‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 169 sur 254 · II. — Diable · texte numérisé non relu

II. — Diable

Le nom du diable figure dans un grand nombre d'imprécations et de serments (4). Certaines de ces formules se rencontrent fré-

(i) Ancien Théâtre, t. I. p. 290.

(2) Bôkemann {Fran^ôsischer Euphemismus , Berlin, 1899, p. 20) suppose, dans cette déformation, l'influence analogique de ventre.

(3) Bujeaud, Chants et chansons populaires des provinces de l'Ouest, Niort, 1866, t. I, p. 64, « La nnort de l'âne » :

Ta qui chantas si bé L'Magniticat à Vêpres t Daux malin' à quat' leçons, La sainbredondon, bredondainc, Daux matin' à quat' leçons, La sambredondon !

(4) De par le diablel (1. I, ch. xlii, etc.), formule très fréquente, comme De par tous les diables] (1. III, ch. xv, etc.), De par trente millions de diables ! (1. IV, ch. xxi). De par le petit diablel (1. III, ch. ix), juron de Panurge. De même : Qu'il allast à tous les diables ! (1. I, ch. xv), A trente diables soit \ (1 III. ch. xxv), A tous les millions de diables I (1. IV, ch. xix). De par cinq cens mille et millions de charretées de diables (1. IV, ch. xxi), Le diable m'emporte si... (1. I, ch. xxxvii, etc.), Je me donne au diable... (1. I. ch. xli), etc.

Une formule analogue se lit dans le Mistpre du Vieil Testament (t. VI, p. 83):

Ou qu'onze mille charretées De dyables, aussi de dyablcsses, Se vous ne tenez voz promesses, Vous emportent, et corps et ame.

quemment dans les sermons des anciens prédicateurs, dont on trouve l'écho chez du Fail (i) et chez Henri Estienne (2).

Rabelais cite l'imprécation : au diable de Biterne (1. 11, ch. xxvi), souvenir des romans de chevalerie, encore vivace dans le Midi (3), et la locution diable de Vauvcrd (1, II, ch. xviii, et l. IV, ch. xvi), déjà connue de Coquillart et de Villon. Il est encore populaire sous la forme altérée : aller au diable au vert (4).

La déformation habituelle, encore vivace, c'est diantre, euphémisme fréquent chez Rabelais, qui, parait-il, en fournit le premier témoignage littéraire {1. I, ch. xii). Cotgrave le désigne comme normand, et il est très fréquent dans la Muse Normande de David Ferrand.

La crainte superstitieuse qu'inspire aux gens du peuple dénonciation de noms des mauvais esprits, et tout particulièrement du diable, a suggéré de nombreuses substitutions, telles que le Malin, le Vilain, le Petit bonnet rouge, Georgeon, le vieux Jérôme, etc. Chez Rabelais, on rencontre également de pareilles appellations euphémiques :

Vautre, pris ici en opposition avec Dieu, par exemple (l. I, ch. xxxv) : « Si tu es de Dieu, si parle : si tu es de Vaultre, si t'en vas » (5).

Celui qui n'a poinct de blanc en l'œil (l. III, ch. xxxvi), par allusion au démon qui a les yeux rouges de feu (6).

Ennemi de V enfer (1. III, ch. xix).

Esta/fier de sainct Martin (1. IV, ch. xxiii), appellation tirée de la légende de ce saint.

Rabelais fait, en outre, usage de différentes formes étrangères et patoises du même nom : l'italien diavol (1. I, ch. m et xxxix),

(i) « ... l'acheteur leur [aux marchands] aiant le dos tourné, est nîoqué, et monstre au doigt, comme aians bien exploité : ad omnes mille diabolos telle sorte de gens, disoit Menotus » (t. II, p. 269),

(2) Apologie, t. I, p. 32 1 : « Et que faudroit il dire ici pour parler Maillardiquement ? ad triginta mille diabolos talem modum loquendi ».

(3) Voy. Rev. Et. Rab., t. VII, p. 339 à 342.

(4) Le Roux de Lincy, Proverbes français, t. II, p. 18. Vauvert était, au xiiie siècle, le nom d'un ancien château parisien .abandonné qu'on disait hanté par les revenants.

(5) Et ailleurs (1. I, ch. xlii) : « Aidez moy de par Dieu, puisque de par Vaultre ne voulez ». De même, chez Des Périers (p. i3o): « Il faudra qu'il aille de par Dieu ou de par Vaultre ».

(6) On lit dans la Comédie des Proverbes {acte III, se. m) : « La croix chasse celuy qui n'a point de blanc en l'œil ».

le breton diole (i) (1. II, ch. xii, et I. 111, ch. ix) et le parisien dieshle (1. II, ch. xiv), ces deux derniers indiqués comme tels par Cotgrave (2).

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