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III. — Euphémismes

Pour éviter les appellations erotiques proprement dites, on a eu recours à plusieurs expédients (i), à savoir emploi de:

1° Mots vagues, abstraits ou périphrases :

Cas;joly cas, l'atto (1. V, ch. xxviii).

Cela, sexe (1. III, ch. xxi), terme déjà usuel au xv' siècle (2) et qu'on lit, au xvi' siècle, chez Bouchet et dans le Moyen de parvenir. Oudin (1640) cite cette phrase: « Elle a montré son cela ».

Chose, même sens que le précédent (1. I, ch, xi), mot familier aux vieilles farces et à du Fail.

Chosette, l'atto (1. III, ch. xviii). On lit faire la choseite dans le Cymbalum de Des Périers ; choser, même sens, dans une vieille farce (3), et chouserie, dans le Moyen de parvenir.

Comment a nom, sexe (1. III, ch. xxviii), périphrase fréquente chez Guillaume Bouchet et dans le Moyen de parvenir. Les Cent Nouvelles nouvelles (n° lxxviii) disent quoniam, avec le même sens, répondant au synonyme ne sai comment du Roman de la Rose.

Pacquei de mariage, testicules (1. II, ch. vu, etl. III, ch. viii), répondant au pacquet d'amour du Moyen de parvenir.

Pelotons, testicules (1. III, ch. vu), à côté de pot au lait, même sens (1. III, ch. viii).

Maujoinct, sexe, proprement mal joint, épithète euphémique fréquente chez Rabelais et chez Marot, et déjà usitée au xv' siècle (4). Henri Baude se sert d'une éphithète analogue, malestroict (5).

(i) Voy. l'essai sur la langue erotique par le traducteur du Afanuel d'érotologie de Froberg, dans Alcide Bonneau, Curiosa, Essais critiques de littérature ancienne, ignorée ou mal connue, Varis, 1887, p. "iiQ à 340.

(2) Le Parnasse s.T.tyrique, p. 56 et 245.

(3) Ancien Théâtre, t. I, p. 52.

(4) Le Parnasse satyrique, p. 72 et 255. Cf. une note de Schwob, dans la Rev. Et. Rab., t. II, p. i38-i39. — Jeu de mots sur benjoin (cf. 1. I, ch. xiii). « ... guanJz parfumez de maujoin ».

i^} Poésies, éd. Quicherat, p. 35.

3oo ELEMENTS PSYCHOLOGIQUES

Solution de continuité, sexe (1. II, ch. xv, et 1. IV, ch. xlvii), appellation familière à du Fail, à Bouchet et au Moyen de parvenir. C'est proprement un terme de scolastique qu'on lit au Tiers livre (ch. xxiii) et dans la Chresme philosophale : « Utrum, le noir Scorpion pourroit souffrir solution de continuité en sa substance ( i ) ? »

Citons ici les expressions générales pour faire l'amour :

Besoigner (1. II, ch. xxvii), qu'on lit aussi dans Iç Moyen de parvenir, à côté du synonyme travailler.

Faire un transon de chère lie (1. II, ch. xxi). Des Périers et le Moyen de parvenir disent simplement faire (comme les Latins, facere).

Fanfrclucher (1. II, ch. xxiii), proprement faire la bagatelle.

Farfouiller {\. III, ch. xxvi) et fatrouiller (1. V, ch. xxxi), le premier dans le Moyen de parvenir \ le deuxième, dans le Parnasse satyriquc du xv' siècle (p. 144), à côté de descroter et espousseter (1. II, ch. xxvi).

Saigner (1. III, ch. xxxvi, et 1. IV, ch. liv), à côté de talocher (1. m, ch. VI).

2° Noms propres (pour désigner le membre) :

Jean Chouart (1. H, ch. xxi), nom attribué ailleurs (1. IV, ch. lu) à un batteur d'or de Montpellier. On le lit au xvi' siècle dans le TriumpJie de la Dame Verolle (2). Guillaume Bouchet l'appelle Messire Jan (t. II, p. 119), et le Moyen de parvenir dit simplement C//oaar^ (3).

