I. — Jurons suisses
Les Lansquenets et les Suisses, qui jouent un rôle si important en France pendant les xv^ et xvi^ siècles, ont laissé des traces de leur jargon dans le roman de Rabelais. C'est de leur bouche qu'il a recueilli des jurons comme (1. I, ch. xvii) : Das didi Gots letjden scliend ! ou Das dich Gots martre schend ! (1. II, ch. xii) — à côté de (ibid.) : Das ist coU, Frelorum bigot! et Her der Tijfel! (1. V, Prol.), forme alémanique répondant à l'allemand Teafel. Remarquons que les premiers jurons cités se trouvent dans les éditions de Gargantua de 1533 à 1537; et, quant à leur interprétation, il suffira de renvoyer à ce que nous en avons dit ailleurs (i).
Les jurons d'ailleurs n'ont pas été exclusivement réservés aux Allemands. Ils ont de tout temps été le privilège de la soldatesque. Le monologue du Franc Archier de Baigiiolet en est émaillé :
Par le sang bieu, je ne crains page... Ventre bieu, vivons ensemble I...
Parle corps bieu, c'est une robe !
Plaine de quoy ? charbieu, de paille.. . Qu'esse cy, morbieu? on se raille...
Par la chair bieu, saincte et benye...
L'auteur de ce monologue a parfaitement saisi le naturel de son personnage lorsqu'il lui fait dire : .
(i) Rev. Et. Rab , t. VI, p. 22S, et t. Vil, p. 458. Vov. aussi ci-dessus, t. II, p. 17.
Je suis aussi simple, aussi coy Comme une pucelle : car quoy Dist le second commandement?
Qu'on ne jure Dieu vainement.
Las, aussi n'ay je, mais fort et ferme, Ainsi que fait ung bon gens d'arme, Car il n'est rien craint s'il ne jure.