III. — Pittoresque
Les comparaisons rabelaisiennes, empruntées à la vie sociale, ne sont pas moins frappantes et évocatrices. Elles nous ouvrent des échappées sur l'ambiance de l'époque, sur certaines pratiques professionnelles et sur mainte coutume encore vivace au temps de Rabelais.
Voici tout d'abord trois comparaisons de caractère ethnique et professionnel :
Hz [les frères Fredons] estoient tous habillez en brusleurs de maisons, excepté qu'ainsi que les couvreurs de maisons en Anjou ont les genoux contrepointe\, ainsi avoient ils les ventres carrelez (1. V, ch. xxvii).
Si vos chartiers et nautonniers, amenans,.. certain nombre de tonneaux, pippes et bussars de vin..., les avoient buffetés et beuz à demy, le reste emplissans d'eau, cojnme font les Limosins à bel:[ esclot\, charroyans les vins d'Argenton et Sangaultier (1. IIl, ch. lu).
Je veiz maistre Françoys Villon qui demanda à Xerces : « Combien la denrée de moustarde? — Un denier, dist Xerces. — A quoy dict le-
jectigation des espaulles ? A quelle fin fredonne elle des babines comme un cinge démembrant escrevisses? » (1. III, ch. xvn).
« A la neuviesme, remist les paulpieres des oeilz en leur position naturelle, aussi feist les mandibules et la langue, puis jecta son reguard biscle sus Nazdecabrc, branlant les baulevres comme font les cinges de séjour » (l. III, ch. xx).
« En remuant les babines comme un cinge qui cherche poulij[ en teste, tremblant et clacquetant des dens, se tira vers frère Jan, lequel estoit assis sus le portehauban de tribort, et dévotement le pria avoir de luy compassion » (1. IV, ch. lxvii).
(i) « Le records joignant les mains sembloit luy on requérir pardon, marmonnant de la langue, mon, mon, mon, vrelon, von, von : comme un marmot » (1. IV, ch. xv).
(2) « Ces parolles achevées, Juppiter, contournant la teste comme un cinge qui avatle pillules, feist une morgue tant cspouvantable que tout le grand Olympe trembla » (1. IV, Prol.).
« Panurge resta le cul sus le tillac, pleurant et lamentant. Frère Jan l'apperceut passant sus la coursie et luy dist : « Par Uieu, Panurge le veau, Panurge le pleurart, Panurge le criart, tu ferois beaucoup mieulx nous aydant icy que là pleurant comme une vache, assis sus tes couillons comme un magot » (1. IV, ch. xix).