‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 159 sur 254 · II. — Comparaisons sociales · texte numérisé non relu

II. — Comparaisons sociales

Ce genre de comparaisons présente une variété et un intérêt particuliers par les aperçus qu'ils nous ouvrent sur la vie sociale du xvi' siècle. Nous avons déjà cité les plus pittoresques. Voici quelques données complémentaires :

Coutumes. — D'elle vous serez battu comme tabour à nopces (1. III, ch xiv). Cf. 1. IV, ch. XV : « Tabourins à nopces sont ordinairement battuz... ».

Cuisine. — Excepté un mot assez gros, lequel ayant frère Jean eschauffé entre ses mains, fit un son tel que font les chastaignes jettées en la braze sans estre entommées, lors que s'esclatent (1. IV, ch. Lvi). — Vouldriez vous dire qu'elle me desrobast en sugçant, comme on avale les huistres en escalle} (i) (1. III, ch. xix). — Enguerrand... plus baveux qu un pot à moustarde {\. III, ch. xxiv). — A ceste heure te hacheray je comme chair à paste:{ (1. II, ch. xxix).

Croyance superstitieuse. — Je croy que l'ombre de monseigneur Pantagruel engendre les altérés, comme la hine (2) fait les catharres (1. H, ch. xii).

Diable. — Quand ilz eurent long chemin parfaict et estoient ja las comme pauvres diables (1. Il, ch. xxiii). — ... dur ti fort comme cent diables (1. II, ch. xxvi). — Thaumaste puoit comme tous les diables (1. II, ch, xix).

Enfants. — Hurtaly estoit à cheval sur l'arche de Noé, comme sont les petits enfans sur des chevaux de bois (l. II, ch. i). — Panurge faisoit un grand son, comme quand les petits garçons tirent d'un canon de sulz avecques belles rabbes (1. II, ch. xix).

Jeux. — Je me donne à travers tous les diables, comme un coup de boule à travers un jeu de quilles (1. III, ch. xi). — Le seigneur de Cancale est tout joyeux et esbaudi, quand il tient une espaule de mouton en main, comme une raquette gauchiere (1. IV, ch. vu).

Métiers. — Ces riottes, qui par certains temps sourdent entre les amans, sont nouveaux aiguillons d'amour, comme nous voyons par

(1. I, ch. xxv), — Le moine atrappa les derniers et les abattoit comme seille (1. I, ch. xliii). — Hz font fouetter monsieur du paige comme seigle verd (1. II, ch. xvii). — Quand ce viendra au chiquanou, frappez dessus comme sus seigle verd » (1. IV, ch. xii).

(i) C'est-à-dire huîtres enfermées dans leurs coquilles. Comparaison fréquente chez Rabelais : 1. III, ch. xviii, et 1. IV, ch. xxxii et liv.

(2) Manque aux Erreurs vulgaires (1579) de Laurent Joubert.

exemple les coustelleurs leurs coz marteler pour mieux aiguiser leurs ferremens (1. III, ch. xii). — Pantagruel frappoit parmi ces geans... et les abattoit comme un maçon fait de couppeaux (1. 11, ch. xxix).

Prêtres et .moines. — La sil;ylle de Panzoust mit son davanteau sus sa teste, comme les prestres mettent leur amict quand ils veulent messe chanter (1. III, ch. xvii). — Gargantua luy [à son cheval factice] faisoit changer de poil, comme font les moines de courtibaux (1. I, ch. xii).

Soldatesque. — Pantagruel attacha à sa ceinture la barque toute pleine de sel, aussi aisemeat comme les Lansquenettes portent leurs petits panerots (1. II, ch. xxxviiiV — Un jour Panurge habilla son dict roy [Anarche] d'un beau petit pourpoint de toille, tout deschicqueté comme la cornette d'un Albanoys (I. II, ch. xxxi).

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