PREFACE VII
ces ouvrages complets : la Welstsprache , le Pasiliiigua, le Speliti, le Volapûk, YEsperanto, — ce dernier le plus parfait de tous.
Si, malgré cette abondance d'idiomes artificiels, j'ai voulu créer une nouvelle langue internationale, c'est qu'aucun d'eux ne m'a paru apporter une solution satisfaisante de la question.
Une des plus graves objections qu'on puisse élever en étudiant ces méthodes, c'est que toutes sont édifiées dans un esprit synthétique et que les règles de leur formation reposent sur le principe de V agglutination.
Or, la tendance de l'esprit humain le porte évidemment vers Vanalyse.
Brixtox : a Les deux qualités que doit posséder une langue internationale sont : 1° la tournure analytique ; 2° la formation évolutionniste et uon a priori. »
Renax : '( La marche des langues vers l'analyse correspond à la marche de l'esprit humain vers une réflexion de plus en plus claire. »
Sans entrer ici dans les détails d'une dissertation inutile sur les avantages respectifs des langues analytiques et synthétiques, je déclare que je me soucie uniquement de satisfaire à la loi du « moindre effort », qui est la loi directrice de toute force naturelle.
L'analyse, étant la dernière forme de l'évolution morphologique du langage, me semble donc l'instrument le plus propice à la création d'une langue nouvelle, et constitue assurément, pour l'esprit, un moyen d'acquisition plus souple que la synthèse.
Le travail incessant de composition et de décomposition auquel on doit se livrer, par exemple, dans VEsperanto — système dans lequel les racines n'ont que des significations vagues, — me paraît devoir empêcher la propagation d'un tel idiome.
Je me conformerai donc, dans mon travail, à ce programme tracé par Bréal : « Ceux qui forment le langage voulant, avant tout, être compris, et être compris aux moindres frais possibles, s'inquiètent peu de la puissance des matériaux qu'ils mettent en scène. »
viu PREFACE
Je crois, en outre, que ma méthode possède une supériorité sur toutes celles qui l'ont précédée, à savoir : une méthode fondée sur une philosophie du langage.
En effet, aufun des créateurs des langues artificielles n'a songé à modifier en un point quelconque les grammaires, pourtant imparfaites, de nos langues modernes; aucun n'a pensé à fouiller le terrain plus avant pour faire reposer son œuvre sur des bases théoriques logiquement établies.
Tous se sont contentés de créer une grammaire calquée sur une de celles des langues vivantes et de trouver un vocabulaire plus ou moins ingénieux.
Je crois avoir obtenu un perfectionnement dans la création d'un lançjage international par ma méthode éclectique^ qui réunit à la fois certaines notions symboliques des langages philosophiques, et certains avantages que les idiomes artificiellement créés nous ont apportés.
M(»n vocabulaire découle de ma grammaire, qui, elle-même, procède d'une tliéorie complète du langage facile à comprendre.
J'ignore si j'ai réussi dans ma tentative et laisse au lecteur le soin déjuger la Langue Bleue.
Je dois donner ici l'explication de cette dénomination, qui m'a été quelque peu suggérée par la locution « la Langue Verte », nom de l'argot français, et aussi par la lecture d'un poème de Kingsley.
Le poète anglais dit :
<• Ils levèrent les yeux et ils virent au delà du soleil et de la lune et des étoili.-is et de tout ce qui cliange et changera l'immense firmament, le ciel bleu et clair. »
Et je baptise cette langue nouvelle du nom de la couleur du ciel que tous les hommes perçoivent de même lorsqu'ils dirigent vers le firmament leurs regards quémandeurs.
Puisse la Langue Bleue faire naître à nouveau cette entente humaine bouleversée par l'effondrement de la légendaire Tour de Babel et accomplir la prédiction du Prophète : « Elle viendra l'époque de réuidr tous les peuples et toutes les langues ! »