‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 149 sur 254 · II. — Termes indigènes · texte numérisé non relu

II. — Termes indigènes

Moyen français. — Nous avons déjà relevé la richesse erotique de la langue du xv" siècle. La plupart des comparaisons et images que nous allons étudier plus loin lui sont déjà familières. Rabelais lui doit en outre quelques dérivés purement lexiques :

Caillibi.-itrls, calibistris, désignant le sexe en général (l. II, ch. XV et xvi), terme encore vivace dans le normand d'Yères où il est emplo5''é comme mot de tendresse (i). Nom composé du synonyme caille (oiseau) et du dialectal (Anjou, etc.), bistri ou bichtri, cheville pour boucher un trou à une barrique.

Genitoires, répondant au lat. genitalia, terme fréquent chez Rabelais, à côté de penil, le pubis, qu'on lit une fois dans le roman, ce dernier nom représente un diminutif du lat. pecten, au double sens de peigne et de pubis.

Pine, membre de l'enfant (1. II, ch. xi), assimilé à la pomme de pin (acception encore vivace en poitevin). Au sens erotique, ce mot se lit déjà dans le Roman de la Rose :

7441 Chascune qui les va nomant^ Les apele : ne sai comment, Borses, hernois, riens, piches, pines, Ainsinc cum se fussent espines...

et encore usuel dans le langage populaire parisien.

Sabouler, proprement secouer violemment (1. III, ch. xxv), tourmenter, comme dans ce passage de la « Farce d'un mari jaloux » :

C'est ce qui me ronge la teste Et qui me saboulle au cerveau (2).

Le terme est encore vivace dans les patois et le bas-langage, avec le sens de « rudoyer, bousculer » (3).

A propos des termes indigènes de cette catégorie remarquons i" Rabelais en a tiré nombre de dérivés qu'on ne rencontre

(1) (( J'ai entendu maintes fois appeler leur petite fille de ce nom » (DelbouUe, Glossaire de la Vallée d'Yères). il) Ane. Théâtre, t. I, p. i3o.

(3) Voy. ci-dessus, t II, p. i53

pas ailleurs : Couillard, couillatre (cf. CouUlatris, nom de villageois), couillaud, couilleite, couilloniias, couillonné, couilloniforme, côuillonnicque, couilloruiiquement, couiller. — Calletaige, culleier, culletis... — Vitauît, Vitet (noms de cuisiniers).

2*^ Certains dérivés de couille et couillon — tels couillaud, couillette, etc. — sont parfois donnés comme noms d'amitié (1. 1, ch. xLi et 1. III, ch. xxi), et cet usage hypocoristique est fimcièrement populaire (i).

Dialectaux. — Voici les termes que Rabelais a tirés des patois :

Biscoter, fréquemment employé, verbe qui conserve encore son sens libre dans les patois duHainaut (Ilécart) et de la Vallée d'Yères (Delboulle). L'acception primordiale est celle du poitevin biscoter (2), sautiller (Lévrier), proprement cabrioler, dérivant de biscot, chevreau (3).

Combreselle, faire la combreselle (1. II, ch. xxii). proprement faire la cabriole, sens du blésois caberselle. Le Duchat remarque : « Dans la Touraine et dans le Poitou, faire la combreselle, c'est faire la culbute ». C'est proprement un terme de manège.

Jocquer, proprement jucher, percher (1. 11, ch. xxii, éd. princeps de 1533), terme qu'on lit dans la « Farce d'un amoureux (4) ». Dans l'Anjou, jouquer, jucher, percher (Norm. Juquer). Marotemrloie y wc/i(?r avec ce même sens libre.

Joqueter, proprement jouer dans sa douille, en parlant d'un manche d'outil, sens de ce verbe en Anjou (Verrier et Onillon). Rabelais s'en sert à la place du précédent dans l'édition définitive du Pantagruel de 1542.

(i) Cf. ci-dessus callibistris, et 1. II, ch. m (Gargantua pleurant la mort de sa femme) : » Mon petit con, ma tendresse... Ha, Badebec, ma mignonne, m'amye ».

(2) Cf. dans la Vendée, bisquien, chevrier (Lalanne), et en Bourgogne, bisquière, gardeuse de chèvres (Littré).

(3) La forme parallèle bistocqucr, au même sens, se trouve chez Palsgrave, dans les moralités et les farces, par exemple dans la « Moralité de Charité » (Auc. Théâtre, t. III, p. 341),

C'est une variante dialectale de biscoter, de même que l'autre variante brisgouter, cette dernière particulière à Rabelais (1. III, ch. xxv et xxvi), semble renvoyer à un primitif brisque, chèvre.

Cf Palsgrave, Fsclaircisaemcnt, p. 589 : « As for bistocqucr is but a fayned worde. for it bctokeneth properly to stabbe or to foync. Also inmore covercd language thcy use Je fais cela ».

(4) Ane. Théâtre, X.. I, p. 212.

EROTICA VERBA 2Ç9

Possouer, pénis (l. I, ch. xi). C'est l'angevin poMSSOite qui signifie: 1° gros bout d'un hart que l'on introduit dans la boucle pour serrer le fagot : 2° tige de bois qui sert à pousser les balles dans un canon de sureau (Verrier et Onillon).

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