‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 125 sur 254 · I. — Animaux et végétaux · texte numérisé non relu

I. — Animaux et végétaux

Animaux. — Les images zoologiques sont fréquentes chez Rabelais, qui a le premier puisé directement dans la nature vivante. Nous avons déjà cité les plus originales et les plus caractéristiques ; d'autres, qui ont passé à l'état de proverbes, ont trouvé place dans la section consacrée à la parémiologie.

Voici quelques données complémentaires.

Quadrupèdes. — Asnier, abruti comme un âne (1. IV, ch. lui): « Qui fait les escoliers badaux et asniers? ». Marot appelle (i) son ennemi Beda « ce malheureux asnier ».

Même emploi métaphorique chez Guillaume Bouchet et dans la Satyre Menippée (voy. Dict. général).

Beliner, duper (1. IV, Prol. : «... qui par leur astuce sera beliné, corbiné... »), proprement ruser et tromper dans le trafic des belins ou moutons.

Bestiaux. — Amener, donner du foin aux bestiaux (sens encore vivace dans le Poitou, Berry, etc.) : « Quand j'ay bien à poinct

(I) Ed. Guiffrey, t. III, p. 428.

35o ÉLÉMENTS PSYCHOLOGIQUES

des jeune et mon estomach est bien à poinct affenê et agrené ».

Cette dernière épithète est ainsi expliquée par Robert Estienne (1539): « Aggrener un cheval, c'est quand ung grand poullain a assez longtemps mangé de l'herbe, et on s'en veult sçavoir, afin qu'il soit plus fort et plus ferme, on luy fait manger du grain, et le nourrit d'avene ou d'autre grain ».

Bouc. — Bouquin, paillard comme un bouc (1. III, ch. xii : « Juppin... plus boucquin que n'est un boucq »), et semblable à un bouc par les jambes (1. IV, ch. xxxvii) : « un Satyre dansant et saultelant avecques ses jambes bouquines ».

Chevreter, s'irriter, se cabrer (i) comme les chèvres (1. III, Prol.) : « Advenant le cas, ne seroit ce pour chevreter} »

Cholières s'en est également servi dans ses Apres-disnées (1587), t. II, p. 70 : « Socrates estoit si froid et si patient [avec Xantippe] que ses amis se chevretoient plustost de voir les indignitez de ceste diablesse ».

Chat. — Chattemite, hypocrite (1. IV, Prol.) et son synonyme patepelue (1. Il, ch. xii), à la patte poilue.

Grobis, proprement gros chat, d'où gros personnage (1. III, ch. xxviii) et l'expression faire du grobis, faire le présomptueux, prendre l'air d'un grand seigneur (1. II, ch. xxx).

Marroufle, et son synonyme maraud, Tun et l'autre noms provinciaux (vendéen et berrichon) du chat mâle, type du rôdeur.

Chien. — Caisgne ! interjection admirative, pendant de mâtin! et analogue à l'ital. cagna! cagnola: « Crochetastes vous oncques bouteilles? Caisgne » (1. I, Prol.). La forme caigne, chienne, d'origine méridionale, se lit déjà dans les Cent Nouvelles nouvelles et est encore vivace en Lorraine.

Chiennerie, vie de chien, vie détestable (1. II, ch. m).

De chien, abominable, épithète de dénigrement (1. IV, ch. xliv): « Quelz gens habitent ceste belle isle de chien? ».

Mastin, mâtin (2), avec le sens de cruel, tyran, épithète donnée tantôt aux sbires ou suppôts (1. IV, ch. xiii), tantôt aux moines persécuteurs (1. III, Prol.) et tantôt aux maris jaloux et tracassiers (1. I, ch. liv).

Boeuf. — Taureau, dans l'expression regard d'un taureau^ c'est-à-dire de gros yeux ronds empreints de douceur (1. I, Prol.) : « Socrates avoit le regard d'un taureau ».

(i) Voy. ci-dessus, t. II, p. 2i3.

(2) Aussi avec l'acception de gros, énorme : «... ce grand mastin de pasté » (1. IV, ch. XXII).

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