‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 131 sur 254 · I. Caractères extérieurs · texte numérisé non relu

I. Caractères extérieurs

1° D'après le physique : Boursoufles et enfles {\. I, ch. liv), à côté de (/ras (i) et hydropicques (I. IV, ch. lxiv), c'est-à-dire ayant le ventre enflé, ou ventres tout court : « Le godemare des cinq ordres de mendiants » (langued. goudoumaro, bedaine, gros ventre). Calvin, comme Erasme, désigne souvent les moines par le mot ventres (2).

2° D'après le vêtement monacal :

Capution, capuchon et celui qui le porte (Pant. Progn., ch. v), à côté de capussin, capucin (1. III, ch. xxii)et cagoule Ç-^), parallèle à coquillon (1. IV, ch. lviii : « Gastrolatres coquillons »), c'est-à-dire qui portent un capuchon en forme de coquille, capuchon attribué ailleurs aux docteurs théologiens (1. II, ch. v).

Enfrocqué, revêtu d'un froc, habit monacal par excellence (1. IV, ch. xLvii) « moine enfrocqué », à côté de « cerveaulx enfrocques » (l. III, ch. xxviii).

Engipponné, revêtu d'un gipon ou robe de moine (l. IV, Prol. anc.) : « diable engipponné ».

Haire, chemise de crin, et celui qui la porte, pénitent ou pèlerin : « Le pauvre haire qui l'a voit féru du bourdon » (1. I, ch. xxxviii), à côté de « Haires, cagotz... » (1. I, ch. liv) (4).

(i) Cf. 1. IV, ch. XIX : « Les bons et beatz pères tant gras, tant joyeux ».

(2) Dans sa lettre datée de Baie, 29 mars i528, Erasme écrit : « Ventres nec graece sciunt, nec latine, et volunt esse judices scriptorum meorum ».

Luther qualifie les monastici d'animalia ista ventris, et Calvin désigne les moines par « des ventres oisifs ». Voy. Thuasne, Etudes sur Rabelais, p. 398-399.

(3) Cf. 1. IV, ch. XI : (( ... inclination naturelle aux frocz et cagoules adhérente ».

(4) Brantôme dit à la fois « quelque pauvre hère de moine » (t. III, p. 107) et « de pauvres prestres ou faibles hères, gens d'église » (t. III, ii5), à côté de (t. I, p. 143) : « Les cardinaux vestuz de quelques meschantes robbes noires, comme pauvres haires et simples prestres de village ».

La double graphie haire et hère, pour cilice, est ancienne (voy. Godefroy) et encore usuelle au xvie siècle : « Haire, Gilicium » et « une Hère, ou estamine, ou sas, Cilicium » (Rob. Estienne, iSjg). Cette graphie explique le double aspect du mot chez les écrivains de l'époque. Le sens propre et le sens métaphorique se trouvent réunis dans ce passage de

3° D'après la chaussure:

Botineur, qui chausse des bottines (1. II, ch. xxxiv). à côté de « moine... botté » (1. IV, ch. lxviii), les bottes étant alors la chaussure ecclésiastique par excellence.

Empantouflé, chaussé de pantoufles (1. I, ch. liv). Cf. Molinet. Chronique, ch. cccxxxiv : « Que feront donc gaudisseurs et fars et perruquetz empanioufjles de coquardise .^ ».

4° D'après la nourriture :

Crocquelardon, proprenaent pique-lardon, parasite (1. 1, Prol.) : « Un frère Lubin, vra)^ crocquelardon y) .

Ichthyophage, qui se nourrit de poisson (1. IV, ch. xxix), comme les sujets de Carême-prenant dans l'île des Tapinois. Cf. 1. III, ch. XXII : «... les pauvres haires extraictz de ichthyophagie ».

Marmiteux, proprement amateur de la marmite « claustrale » et de son contenu : les nombreuses variétés de soupes (d'où le sj-nonyme soupier), épithète (i) qu'on lit déjà dans le Roman de la Rose et que Rabelais applique tour à tour aux moines (1. II, ch. vu) et aux hypocrites (1. I, ch. liv).

Papelard, synonyme du précédent (1. II, ch. xxix), terme interprété dès le xiii' siècle (2) comme pape-lard ou mangeur de lard, donc pendant de l'ultérieur croquelardon. La papelardie est déjà minutieusement décrite dans le Roman de la Rose.

5° D'après certaines attitudes :

Gens qui regardent par un pertuis (1. II, ch. xxxiv), c'est-àdire par l'ouverture du capuchon.

Torcoul, faux dévot qui tord le cou et penche la tête en marmonnant des prières (1. I, ch. liv).

Montaigne (1. II, ch. xxvii) : « Les haires ne rendent pas tousjours hères [c'est-à-dire austères comme des pénitentsj ceux qui les portent ». Voy., pour d'autres textes, notre article dans la Rev. Et. Kab., t. X, p. 274 à 278.

(i) On lit ce curieux passage des c Secrctz et Loix de mariage», pièce du Recueil de Montaiglon (t. III, p. 181) :

L'autre dit: le mien est goutteux.

Qui faict du cayeman mannitcux ,

Quand je luy ofl're la cuisine.

Cf. dans Rabelais (1. III. ch. x) : « style de cuisinier et marmiteux, non de jurisconsulte », (2) Gautier de Coincy, Miracles de Nostre Dame (voy. Godefroy) : Tel fait devant le papelart.

Qui par derrière pape lart...

Toriicolli, pendant du précédent, appliqué aux bigots qui prient en faisant des contorsions (1. III, ch. xlv, et Pant. Progn., ch. v).

6° D'après leur chant monotone :

Fredons, frères Fredons, proprement fredonneurs ou chanteurs à demi-voix (1. V, ch. xxvii).

Oiseaux, par allusion à leur chant, qualificatif donné aux moines de l'Ile Sonante (ch. v).

7° D'après les pratiques religieuses

Patenostriers, diseurs de patenôtres (1. IV, ch. lxiv). Cf. 1. I, ch. xl: « Hz [les moines] comptent force patenostres... sans y penser ny entendre... ».

Perpétuons, qui célèbrent des offices perpétuels pour les morts (1. II, ch. vii)(i).

Sanctoron, qui fait le saint ou marmotte sans cesse les noms des saints (1. IV, ch. lxiv), terme repris par La Fontaine. C'est le latin sanctorum, parce que l'hypocrite veut être considéré comme « unus e sanctorum numéro » (Cotgrave), ou bien parce qu'il marmotte des prières dans lesquelles revient souvent le mot sanctorum (Littré).

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