‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 126 sur 254 · NATURE VIVANTE · texte numérisé non relu

NATURE VIVANTE

Veau, type du sot (1. II, ch. xxxi) : « Ces diables de roys icy ne sont que veaulx », à côté de (1. II, ch. x) : « Ils n'estoient que veaulx engiponnes », c'est-à-dire sots en personne (cf. 1. III, ch. XXV : « diable engiponné »).

Oiseaux. — Caille coiffée, appellation ironique de la femme, surtout de la femme légère (1. IV, Prol. nouv.). Cf. Alarot {Epitre xxiv) :

Toutes cailles qui sont coiffées Ont moult de lunes en la teste.

Coq. — Acresté, acrété, qui lève la crête et se rengorge, en parlant du coq, d'où fier, orgueilleux, sens fréquent chez Rabelais : « Tu es bien acresté ce matin » (l. I, ch. xxv) et « les femmes qu'il voyoit les plus acresiées » (1. II, ch. xvi). Image analogue à celle de se dresser sur ses ergots. Du Pinet, dans sa version de Pline (1. VIII, ch. xvi): « Le lion craint de voir un coq qui s' acresté et se gendarme ».

Corbeau. — Corbin, synonyme de corbeau (cf. bec de corbin), d'où corbiner, voler, ravir à la manière des corbeaux (voy. l'exemple cité ci-dessus sous beliner).

Oie. — Petite oye, abattis (i) d'une oie, locution appliquée ironiquement aux extrémités de la femme (1. IV, ch. ix): «... sa petite oye, ce sont bras, jambes, teste, poulmon, foye et râtelle ». Cf. La Fontaine (« Oraison de saint Julien ») :

La petite oie enfin, ce qu'on appelle En bon français les préludes d'amour.

Oiseau. — Oyseau de masson, appelé aujourd'hui oiseau de Limousin ou simplement oiseau, ustensile pour porter du mortier (1. IV, ch. xxx) : « L'entonnoir comme.un oyseau de masson ». Terme technique vulgaire tout d'abord attesté chez Rabelais.

Pélican, crochet de dentiste (I. II, ch. xvi : « un daviet, un pellican... »), par allusion au bec de l'oiseau. Premier texte chez Rabelais.

Singes. — Babouynerie, singerie, tromperie (1. II, ch. x).

Matagot et magot, hypocrite (2).

Quinaud, dans l'expression fréquente faire quinaud quelqu'un, l'acculer en disputant (3).

(i) Avec ce sens, petite oie est un ne'ologisme attesté tout d'abord chez Rabelais. Cf. Henri Estienne, Apologie, ch. xxviii : «... les extremitez des oyes, ce qu'on appelle aujourd'hui [i566] la petite oye... ».

(2) Voy. notre Hist. nat. Rab., p. 336.

(3) Ibidem, p, 337.

Singes verts, variété de singes très rare à cette époque (i), d'où chose invraisemblable, chimère (l. I, ch. xxiv).

Divers. — Rat, lapsus : « Prenez moy un decretiste. Non, non, je diz un decretaliste. — 0 le gros 7^at, dist Epistemon » (1. IV, ch. lui). Image analogue à celle de « fantaisie malencontreuse » que rat a dans le parler vulgaire.

Taupe, carnassier (2) aux yeux minuscules, vivant sous terre, d'où « plus aveugle qu'une taulpe » (1. III, ch. xxv) et « ilz se musserent contre terre comme taulpes » (1. II, ch. vi). Dérivés métaphoriques :

Taulpetier, moine renfermé dans son couvent comme la taupe dans son trou, métaphore fréquente chez Rabelais (1. III, ch. xLviii) : «... iceulx redoubtez taulpeiiers qui ne se contiennent dedans les treillis de leurs mystérieux temples ». Cf. Pantagr. Progn. (ch. ix) : « Caffars... sortiront de leurs tesnieres ». La vie souterraine est commune aux taupes et aux moines (cf. E pitre à Odet). De li : taulpeterie, couvent (l. IV, Prol. : « taulpeterie de Landerousse »), à côté de « taulpiniere de assassinateurs » (1. IV, ch. 11).

Végétaux. — Quant aux images botaniques, la plupart rentrent dans le domaine des comparaisons que nous mentionnerons en temps et lieu. Rappelons ici « livres de haulte fastaije » (1. II, Prol.), métaphore calquée sur boys de haulte fustaye (1. IV, ch. xxv), à côté de « moutons de haulte fustaye » (1. IV, ch. vi) et de « fol de haulte fustaye » (1. III, ch. xxxvm).

Page 1