Jean Jeudi (1. II, ch. xxi), pendant du précédent, analogue à

(i) Ces euphémismes sont de beaucoup plus nombreux chez les autres écrivains du xvi" siècle. Du Fail se sert de : quasimodo, au sens de « sexe », répondant au synonyme custodinos des vieilles farces {Ane. Théâtre, t. I, p. 3iS), à côté de carrefour, au même sens erotique {ibid., t. II, p. 23i)), et de centre, sexe, dans Brantôme (t. VIII, p. 96). Guillaume Bouchet emploie cas pour les deux sexes (casus, dans le Moyen de parvenir), d'où parties castiellcs {el du Kail), à côté de : devant, sexe, et de boutique, même sens. C'est le Moyen de parvenir qui en renferme la plus copieuse provision: action, l'atto; l'autre, le membre; bénédiction, même sens ; histoires, génitoires ; intention, sexe, etc.

(2) Ed. Moiitaiglon, p. ()3 : « Le vénérable et glorieux confesseur Monsieur sainct Chouart, lequel porte pour mémoire et souvenir le nez rongneux, la teste crossue, vermoulue, tortue ».

CW ^'.<sm passé dans le jargon ancien.

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Jacquemart de bandelirode et à Perrin boute avant du Moyen de parvenir .

L'anus est appelé par Panurge clous Bruneau (i), nom d'une partie du Quartier Latin (1. IV, ch. lu), et le même terme figure dans une synonymie scatologique qui clôt le Quart livre (2).

3° Anagrammes, procédé plus rare dont Rabelais n'offre qu'un exemple: Luc pour c..., jouer du lue (1. IL ch. xxi), répondant à culleter, ce dernier fréquent chez notre auteur (3).

4° Métaphores fréquentes. Les images, nombreuses et diverses, sont tirées de la vie des bêtes ou des occupations humaines.

a. — Animaux. Tout d'abord deux appellations générales:

Animal, matrice (1. III, ch. xxxii), appellation qu'on retrouve chez Brantôme.

Beste, dans l'expression faii'e la beste à deux dos (1. 1, ch. xxi et xxiii), image ancienne qui rappelle le synonyme quadrupedantem agere, faire la bête à quatre pattes, de Plaute. Cette métaphore est très usuelle au xiv" siècle, dans Eust. Deschamps (t. VIIL p- 39); au xv% chez Coquillart (4), les Cent Nouvelles nouvelles (5), dans les Farces (6) et dans les Mystères (7). Au

(i) Le Triomphe de la Dame Verolle appelle la syphilis mal de clos Bruneau.

(2) « Que Diable est cecy ? Appelez vous cecy foyre, bren, crottes, merde, fiant, déjection, matière fécale, excrément, repaire, laisse, esmeut, fumée, estront, scybale, ou spyrate ? — C'est (croy je) sapphran d'Hibernie. Ho^ ho, hie. C'est sapphran d' Hibernie ».

L'auteur joue sur le nom propre Hibernie et son homonyme bren.

(3) Du Fail dit, avec le même sens, hic renversé. D'Aubigné écrit (t. II, p, 280) : « Rochepot eut tort de faire l'anagramme de Saint Luc, Cats in cul », et Pierre de l'Estoille (t. I, p. 840) rapporte une poésie satirique contre le roi et ses mignons (entre 1577 et 1579) : « Sonnet intitulé A Saint Luc (Cats in cul ). Note marginale : « Vilain ».

Du Fail et Guillaume Bouchet emploient, selon le même procédé, l'anagramme noc, donnée par Cotgrave : « C... Turned backward (as our Tnuc) to be the less offensive to chaste ears ».

(4) Poésies, t. II, p. 277.

(5) Ed. Wright, t. l, p. 107 : « ... mestier de la beste à deux dos ».

(6) Ane. Théâtre, t. I, p. 187, et t. II, p. 121.

(7) Cf. Mystère de Saint-Quentin (à propos d'une nonne) :

i253o. Elle est maintenant commune.

Comme une garcette ou comme une Pour faire la beste à deux dos.

xvi' siècle, la locution revient chez Cholières et dans le Moyen de parvenir (i).

h. — Viennent ensuite, par une assimilation de l'acte générateur de l'homme à celui de la bête, les termes suivants qui remontent aux noms de certains animaux domestiques :

Ane. — Baudouiner (1. IV, ch. xxxii), proprement saillir, en parlant des baudets. Dans le Grand Testament de Villon, le coït est désigné par « jeu d'asne », et le Moyen de jjarcenir donne baster Vasne comme synonyme de baudouiner.

Bélier. — Deliner, répondant au synonyme latin arieter (1. III, ch. xxvi), faire comme les béliers, terme fréquent chez Rabelais qui en a tiré les dérivés : belinaige, débauche (1. III, ch. xii), et belinier, débauché (1. IV, ch. v), épithète appliquée à Mahomet.

