VÎ0 LA LANGUE BLELT
On verra jilus loin que la caractéristique de sonoritc'- de la classe des connectifs est la présence des voyelles ■ ou o ; ({ue la m^me caractéristique dans les dêsifinatîfs est la présence des voyelles a ou e.
La i-éunion des voyelles caractéristiques de chaque classe produira donc les assemblages suivants : io, oi et ne, ea.
Aussi, des douze groupements de voyelles ci-dessus, ai-je détaché ces quatre formes pour en faire des mots-cadres généraux qui serviront, en cas d'ignorance, a remplacer rapidement un mot quelconque d'une de ces deux classes (V. p. 70-77).
Les significations suivantes sont adoptées :
io : comme expression de connectif de sujjordination en génc'ral. Ce mot pourra remplacer li* importe quelle préposition. oî : connue expression de connectif de liaison en général. Ce mot jtourra rem])lacern'<//ipor<t' < pi elle conjonction.
Par suite de l'attribution dans les désignatifs du sens iVunitê aux mots de cette classe finissant en a et du sens de plnralitè à ceux que termine la voyelle <», j'aurai également :
ea : comme expression générale de désignatif avec idée iVunitc.
Ce mot pourra remplacer tous articles, adjectifs et pronoms démonstratifs ou iiidélinis au siwjulier.
ae : comme expr<'ssion trénéralc «le désignatif avec idée de pluralité.
(Je mot poui-ra remplacer tous articles, adjectifs et pronoms démonstratifs ou indéfinis oh pluriel.
Il reste les huit formes : ai, ao, ei, eo, ia, ie, oa, oe.
A ces formes de voyelles doubles dissemblables, je donne des significations de modalités verbales et les nomme : auxiliaires accessoires.
Ces mots seront employés (toujours facultativemoit) surtout devant les verbes (V. p. 1.j7) et les modificatifs (dans la sorte des (jérondif's en id, od); bien que théoriquement on puisse concevoir leur emploi devant tous les autres mots })récis.
Leurs significations sont les suivantes (V. pour d<Hails, p. 15'i) :
oa (prononcez o-a) : commencer à, se mettre à, aller.
eo {prononcez é-o) : finir de, venir de.
ia (prononcez ï-a) : vouloir, avoir Vinteniion de.
oe (prononcez o-éj : devoir, falloir, être dans l'obligation de.
oi {prononcez o-i) : désirer, aooiV du goût, du penchant pour.
eî {prononcez é-ï) : pouvoir, être dans la possibilité de.
ie (prononcez ï-é) : agir ainsi d'une manière fréquente, régulière.
ao {prononcez a-oj: agir ainsi rarem.ent, de façon intermittente.
LA LANGUE RLEUI-: 331
2'"'' ASPECT COXSONNK SIMPLE OU DOUIU.E PLUS \ UVELLE U.
On sait que le nombre des mots-cadres de celte forme est de iÔ. — On en trouvera lu liste complète avec les significations au Dictionnaire des Motules (Livre III), dans leur ordre alphabétique. Ce sont des mots tels que :
bu, i[u, du, fu, fku, i'Iu, l'uu, l'ru, t'tu, gn, etc.
La connaissance d'un certain nombre de ces vocables est indispensable, car rex])ression des idées qu'ils représentent ne peut être rendue différemment en B-
Ce sont les mots suivants ila lettre u se prononce ou) :
symbole de nc<j((tion
Exemples :
nu :
je n'aime pas
uie uu lovi.
(lu :
— inlerrogatlonaf-
flrmative
aimé-je ?
me du lovi?
Ina :
— interror/ation né-
gative
ii'aimé-je pas ?
me tnu lovî '?
ku:
— sub ordi nati o n
afjirmaticc
(il faut; qui' j"aime
ku nie lovi.
kiiii :
— sub or clin a t io n
ne'gaiice
lil faut) qui' je n'aime pas
knu inc lo^i.
su :
— / ejfejce a fjirina -
tif
je m'aime
me su lovi.
snu :
— rc/lcxrnt';/aiif
je ne m'aime pas
me snu lovi.
D'autres mots sont encore presque indispensables à savoir :
rn signifiant répétition, réitération; comme les préfixes : re, ré en franeais.
'" — désignation précise [V.\> SI); sens de : c'est bien celui, celle, ceux.
vu — marque spéciale de respect; remplaçant toutes les fornuiles si longues de politesse : Votre...
P» — |dée de suprématie; préfixe franeais : arc/ii, locution : en chef.
■»» — idée de supériorité; préfixes français : super, sur, idée de : principal.
'm — idée d'infériorité; préfixes français : sous, vice.
'**" — idée de masculinité; remplace le mot « mâle » en français.
fku — idée de contraire; remplace les préfixes : anti, contre.
P'" — idée de préexistence ; remplace les préfixes : ante, ex, pré.
