‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 128 sur 254 · NATURE VIVANTE · texte numérisé non relu

NATURE VIVANTE

chez Rabelais pot au vin, tête (1. III, ch. viii): « Saulve, Tevot, le pot au oin, c'est le cruon », passage commenté par cet autre (1. II, ch. xxxiii) : « Le pot au vin, lequel on nomme la caboche ».

Cette métaphore est déjà familière aux vieux ouvrages médicaux de Mondeville (13 14) et de Gui de Chauliac (xiv' siècle).

Le premier appelle la tête « oUe du chief » {olla capitis) ; le dernier, « pot de la teste » (i). 11 est donc légitime d'admettre, dans un des textes rabelaisiens allégués ci-dessus, que cruon, nom de la cruche dans les patois de l'Ouest, y est pris au sens familier de « tête », métaphore provinciale analogue au languedocien oulle et au français pot (2).

2° Moule du bonnet (3) (1. I, ch. ix) : « Si Dieu me saulve le moulle du bonnet, c'est le pot au vin, comme disoit ma mère grand ».

Au xv' siècle, on disait, avec le même sens, le moule du chaperon. Jean Chartier, parlant du sire de Lesparre, condamné à mort en 1454 : « Il fut délivré au bourreau, lequel lui trancha la moitié et le moule de son chaperon, c'est à dire la teste ».

La « Moralité de l'Empereur et de son neveu » {Ane. Théâtre^ t. III, p. 143):

Voire mais, si on noiis attrape, Par le ventre bieu, nous perdrons Le molle de no^ chapperons.

Ventre. — Le moulle du gippon, ventre (1. IV, ch. x) : « J'esperôys bien y cotonner... le moulle de mon gippon ».

Dans les farces, on désigne cette même partie par moule du pourpoint : « Avant que je me couche, j'en emplis mon pourpoint » (4).

(i) Rev. du XF/e siècle, t. VII, p. 36.

(2) Rev. Et. Rab., t. X, p. 243.

(3) Cf. Roger de CoUerye, p. 74 :

Et se le moule du chappeau Estoil volé comme un coipeau...

(4) Ancien Théâtre, t. VIII, p. 480, et t. IX, p. i58.

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