Cheval. — Chevaucher, fréquent au sens libre chez Rabelais, comme déjà chez Villon, Coquillart et dans la poésie libre du xv' siècle (2). Marot s'en sert fréquemment.

Courtaut, c'est-à-dire cheval courtaud, pris au sens de membre viril (cf. 1. I, ch. xii). Le mot a déjà ce sens dans la poésie libre du xv'^ siècle (3), de même chez Marot et dans les Scrées de Bouchet.

Roussiner (1. IV, ch. lu), terme également employé dans laxx' des Cent Nouvelles nouvelles et par l'auteur du Moyen de parvenir, qui use en outre d'amble et de picotin, les deux dans Marot.

Les vieilles farces disent de même, bidaut et bidouart, s}''nonyme de « courtaud » (4), ce dernier déjà chez Guillaume Coquillart et, au xvi' siècle, chez Marot et Des Pcricrs.

5° — Professions et métiers.

Agriculture. — L'agriculture, dès la plus haute antiquité, a été féconde en termes de comparaison erotique. Lucrèce,

(i) C'est à Rabelais que Shakespeare a emprunté cette métaphore erotique (voy. Rev. Et. Rab., t. IX, p. 282 à 285). Voltaire lui en veut à cause de cette expression (dont il lui attribue la paternité), et pour combattre le goût naissant pour Shakespeare en France, s'en sert comme d'une arme. Voy. Génin, Récréations philologiques, t. If, p. 108 à 1 10.

(2) Le Parnasse satirique, p. 190, et Coquillart, t. I, p. 196.

(3) Ibidem, p. 53 et 243. Cf. poulain, le membre (Cent Nouvelles nouvelles, n° 7), désigne chez Rabelais (1. II, ch. xxi) le bubon inguinal.

(4) Ane. Théâtre, t. II, p. 196, et t. V, p. 181.

EROTICA VERBA 3o3

lorsqu'il parle des mouvements voluptueux de la femme enivrée de plaisir, abonde en images agricoles (v. 1260 et suiv.) :

Atque in eo est Venus ut miiîiebria conserat arva... Ejicit enim sulcum recta regione viaque Vomeris...

De là les métaphores tirées des notions labourer et champ :

Laboureur de nature, le membre (1. II, ch. i), que le Moyen de parvenir nomme outil de nature ou simplement outil et engin. Expression qu'emploie également du Fail et que Paré appelle cultiveur dans le champ de nature humaine (i).

Le verbe labourer, au sens libre, se lit une fois chez Rabelais (1. V, ch. XLv), chez Des Périers et dans Guillaume Bouchet (2). Au xv^ siècle, dans une poésie de Coquillart « De jure naturali » (t. I, p. 39) et dans les Cent Nouvelles nouvelles (nouv. Lv) : « Ce gentilhomme avoit tant labouré que plus ne povoit... ».

Larrys, sphincter (1. I, ch. vi), terme qui signifie dans la vieille langue « champ, terrain en friche », par exemple dans ce passage de Lancelot, éd. 1488, ch. li : « Si le attaint en la montée du larris... ». La poésie libre du xv^ siècle disait, dans le même sens, terre molle (Coquillart) et parlait des basses vallées {^).

Le sens métaphorique se lit déjà dans les Cent Nouvelles nou' velles (nouv. xxv) : «... Mon luron, qui jamais n'avoit hanté larrier, ne savoit trouver la douyere de son conin... ». Le sens propre de larrier apparaît dans ce passage tiré des Ordonnances de la ville de Reims (cité par Godefroy, qui donne le mot sans traduction) : « On ne porra hachier ne planter bos près de son larrier... ».

Ce sens libre est le pendant exact de celui de champ de nature, dont se sert Guillaume Bouchet (t. I, p. 100) et que le médecin lyonnais Laurent Joubert donne à la matrice (4).

(i) Cf. 1. ïll, ch. xv: « Le laboureur est le bœuf qui laboure ou a labouré », métaphore ancienne qu'on lit déjà au xiv® siècle dans la Grande Chirurgie de Chauliac (éd. Nicaise, p. 68) : « Consequemment il faut dire de la verge qui est le laboureur de nature humaine ».

(2) Cf. Ant. Oudin {Curiosité^, 1640) : « Vous labourere'{ avec nos bœufs, c'est-à-dire vous coucherez avec nos filles ».

