Termes empruntés
Hébreu. — Rabelais en a tiré le terme de Niphleseth, dont il a fait le nom de la reine des Andouilles (1. IV, ch. xlii), et métaphoriquement les andouilles, sens du mot hébreu qui est également du genre féminin.
C'est par l'intermédiaire de la Vulgate que habiter, au sens libre, a pénétré en ancien français et dans la langue du xv* siècle. On le lit dans les Droits nouveaux àe Coquillart (t. I,p. 55), et dans Rabelais (1. V, ch. xxviii), chez Guillaume Bouchet et dans le Moyen de parvenir.
Latin. — En passant sur le terme anatomique balane (l. IIl, ch. Il), répondant au latin balanus, gland, et sur les noms mythologiques gréco-romains: It/ujphale (l. III, ch. xxi), c'est-àdire 'I9u^^aX>.o;, le phallus en érection qu'on portait aux fêtes de Bacchus, et Priapus (i), le dieu de la fécondité (1. IV, ch. v ; Prol. de l'Aut. : « Messer Priapus »), nous arrivons aux emprunts proprements dits :
Anneau (2), au sens de « sexe, répondant à annulus, même sens libre (I. III, ch. xxviii). C'est là l'origine du fameux « anneau de Hans Carvel », personnage de l'invention de Rabelais, chez lequel le trouva La Fontaine. Dans les Facéties de Pogge (1474), il s'agit également d'un « Annulus sive Visio Francisci Philelphi ».
Cognoistre, connaître, au sens libre particulier à cognoscere (1. III, ch. xxviii). De même Cholières (Œuvres, éd. Jouaust, t. I, p. 268).
Masculer, faire la fonction de mâle, d'après masculare, rendre mâle (1.1, ch. m). Latinisme inconnu en dehors de Rabelais, qui emploie également la forme francisée masculiner (1. III, ch. xxvi).
Mentale, répondant à mentula (1. I, ch. xvii). Ailleurs, dans le Prologue de l'Auteur au Quart livre, Rabelais fait mention
(i) Avec ses dérivés priapisme et priapiser (1, V, ch. xl). (2) Cf. le synonyme bague^ avec ce même sens libre, dans Baïf et La Fontaine.
de la prétendue équivoque avec mens, mémoire. La Mothe de le Vayer y fait également allusion dans la IIP journée de son Hexaméron rustique (1670), qui traite « Des parties appelées honteuses » (i).
On lit pudendes et veretre dans le discours de l'Ecolier Limousin (1. II, ch. vi). Ailleurs, Panurge cite un latinisme erotique de Catulle (2). Ct. aussi neî\f caverneux (1. III, ch. xxxi et 1. I\', ch. xii) avec le lat. cauerna, au sens erotique (3).
Italien. — Cette langue a fourni à Rabelais les. termes :
Caiche, de caccio (moderne ca:^^o) : « N'est ce falotement mourir, quand on meurt le ccticUe roide.^ » (1. I, ch. xxxix). Tandis que la forme rabelaisienne reflète le nom italien ancien ct dialectal (4), celle de catse se lit chez d'Aubigné et chez Montaigne.
Cotal^ de cotale, qu'Oudin rend par « quidam, le membre viril ». Le mot figure dans la kyrielle des épithètes données au fou (1. III, ch. xxxviii). Ailleurs Rabelais le personnifie en « messer coial d'Albingues » (1. III, ch. xxvii), en lui donnant comme patrie la porte d'Albi près de laquelle se trouvait le couvent du moine de Castres, dont on raconte l'histoire (5).
Pote, de potta, nature de la femme, nom qui figure dans un juron burlesque de Frère Jean (1. V, ch. xxviii).
Languedocien. — Dérivent de cette source les deux appellations :
Esire, le sexe : « Depuys luy [Aristoteles] a déclaré Vestre des femmes estre de soy insatiable » (1. III, ch. xxvi). C'est un euphémisme analogue à « chose » : en Languedoc, estre désigne la chose ou la personne dont on ne peut ou on ne veut pas dire le nom (Mistral).
Vietdaze, le membre (de l'âne et au figuré de l'homme) :
(i) Guillaume Bouchet emploie, en outre nature, au sens de « sexe » (t. IV, p. 4), et Rabelais naturel (1. III, ch. xxvii), à côté de petite humanité, au sens de « membre » (1. V, ch. xi.iii).
(2) « Elles commencèrent escorcher l'homme, ou gluber, comme le nomme Catulle ».
(3) Ajoutons, chez les contemporains de Rabelais : lesmoings, testicules, d'après testis, au même sens, qu'on lit chez Des Periers et du Fail, etc. Ce dernier les appelle aussi gemini, répondant au synonyme binos de la << l'arce du nouveau marié » {Ane. Théâtre, t. I, p. 18).
(4) l,e nom de Visedecache, donné à un cuisinier (1. IV, ch. xt.), reflète l'ital. vtso de caj^o, visage ou air d'imbécile.
(3) Du Tail s'en est souvenu, dans le xiv^ des l)i.scours d'F.ulrapcl, en attribuant plaisamment à ce personnage rabelaisien — Messire Cotai dWlbingue — une place parmi les héros des romans de chevalerie.
EROTICA VERRA 3Q7
« ... bons gros vietdcues de Provence » (l. Il, ch. xv) et « Hans Cotiral... lequel à sa ceinture un grand vietdase portoit, comme les femmes portent patenostres » (l. V, ch. xviii).