Les autres signilications .sont moins précises; néanmoins, il est bon <le connaître les mots :
pin iudi<iuant la pluralité ; remplaci- le préfixe : poUi. snin — la dicision en deux; remplace les préfixes : senii, liémi.
P>*" — la mise à la place; remplace le jjréfixe : pro.
****" — la ressemblance acec ; rcmplaci> les désinences des adjectifs fran-
çais en cltre.
pnu — la dissemblance ; il a le sens contraire de sku.
LA LANGUE DLEUE
Plusieurs autres mots-cadres présentent certains sens spéciaux, dont le « contraire » s'exprime par des mots-cadres différents. Ce sont:
kvn idcf de bien ;
gu idée de penchant vers;
la idée d'abondance, d'excès:
psa direction vers le haut,
augmentation ; tlii direction vers le dehors,
extension.
idée contraire : uiu idée de maL
— pfu idée (le répulsion envers...
— fn idée de manque, do priva-
tion.
— t*u direction vers le lias, amoin-
drissement.
— sfu direction vers le dedans.
repliement.
Enfin, voici le reste des mots-cadres dont la connaissance est moins importante, mais qui sont néanmoins très utiles encore, si l'on veut préciser et même forger des sens.
Le Dictionnaire de la Langue Bleue en montrera de fréquentes applications 1 1 1.
flu
fnu
fin
klii
krii
k*tu
nilu
mnii
mru
sla
spu
sru
tru
tso
;if:iiifie : séparation, extraction, mi.se à part, isolement.
— anéantissement par séparation, destruction.
— renforcement, affirmation complète de la pensée.
— rivalité, concurrence, lutte, choc, résistance, effort, saillie on avant.
— rapi)rochement moral, support, association, travail d'ensemble.
— réciprocité, accord, soutien mutuel.
— entourage, voisinage, approche, cii-cumvallation.
— échange, arrêt.
— rassemblement, mise en mas.sc, concentration, centralisation.
— relation étroite, adjonction, addition.
— éparpillement, effusion f;;'i et là, division en de nombreuses paities
— action en arrière, renversement, rétrogradation, retour.
— Iranspercement.
— plénitude, aciièvement.
Place des mots-cadres dans le discours.
Un mot-cadre se place toujour.s (sauf les deux mots feu et knui immédiatement devant le mot dont il vent modifier le sens.
Les deux mots-cadres feu et fenii, oxprcssiou de la subordination,
(Ij Dans une Grammaire f/i'iu'rale qui sera publiée plus tard, on pourra voir que e choix des significations attribuées, n'a pas été fait au hasard et qu'il n'est pas complètement arbitraire. Un*' étud(' comparative sera faite avec les préfixes des langues les plus connues.
Ex. : Le mot-cadre « pu » en B remplace les préfixes suivants :
En français : arclii, pro; en latin : pro; en grec : arc/d, protos; en anglais : <irchi, fore, Jirst; en allemand : pro, cor; en espagnol : archi; en italien : ar/à, primo.
Il l'emplace aussi les expressions << fi*ançaise » en chef, « anglaises » inasfer, in t hief, « allemande » nber, etc.
servent à indiquer le mode subjonctif et sont placés entre la i)hrase principale et la proposition subordonnée {V. p. 18, 168 et 179 1.
,. , II- \ Mue cela soit ^ . t ku ne scro.
' j que cela ne soit pas j knu qo soro.
Ces mots-cadres remplacent dans cette fonction la conjonction française • « que », si surchargée de significations diverses dans notre langue.
En cas de subordination dans les ternies de comparaison, les motscadres k.M et knu se mettent entre le (jualilicatif et le mot qui fait l'objet de la comparaison.
Exemple : Plus aimé que moi. — Eloved ku me.
Lorsqu'il y a plusieurs mots-cadres à exprimer, la rèe-le est qu'ils se placent toujours devant le mot qu'ils « encadrent » et que chacun d'entre eux est d'autant plus rapproché du mot ({u'il en modifie le sens plus intimement.
Cette question a été étudiée en détail i V. p. 188) à propos des verbes.
L'exemjjle : « est-ce que je ne commence pas à m'aimer de nouveau en ce moment? » traduit par : me du snu oa pu lovo? résume toutes les indications nécessaires.
L'idée de renouveau fait partie plus intégrante de la notion à exprimer, (pii est « reaimer », que les idées : de commencement, de réflexe, de négation et d'interrogation dont le sentiment et par con.séquent l'expression « s'éloignent » de plus en plus du mot verbal ; car ces notions (' intéressent » de moins en moins profondément la notion principale.