(3) Le Parnasse satyrique, p. 282.

(4) Erreurs populaires, t. I, p. 172.

Boulangerie. — Beluter, bluter et faire l'amour [\. 111, ch. xi et xxv), avec le dérivé belutaige, l'atto (1. 111, ch. xix). Du Fail s'est servi de beluteur, au sens libre. Métaphore déjà usuelle dans la poésie galante du xv" siècle (Schwob, p. 221) et dans les vieilles farces :

Puisqu'elle n'a plus ne pain ne paste, Elle n'enrage que de bluster (i).

Bûcheron. — Coingnée, proprement cognée (1. IV, Prol.), d'où coiiignouer doclrental (ibid.), « neuf pouces de long ». Le Moyen de parvenir se sert de l'expression abateur de bois.

Charcuterie. — Andouille (l. I. ch. xi), avec le dérivé andouillique^ épithète donnée au serpent qui tenta Eve (1. IV, ch. xxxviii). Terme déjà fréquent dans la poésie libre du xv' siècle et chez Villon, dans son Grand Testament. L'un et l'autre reviennent dans le Moyen de parvenir.

Lard, dans l'expression /ro^^er son lard, fréquente chez Rabelais et chez les écrivains du xvi^ siècle : du Fail, Bouchet, etc. Eustache Deschamps se sert de larder, avec le même sens (t. IV, p. 280).

Guerre. — L'art militaire n'est pas moins fécond sous ce rapport métaphorique. Rappelons les paroles de Panurge (i. III, ch. vu) : « Je voudrois quelque espace de temps, un an pour le moins, respirer de Vart militaire, c'est à dire me marier ».

La guerre a fourni plusieurs images tirées des noms d'armes :

Bracquemart, nom ancien du sabre, fréquent au sens libre chez Rabelais (1. III, ch. xxxiii, et 1. II, ch. xv), ainsi que le dérivé braquemarder ou bragmarder (1. Il, ch. xxiv et xxvi). On lit le primitif dans le Moyen de parvenir, à côté de son équivalent couteau naturel, et du Fail en a tiré un dérivé spécial (2).

P'er renient (1. III, ch. xxvii) : « J'ay le ferrement infatigable ».

Lance, d'où arresser (1. Il, ch. xvii et xxvi), c'est-à-dire met-

(i) Ane. Théâtre, t. II, p. 443.

De même nature, les images chez Cholières (p. 20) : « Un homme ne se fie pas volontiers en une lille qui luy a preste un pain sus la fournée », et chez Des Périers (nouv. lx) : « Il y avoit longtemps qu'il n'avoit donné es gaufriers ».

Cf. Bouchet (t. II, p. KjS) : « ... prendre un pain ou deux sur la fournée avant que d'espouser ».

(2) Œuvres, t. I, p. i25 : «... joint qu'il avoit appris la théorique de l'amour... il avoit leu la répétition Bragmardienne... ».

EROTICA VERBA 1o5

tre la lance en Varrest, pièce de l'armure qui servait à appuyer la hampe.

Pisiolandier (1. III, ch. xx, et 1. IV, ch. liv), proprement gros poignard.

Virolet (1. III, ch. ix), proprement épée à lame dentelée (1. II, ProL).

Ensuite des termes généraux :

Avitailler (1. I, ch. viii, et 1. II, ch. viii), équivoque sur rauitailler, déjà dans Coquillart (t. II, p. 182). Guillaume Bouchet et le Moyen de parvenir emploient, avec ce même sens libre, envit ailler.

Harnois, matrice (1. III, Prol.), métaphore usuelle dans l'ancienne langue pour désigner le sexe en général, par exemple dans le passage déjà cité du Roman de la Rose (voy. ci-dessus, p. 297) et dans une vieille farce de l'Ancien Théâtre (t. I, p. 200).

Manège. — Saccade, avoir la saccade (1. I, ch. xlv) et bailler la saccade (1. 1, ch. xiv), à côté du dérivé saccader, pris également au sens libre (1. II, ch. xvii).

Marine. — Sabourrer, proprement lester un navire (1. III,

ch. XLIl).

Musique. — La musique, surtout, est abondamment représentée dans cette nomenclature. Eustache Deschamps en a tiré toute une ballade : c'est une leçon de musique donnée par Robin à Marion, sorte de pastourelle où les termes techniques prennent un sens erotique (i).

