‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 137 sur 254 · DIVERTISSEMENTS · texte numérisé non relu

DIVERTISSEMENTS

ronfle veue, mettre au pied du mur (l. III, ch. m), expression dont Baïf se sert à deux reprises (i).

Echecs. — Ce Jeu, déjà mentionné dans la Chanson de Roland, a fourni nombre de métaphores, dont la plupart sont restées confinées dans l'ancienne langue. Rappelons ici maiter, vaincre (1. III, ch. xxviii): « Le temps matte toutes choses ».

Dames. — Dans ce jeu, damer, mettre un pion sur un autre pour le faire reconnaître comme dame, a acquis le sens figuré de l'emporter sur quelqu'un, le surpasser (1. IV, ch. xi) : « Je danieray ceste cy, dist Panurge ».

Dés. — Jeu très ancien, bien connu des Romains, auxquels Rabelais a emprunté nombre de dictons et d'expressions métaphoriques déjà citées. Ajoutons-y chance, avantage d'être le premier à lancer les dés, d'où tournure, bonne ou mauvaise, surtout favorable (1. III, ch. xlvi) : « Muons de chanse, et parlons sans disjunctives ».

Tric-trac. — Nom médiéval, seul conservé dans la langue moderne de l'antique jeu de tables. Dans un passage déjà cité, Epistémon recommande à son élève l'utilisation métaphorique des termes de ce jeu. Deux d'entre eux sont pris avec un sens figuré :

Jan, valant alors deux points (1. III, ch. xii): « ... le Jan en vault deux... Je suys Janf dist Panurge.^ Rien, rien, respondist Pantagruel, je pensois au jeu du lourche et tricquetrac ».

Lourche, un des jeux de Gargantua, a acquis ultérieurement une valeur métaphorique de « confus » (2), dont Estienne Pasquier offre plusieurs exemples.

Paume. — Le plus important de ces jeux, suivant Henri Estienne, est celui de la paume, « auquel on peut aussi dire la nation françoise estre plus adonnée qu'aucune autre, tesmoin le grand nombre de tripots qui sont en ceste ville de Paris » (3). Dans l'Abbaye de Thélème il y avait un jeu de Paume.

Ce jeu est déjà attesté au xiv' siècle : on jettait l'esteuf avec le plat de la main {palma), d'où son nom. Rabelais en fait souvent mention, et l'Enigme trouvée « es fondemens de l'Abbaye

(i) Voy. Marty-Lave-aux, La Langue de la Pléiade, t. I, p. 420.

(2) Cf. la « Farce de Colin » [Ane. Théâtre, t. I, p. 248) :

Car cela me rend lorche:

C'est à Dieu trop tiré le dé.

(3) Précellence, p. i35.

des Thelemites » n'est, suivant notre auteur, qu'une description « du jeu de paulme s:>u3 obscures paroles ».

Le terme nacquet, garçon de tripot, en dérive. Il est cité, avec son synonyme laquais, dans la Pantagruéline Progriostication (ch. v), et Henri Estienne remarque à son sujet (p. 137) : « De ce jeu est pris aussi le mot naquet, en ceste façon de parler, Il pense faire de moy son naquet. Et de ce nom naquet vient le verbe naqueter, duquel on use quand on dit, Vous me faites naqueter après vous ».

Tir. — Dans le tir à la butte (but), la cible, composée d'un carton blanc, portait au centre un point noir appelé grolle, c'està-dire « corbeau ». Rabelais y fait souvent allusion (i). Ailleurs, il en tire cette métaphore (1. I, ch. lviii) : « Bien heureux est celluy qui ne sera scandalisé et qui tousjours tendra au but au blanc que Dieu par son Fils nous a prefîx ».

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