na-o)
En attendant l'établissement d'un vocabulaire géographique, il ne faut pas oublier que les habitants des pays ou des villes sont désignés par la terminaison secondaire an (singulier), anu au pluriel.
Ex. : Français, Fraiieean ; Parisiens, Parisaiiii.
L'orthographe sera celle de chaque pays plus an.
Je ne tenterai pas de créer un dictionnaire géographique complet. Au cas où l'usage de la Langue Bleue grandirait, je conseillerais l'emploi des seules lettres de l'alphabet B> soit : une lettre pour chaque son du pays d'origine, d'où résulterait des mots tels que : Pari, London, Viin, etc. (1).
Dans le vocabulaire géographique international futur, voici comment serait interprétée l'orthographe des noms. La liste suivante est essentiellement hypothétique.
(1) Ch. Lemaire : « Ne pourrait-on faciliter l'établissement d'un vocabulaire en décidant par une langue internationale (jne les noms propres ne se traduisent pas? Il parait inutile et superflu de donner à une même ville trois ou quatre noms différents, alors (ju'elle n'a ([u'un vrai nom qui lui est, donné dans le pays où elle se trouve. »
140 LA LANGUE BLELE
Pour les noms concernant par exemple :
La I-
rance
nijlctei
re
France,
Fraus
An.ulclerre,
En»'claut
Paris ,
Pari
Londres,
London
Lyon,
Mon
Liverpool,
LivorpuI
Marseille,
llarsel
MancliestL-r,
Maiii|Ost<'r
Bordeaux,
Bordo
Birmingham,
Boriiiinani
Nantes,
Aaiit
Leeds,
Lids
Lille,
York,
lork
Rouen ,
Kuoii
Ecosse,
Skutlaul
Saint- Etienne
Saiioticii
Edimbourg,
Idoiiibor
Roubaix,
Roube
Glasirow,
Kiasko
La Seine,
Se a
Hull,
Ul
La Loire,
Loar
Xcwcastle,
i\iukastcl
Le Rhône,
Ron
Tamise,
Teuis
Auvergne,
Overn
Wight,
Vait
Picardie,
Piliardi
Irlande,
Airlant
Ccvenues ,
Seven
Dublin,
Doblin
Les
pays
allemands