‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 120 sur 254 · Variété des images · texte numérisé non relu

Variété des images

La diversité des métaphores rabelaisiennes est infinie. Elle /X embrasse l'univers et la vie sociale sous tous les aspects, profane ou sacré, professionnel ou technique, intellectuel et moral. Elle dispose en outre d'une richesse expressive inépuisable.

Pour rendre le roulement du tonneau de Diogène, au Prologue du Tiers livre, Rabelais a recours à soixante quatre verbes, exprimant tous des efforts mécaniques et des actions particulières à l'artisan, au marin, à l'artilleur, etc. Tout en admettant une tendance rythmique qui a pu suggérer certains de ces termes, on ne saurait méconnaître le caractère technique de l'ensemble, comme il ressort des additions successives (dans les réimpressions ultérieures) de verbes parmi lesquels les termes d'ordre militaire abondent (i).

D'autre part, les épithètes que Frère Jean adresse à Panurge (1. m, ch. XXVI et xxviii) et celles que Pantagruel et Panurge appliquent au fou Triboulct (ch. xxxviii), se comptent par centaines et sont puisées aux sources les plus diverses : architecture, astrologie, mathématiques, médecine, musique, scolastique, fauconnerie (2). Rappelons celles qui touchent aux institutions

(i) Voy. Rev. Et. Rab., t. IX, p. 285 à 294, et t. X, p. 428 à 429.

(2) Ces trois chapitres constituent une véritable mine lexicologique. On y relève, en dehors des termes déjà cites :

I» Des mots attestés pour la première fois : antiquaire^ convulsif, disgratié, patronymique;

2» Des mots rares : pâté, pattu; boucané, de bouc;

30 Des formes analogiques : incarnatif, restauratif, sigillatij;

4° Des dérivés inusités : palletocquc (cf. empaletocqué), eschaloté {d'échalotte), taleviousé, etc.

Notons que mainte de ces métaphores est encore vivace : « fol à la

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du passé : Fol aulique et curial, fol banerol et banier, pendants de « goutteux de franc alleu » (1. 111, Prol.) et « goutteux fiejé)^ (1. m, ch. i).

Les Erotica verba du roman représentent de même un ensemble considérable d'images empruntés à tous les domaines des arts et métiers.

Mais la propriété d'application des métaphores n'est pas moins extraordinaire que leur diversité. Chaque personnage du roman se sert d'images et de comparaisons qui répondent à son caractère et aux diverses circonstances de sa vie. Le contraste est frappant entre les métaphores dont use Pantagruel et celles qu'emploient de leur côté Frère Jean et Panurge. En dehors des dénombrements, l'œuvre de Rabelais renferme un véritable trésor d'images curieuses, frappantes et pittoresques, tirées de toutes les branches de l'activité humaine.

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