‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 153 sur 254 · I. — Diversité · texte numérisé non relu

I. — Diversité

Pour certains thèmes de son roman, par exemple pour la beuverie, Rabelais dispose de toute une gamme de comparaisons;,,!' - ^-'-^^{^

1° Ethniques : à la bretesque ou à la mode de Bretaigne, et à la tiidesque, comme les Allemands. — « Saoul comme un Anglois » (1. I, ch. xv).

2° Ecclésiastiques : « On les fît boire theologalement » (1. I, ch. xviii), à côté de « Je boy comme un Templier » (1. 1, ch. v). v^' Cf. en outre : « Je ne boy qu'en mon bréviaire comme un beau père guardian » (1. I, ch. v), /'

3° Soldatesques, à la manière des Suisses et des Lansquenets : boire en lancement (1. II, ch. ii), c'est-à-dire comme un lansquenet, pendant de Lans, trlngue (1. 1, ch..^i).y

4"^ Zoologiques : Boire comme un cheval de promoteur, comme la mule du pape, etc.

5° Littéraires : Boire tanquam sponsus (1. I, ch. v)/ souvenir des Psaumes. Au même chapitre, le buveur à sec est sicut -^ terra sine aqua, autre réminiscence biblique.

Souvent la même phrase groupe toute une série de comparaisons. Pour peindre facétieusement un état désespéré, Rabe- ^ lais dira (\. I, ch. xix) : « Une ville sans cloches est comme un aveugle sans baston, un asne sans cropiere, et une vache sans cymbales ».

Les comparaisons se suivent parfois de très près (1. II, ch. xix) : « Thaumaste commença enfler les deux Joues comme un corncmuseur, et souffler comme s'il enfloit une vessie de porc. A quoy Panurge de la bouche tiroit l'air comme quand

on mange des huytres en escalle, ou quand on hume sa souppe ».

Voici les aspects comparatifs du bien-être : « Aises comme un roy ou deux » (l. IV, ch. xxi) ; « aises comme pères » (ch. xLiv) et « les gens en estoient aises comme s'ilz fussent de nopces » (1. II, ch. xxix).

L'imagination de Rabelais ne diffère pas essentiellement de celle du vulgaire. Bien qu'il l'ait enrichie et fécondée en tous sens, elle est restée foncièrement « peuple ». Puisant largement dans le grand réservoir populaire, aussi bien parisien que provincial, sa langue acquit ainsi une richesse exubérante en comparaisons.

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