LANGUES GERMANIQUES
rappelle également le rôle que joue dans son roman saint Eugnan ou sainct Treignan d'Escosse, le saint national de ce pays (i).
D'autre part, il y avait depuis longtemps, et Jusqu'au xvi' siècle, une compagnie d'archers qui faisait partie de la garde royale : les Ecossais de Paris. C'est à eux que fait allusion le proverbe : Jîers comme Escossois (1. V, ch. xix), et c'est de leur bouche que Rabelais avait appris certains détails curieux, par exemple (1. II, ch. xxvii) : «... Ces petits boutz d'hommes {lesquels en Escosse l'on appelle manche d'estrilles)... ».
Ces régiments parlaient un jargon, un français écorché, le langage Escosse François (1. IV, ch. xl), dont nous traiterons ailleurs.
Quant à l'écossais proprement dit, il était censé inintelligible, aussi bien d'ailleurs que l'anglais ou l'allemand. Au xv^ siècle, Guillaume Goquillart disait, dans la seconde partie des Droits nouveaulsc :
Et ne chault ja s'on parle ebrieu, Latin, escossois ou flamant...
Mellin de Saint-Gelais assimile l'écossais au basque, et Brantôme (t. VII, p. 407) appelle cette langue « de soi rurale, barbare, malsonnante et malséante ».
Comme toute la soldatesque de l'époque, les Ecossais étaient des grands jureurs : jurer commue un Escossois, dit un proverbe flamand du xvi® siècle (2). Villon mentionne déjà, dans son Grand Testament, le serment écossais: brelare bigod ; et la série de jurons qu'enregistre le chroniqueur diplomate Robert Gaguin dérive de la même source :
Jamais François bien ne sçaura
Jurer bi God, ni brelare,
By niy trost my pourfitera (prononcera),
Ne maistre, milord, ne sere... (3)
Les formes brelare (écossais bt/r Lard), trost, mestre, sere (cf. angl. trust, master, sir) sont du pur écossais. Une dernière remarque.
L'expression goud (4) fallot (c'est-à dire en anglais goodfel-
(1) Nous reviendrons plus loin sur ce nom.
(2) Le Roux de Lincy, Livre des Proverbes, t. I, p. 286.
(3) Gaguini Epistolce et Orationes, éd. L. Thuasne, 1908, p. 416.
(4) L'expression gode chère, bonne chère (expression étrangère à Ra-
loio, bon compagnon) est plutôt l'écossais fallow (Jameson), ce qui explique mieux le rapprochement rabelaisien avec l'homonyme français fallût, lanterne et drôle.
Les quelques termes anglais du roman — tels godale et ostacle (i) (exemple de 1395 dans Du Cange) — lui sont antérieurs. Milourt (2), niillort. qu'on 5^ rencontre fréquemment, se lit déjà dans les Miracles, les Mystères (3) et chez Coquillart(4).
Rabelais n'a pas de termes anglais qui lui appartiennent en propre, pas plus qu'il ne possède de mots allemands d'origine littéraire ou livresque, ces deux langues étant à peu près inconnues au xvi' siècle. Ce sont les Suisses d'une part et les Ecossais de l'autre qui lui ont fourni les quelques éléments qui accusent une provenance germanique.