‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 164 sur 254 · II. — Jurons italiens · texte numérisé non relu

II. — Jurons italiens

Nous avons déjà relevé les formules italiennes d'imprécation plus ou moins facétieuses, en les commentant à l'aide des écrivains du temps (i).

m. — Jurons gascons.

Les Gascons se sont rendus fameux par leurs jurements. On lit dans une pièce du xv'-xvi' siècle « La venpe du Bon Temps » :

Quand Gascons ne jureront plus :

Cap de bioii, auray, hillot !

Tenez vous pour tous résolus

Que Bon Temps vient le gros galot (2).

C'est le premier de ces jurons qu'on rencontre deux fois chez Rabelais (1. 1, ch. xviii, et 1. Ill, ch xlii), sous la forme Po cap de bious (3), mis dans la bouche d'un Gascon, comme l'a fait de nos jours Edmond Rostand, pour ses Cadets de Gascogne.

Le juron qui figure à la fin du Prologue du Gargantua est également gascon : « Que le maulubec vous trousque ! » (ou trousse^ suivant les éditions). Ailleurs, maulubec se trouve employé comme nom de maladie plus ou moins vague (1. III, ch. xxviii). Cette forme gasconne répond au languedocien mau-

(1) Voy. ci-dessus, t. I, p. 144-145.

(2) Montaiglon, Recueil, t. IV, p. 149.

(3) La forme primitive Cap de dious, c'est-à-dire Tête de Dieu, parbleu ! se trouve à la fois dans l'Ancien Théâtre (t. IX, p. 1Z2) et chez Des Périers (éd. Jacob, p. 21 3). Sa variante cadèl se lit déjà dans une ballade de Deschamps (t. I, p. 217^

La forme atténuée Cap de biou se rencontre dans le Moyen de parvenir (p. i52\ à côté de cette variante chez Des Périers (p. 149): « Un Gascon qui donna à son pcre à choisir des œufs : Cap de bien ! cncores avez vous à choisir: à prendre ou à laisser ».

loubet, ulcère qui vient aux jambes, et l'imprécation est en Languedoc : Que mauloubet voa.^ vire! « Que le chancre vous tourmente ! »

Le terme signifie proprement « mauvais loup » et trouve son pendant dans ce passage d'une vieille farce : « Je prie à Dieu que les mauLv loups te puisse (sic) le gosier ronger » (i), Laurent Joubert en fait aussi mention : « C'est une des imprécations du vulgaire en Languedoc, comme le sus dit inau de terre. Je pense qu'il signifie le loup qui est un chancre, ulcère aux cuisses et aux jambes. Que mau loubet !... Imprécation ou cetestation languedocienne, au lieu que l'Italien diroit che cancaro ! et le François que diable ! » (2).

Que mau de pipe bous bire! « Que le mal du tonneau (c'està-dire l'ivresse) vous tourmente! » (^), troisième juron gascon qu'on lit chez Rabelais (1. I, ch. xi), précédé par une phrase du terroir: « Et sabez quey, hillotz...? » Et ailleurs (1. III, ch. xlii) où cette imprécation burlesque est poussée par le Gascon Gratianauld : « Po cap de bious, hillotz, que mau de pij.pe bous tresbire ! » Lorsque l'aventurier provoque ce vantard à se battre, notre fanfaron s'écrie à moitié endormi : « Cap de sainct Arnauld...^gMe mau de taverne te gyre! ». Ce mal de taverne est le pendant du mal de pippe, qui tourmente les ivrognes.

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