‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 107 sur 254 · Fécondité onomatopéique · texte numérisé non relu

Fécondité onomatopéique

On croit généralement que les onomatopées sont des éléments lexicologiques isolés et stériles. C'est une erreur. Une étude systématique des mots imitatifs ferait certainement ressortir leur fécondité formelle et sémantique. Contentons -nous de citer ces deux exemples tirés de Rabelais.

Tinter. — Soit le verbe imitatif tinter, que notre auteur emploie en parlant des vases (1. I, ch. v). Il a produit les dérivés :

Tintalore, qu'on lit dans Pierre Saliat, avec le sens de « clameur retentissante » (2), à côté de tintelore, pris au sens de

(i) Ce dea, contracté en da, figure en outre, comme élément final, dans toute une série de locutions adverbiales affirmatives, étrangères il est vrai à Rabelais, mais familières à ses devanciers et à ses contemporains : enda (Marot) ou endea ( Pathelin). Formes composées : en enda, par enda (dans Atic. Théâtre, t. I, p. 3 14), mananda (Des Périers, du Fail), c'est-à-dire ma en enda; parmanda (Marot) ou par won enda (Larrivey). Voy. Rev. du XF/o siècle, t. I, p. 498-499.

(2) Dans la version d'Hérodote par Pierre Saliat (i556) : « S'ils estoient

« combat » et de « bataille », mot exprimant le cliquetis des armes et le choc des guerriers, dans la chanson déjà citée de Jannequin :

Escampe, toute frelore, La tintelore frelore, Escampe, toute frelore, bigot I

Rabelais en a tiré la forme secondaire tinialorisé, une des épithètes que Frère Jean donne à Panurge (1. III, ch. xxviii) et qui signifie étourdi par un bruit retentissant (i), abasourdi (2).

Tintamarre, vacarme, forme méridionale (cf. le fr. tintement avec le prov. tintamen), attestée tout d'abord chez Rabelais qui l'emploie fréquemment.

Tintouin (qu'on lit chez Marot et Rabelais) signifie à la fois bruit, tapage, et souci, embarras.

Tric-trac. — Soit, d'autre part, la formule tric-trac, ou tricque-irac, qui désigne à la fois une allure de trot bruyant :

De paour de le faire clocher, Aussi de paour de tresbucher, Alloit son beau pas tric-trac...

{Franc Archier de Baignolet)

et un bruit retentissant comme celui produit par le cliquetis des armes (dans la chanson de Jannequin) :

Tricque, trac, trique, trique, trac,

Patac, tricque, trie, trac,

Patipatac, patipatac,

Alarme, alarme,

Choc, choc, patipatac, patipatac.

Elle a donné cette double descendance :

1° Trac, avec le double sens d'allure ou train, et de bruit que font les gens ou les bêtes en marchant : « Gargantua entendit le bruit et hennissement des chevaulx, et dist à ses gens: Compaignons, j'entends le trac de noz ennemys... » (1. I, ch. xliii). — « ... assorties de leurs thesauricrs, de vivandiers, de mareschaulx, de armuriers, et aultres gens nécessaires au trac de bataille... » (ch. xlvii).

De là :

poursuivis par les barbares, avec leurs grandes huées et tintalores,... ils retournoient visages et en tuoient infinis... ».

(1) L'explication de Cotgrave par « maussade » est imaginaire.

(2) Voy. Rev. Et. Rab., t. VIII, p. 1GG-1G8.

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