On a tiré des noms des instruments les expressions suivantes :

Cymbales (1. II, ch. vu): « Les Cymbales des Dames », et Pantagr. Progn., ch. vi : « Peu joueront des cymbales et manequins, si le guaiac n'est de requeste » (2).

(1) Œuvres, t. VI, p. 112. De là, chez Eustache Deschamps, solfier, faire l'amour (t. VIII, p. 176).

Dans les Quim^e Joyes du mariage, on lit cette phrase (p. 56) : « Ils accordent leurs chalumeaux, et entreprennent de soy donner bon temps », et dans les Cent Nouvelles nouvelles (n° lxxi): « .>. passant par adventure par devant la chambre où sa femme avec le chevalier jouaient des cimbales... sans plus dire, tire l'huys et s'en va ; et bonnes gens de raccorder leurs musettes, et de parfaire la note commencée )>. Des Periers dit avec le même sens (nouv. xiv) : « r' accordèrent leurs vielles ».

(2) Le mot cimbales désigne les testicules dans la poésie libre du xve siècle et dans le Moyen de parvenir.

3o6 ÉLÉMENTS PSYCHOLOGIQUES

Luc, dans l'expression jouer du lue (1. 11, ch. xii), comme dans la poésie galante du xv' siècle.

Tabou7\ d'où tabourer (1, II, ch. xxvi, et 1. III, ch. xxvm) et taboureur (1. I, ch. m, et 1. 11, ch. xxv), au même sens libre. Chez du Fail, tabourdeur et tambourineur \ le Moyen de parvenir dit tabourder, répondant au Jouer de la sacqueboute d'une vieille farce (i).

Le terme général instrument (1. V, ch. xxviii) est souvent pris au sens libre dès le xv« siècle. Les Cent Nouvelles nouvelles parlent du « Jeu de bas instruments ». Au xvi* siècle, chez du Fail et Guillaume Bouchet (2).

Tailleur. — Embourrer, fréquent au sens libre chez notre auteur, métaphore qu'on lit déjà dans Coquillart (t. Il, p. 276).

Tisserand. — Des expressions erotiques tirées du métier à tisser sont fréquentes au xvi' siècle :

« Chaque fois qu'ils Joueroient des basses marches et de la navette » (du Fail, t. II, p. 136). Cf. H. Estienne (Apologie, t. I, p. 134): « Si elles estoient convaincues d'' avoir Joué à la navette », et Cholières (t. II, p. 139) : « Il pense que sa femme Joue des basses marches ». Cette image est déjà usuelle dans la poésie libre du xv" siècle (Schwob, p. 216).

Danses. — Les noms de danses ont fourni au langage erotique les termes :

Antiquaille, sonner une antiquaille (I. II, ch. xii et xxi), nom d'un vieux branle mentionné dans l'Epître de l'asne au coq (répUque de Jamet à Marot), et dans une poésie de Des Périers.

]Janticaille répond, chez les écrivains de l'époque, à dance (3) du loup, chez du Fail, chez Bouchet et dans le Moyen de parvenir, appelée aussi branle du loup, dans une pièce de l'Ancien Théâtre (t. VIII, p. 97).

Jeux. — Quelques termes erotiques sont tirés des noms de Jeux :

Brelant, dans l'expression tenir le brelant, faire l'amour

(i) Ane. Théâtre, t. I, p. 243. Cf. bedon, sexe {=: tambour) dans les Cent Nouvelles nouvelles.

(2) Celui-ci parle aussi des parties instrumentaircs (t. III, p. i3i), répondant au manche instrumental et au tesmoin instrumental de du Fail.

(3) Cf. la basse dance dans Coquillart (t. II, p. 2G3) et dancer la basse note, dans une farce de V Ancien Théâtre (t. II, p. 439).

EROTICA VERBA ?07

(1. III, ch. xxv), avec le dérivé berlandier (1. IV, ch. xvii), épithète donnée au médecin normand Guignemault. De même, dans le Moyen de parvenir, brelinguant, sexe, primitif de Brelinguandus, nom d'un des pédagogues de Gargantua : c'est un synonyme de berlandier, au sens libre.

Poussavant, Jeu du poussavant (1. II, ch. v) : « Les estudiants du dict lieu... le menoient aucunes fois es isles pour s'esbatre au jeu du poussavant ». Cf. le début de la première strophe d'une chanson de Jannequin (1529) :

Au joly jeu du poussavant fait bon jouer.. .

De même poussenjambions (1. Il, ch. xxi) (i).