Cet exemple théorique n'aura pas d'application fréquente dans la }»i-atique, où il suffit de savoir que :
Les modifications api)ortées par les mots-cadres autres que le réflexe, la négation, l'interrogation se mettent devant le verbe; que la négation et le réflexe se placent après l'interrogation ; que les auxiliaires accessoires se placent après le réflexe, la négation ou l'interrogation ; enfin f[ue les mots-cadres de subordination remplacent la conjonction une entre deux phrases.
Dans les classes de mots autres que les vérités, il n'y aura pas occasion d'employer plusieurs mots-cadres.
En résumé, la connaissance des 61 mots-cadres permet de varier à rinlîni le vocabulaire de la Langue Bleue et sera d'un secours incomparable en cas d'ignorance de certains termes précis.
Les mots-cadres et la Rèrjle de la Marguerite, étudiée ]H-écédemment, donnent à la Langue Bleue une richesse d'expressions « à nulle autre pareille », ([uelque modeste tpie soit son vocabulaire.
Les diverses applications pratiques qui viennent d'être exj)osées démontrent surabondamment l'utilit*'- de la création de cette nouvelle classe de mots : les Mots-Cadres.
CHAPITRK III
LES CONNECTIFS dl ///' l'artie du Discours. — Troisième Classe des Mohiles.
('ettc troisième Partie du Discours du B coni])ren(l les Prépositions et les Co7ij07îch'oïîs de toutes les langues vivantes; les vocables groui)cs dans cette classe servent rgalemont d'adverhes de situation.
Définition.
Les coxxECTiis sont des motules (petits mots) ayant pour objet d'evprimcr les rapports de jonction, de h'aiso)i entre les phrases, de subordination précise entre les mots et également lès notions de localisation. -
Aspect.
Ces mots, faisant partie de la première catégorie du langage : les Moudes, doivent avoir, comme caractéristique générale, l'aspect des vocables de cette cat(''gorie, c'est-à-dire : être des mots d'au plus trois lettres et, s'ils ont trois lettres, être terminés par une voyelle.
Suivant la tliéorie du B, <"baque classe de mots doit avoir un aspect spécial ; celui des connectifs sera le suivant :
Motules dans la composition desquels n'entreront que les voyelles ■ oit o OH parfois ces deu.c voyelles (2).
On a vu (j[u'apiès avoir pris en considération les Règles orthograpliicpies et les règles de structure de la Langue Bleue {V. p. 7.j), le nombre des moules, dans lesquels pouvaient être théori(pu'ment c coulés » les ron^iec^t/s, était de 202. En prati(|ue, environ 151) seulement de ces formes serviront.
Les connectifs seront tous forcément conqiris dans une des huit formes suivantes (c vent dire : consonne).
,c: — c . ; — ïci; — ico: — oci; — oco; — cio; — coi.
Les deux dernières formes, Imcu ({ue tli<''ori([uenient exactes, ne .«îont pas usitées. On voit donc ([ne les voyelles i <t o n(^ sont [)as juxtaposées dans les mots de trois lettres.
(1) Le jrroupemenl linus une seule classe des Prépositions et des Conjoiieliuii^, îiiiisi que l'appellation de « coriiieetif.s » pour désiurner eet assemblage, ont déjà été jiroposés par |jlusieurs grammairiens notamment par Armand Hicnnkqlin en I8r{8 ]>ur A. MONTKMONT en ISlô.
12] Deux formes font exception à ecttc règle, les mots: si el no; ce sont les arlverbes d'aflirmation et de néiralion : oui, non [V. )>. ill).
LA LAN(;UK BLEUE r;3r.
Les deux seules autres indications qui peuvent être drduites des Aspects de ces mots sont ([ue :
1° Lorsqu'un connectif a \a hvme ^[ ci; c'est-à-dire: voyelle (i ou
oi, consonne quelconque et voyelle î, ce connectif est toujours nue locution prépositive qui signifie: provenance de. Ex. : ibi, de dessus ; oli, de dehors,
2° Lorsqu'un couuectif a la l'orme ': co ; c'est-à-dire : voyelle (i ou
o), consonne quelconque et voyelle o, ce connectif est toujours une locution prépositive qui signifie : direction vers.
Ex. : ibo, par dessus; oto, })ar dehors.
C'est une sorte de déclinaison des prépositions indiquant les « directions ». Cette règle est très pratique puisque, grâce à ce moyen mnémotechnique, on évite la connaissance de 32 locutions, la plupart d'un usage très fréquent. Comme de juste, cette addition de la voyelle indicative ne peut s'effectuer que sur des mots construits avec forme vc 1 voyelle et consonne» ; il ne peut y avoir de confusion possible avec d'autres prépositions, car aucun autre connectif du B n'a cette forme vcv (voyelle, consonne, voyelle).
Liste des PRÉPOSITIONS DE DUîErTiox il) subissant des transformations suivant le sens y apporté.
ib.
dessus. Dovifiil :
ibi.
de dessus et
ibo,
par-dessus