‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 156 sur 254 · CARACTERES PRINCIPAUX · texte numérisé non relu

CARACTERES PRINCIPAUX

dict Villon: Tes fiebvres quartaines, villain, la blanchée n'en vault qu'un pinard, et tu nous surfaictz icy les vivres ». Adonc pissa dedans son bacquet, comme font les moustardiers à PajHs (1. II, ch. xxx).

Voici ensuite des aperçus sur différentes classes sociales, les gueux, les ladres et les raffinés du bon vieux temps :

Je les vis [les usuriers] occupés à chercher les espingles rouillées et vieulx clous parmi les ruisseaux des rues, comme vous voye\ que font les coquins en ce monde (1. Il, ch. xxx).

Les chocquant ensemble, faisoyt son, tel que font les ladres en Bretaigne avecques leurs clicquettes (1. II, ch. xix).

Les gens du païs d'Outre estoient tous oultrés et tous pedoient de graisse, et apperceusmes qu'ils deschicquetoient leur peau, pour y faire bouffer la graisse, ne plus ne moins que les sallebrenaux de ma patrie descouppent le hault de leurs chausses pour y faire bouffer le taffetas (1. V, ch. xvii).

Et finalement, à propos du pays des Papimanes, cette allusion à une coutume jadis très répandue et encore usuelle (i) chez plusieurs peuples :

Puis y accourut le maistre d'escole avec tous ses pédagogues, grimaulx et escoliers, et les fouettoit magistralement, comme on souloit fouetter les petits enfants en nos pays, quand on pendoit quelque malfaicteur (1. IV, ch. xlviii).

Une dernière remarque. La plupart des comparaisons, dont Rabelais se sert, lui appartiennent en propre. Un tout petit nombre seulement remonte au passé. Telle, par exemple, la formule « comme porcs » qu'on lit souvent dans son roman (2) : c'est là une vieille comparaison familière aux Chansons de geste. Chez Rabelais, c'est un souvenir des romans de chevalerie, qui ont Liissé tant d'empreintes dans son œuvre.

(i) Cette coutume de fouetter les enfants à l'exécution des malfaiteurs, « afin qu'il leur en souvint », était encore pratiquée en France au XV116 siècle. On la retrouve sur une gravure de Jacques Callot, intitulée : Supplicium sceleri frcenum. Voy. Thuasne, Etudes sur Rabelais, p. 348-

Une pratique semblable était en vigueur en Angleterre dans la cérémonie connue sous le nom de beaiing the bounds. Cf. W.-F. Smith, traduction anglaise de Rabelais, t. II, p. 200.

(2) « Il les renvcrsoit comme porcs... (1. I, ch. xxvii) — mettoyent tout le pauvre guet par terre comme porcs... (1. II, ch. xvi) — ilz tombent tous plats comme porcs... (1. II, ch. xvn) — je vous les rendray tous morts comme porcs... (1. II, ch. ivii) — ilz s'endormiront com7«e/?orc5... » (l. II, ch. xxvi).

Nous allons maintenant passer rapidement en revue les sources, d'où Rabelais a tiré ses comparaisons. Le domaine en est assez vaste, allant de la nature vivante, des animaux et de l'homme, à l'ambiance sociale et à ses multiples aspects.

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