Quille, membre, d'où Jouer des quilles, faire l'amour (Eust. Deschamps) et Joueur de quille là (1. I, ch. iv), sens libre familier à Marot.

Trictrac, au sens libre (1. II, ch. vu) : « Le iric trac des frères frappars ».

Balancement. — Ajoutons ici les images tirées du balancement des cloches :

Brimballer, faire l'amour, proprement sonner fortement les cloches (1. III, ch. xxv), métaphore qu'on lit dans le dernier des xMystères (2).

Pendilloche, membre (1. I, ch. xi), à côté de pendeloches, testicules, dans le Moyen de parvenir, ces derniers appelés dandrilles, dans les Joyeux Devis de Des Périers.

Comparaisons. — Complétons ces métaphores techniques par toute une série d'appellations remontant à des noms d'objets qui en rappellent la forme :

Baston de mariage (1. 111, ch. ix) et baston à un bout (1. III, ch. xviii). Chez du Fail : baston pastoral et baston caverneux, à côté des équivalents : tribart (ce dernier employé par Marot) et billouart, dans le Moyen de parvenir.

Bondon, au sens libre (1. I, ch. xi), à côté du synonyme bouchon (ibid.).

Boursavit, sexe féminin (1. IV, ch. xxxviii) : « Mellusine

(i) Le Moyen de parvenir dit: jouer au colin maillard, et Cholières, wuer au trou Madame (t. I, p. 121 et 124^ à côté de belouse, sexe (t. I, p. 209), c'est-à-dire blouse ou trou dans lequel on fait rouler la bille au billard.

(2) Ghevallet, Saint Cristophle, prem. journée, fol. I r° :

Je voy un gendarmeau

Qui veut ma femme brimballer.

3o8 ÉLÉMENTS PSYCHOLOGIQUES

avoit corps féminin jusques aux boursavits... », équivoque qui semble inconnue en dehors de Rabelais. En ancien français, bourses désignent les testicules.

Branche de coiiral, pénis (!. I, ch. xi).

Cheville (1. 111, Prol.) -. « la vivifîcque cheville... »), terme employé par Coquillart (t. II, p. 107) et par Des Périers (nouv. Lxii).

Dille (1. I, ch. x;, proprement fausset d'un tonneau (1. I, ch. xii), et son équivalent dousll (1. 1, ch. v), ce dernier aussi dans le Moyen de parvenir.

Lanterne, sexe, dans la vieille langue (i), pendant de falot, lat. phallus. Le terme erotique correspondant est chandelle, chez Coquillavt, Marot, du Fail et dans le Moyen de parvenir.

Terierei}. 1, ch. xi), proprement tarière, à côté de vibrequin (ibid.) vilbrequin, même sens erotique.

Expressions obscures. — Maintes de ces métaphores erotiques restent inexpliquées. Quel est le sens de mannequin dans l'expression jouer des mannequins (1. II, ch. xi) (2), ou celle de jouer des mannequins à basses marches » (1. II, ch. xxi), ou encore dans cette phrase de la Paniagruéline Prognostication, ch. VI : « Peu joueront des cymbales et manequins, si le guaiac n'est de requeste ? »

Le fait que mannequins s'j' trouve associé à cymbales a fait supposer à certains comment :teurs que mannequin désigne également un instrument de musique (3). C'est une illusion.

Ricqueracque (4), synonyme de zig-zag, est une onomatopée que Roger de Collerye emploie dans ce couplet d'une pièce erotique (p. 60) :

Baisez, fatrouUez, trie trac ; Torchez, estraictes, rie rac ; Montez, grimpez...

et qui sert à Rabelais pour désigner l'amour et le mal qui en

(i) Voy. ci-dessus, t. II, p. 2()2 Cf. \. II, ch. xxxiii : « ... estoient ja las comme pauvres diables et n'y avoit plus d'olif en ly caleil ».

(2) Chez Des Périers-, c'est probablement une réminiscence de Rabelais. Cf. Joyeux Devis, nouv. i.xxv : « ... une femme qui joiioit des manequins... ».

(3) Cf. Marty-Laveaux, index ; k Manequin. Nom d'un instrument de musique qui donne lieu, dans certaines phrases, à des équivoques libres ».

(4) Ce même terme désignerait, suivant Borel, une sorte de longue chanson ancienne ii refrains. Ce sens reste sujet à caution.

EROTICA VERBA BoQ

résulte : « le mau fin feu de ricqueracque » (1. II, Prol.).

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