‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 172 sur 254 · CHAPITRE III PROCÉDÉS SECONDAIRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III PROCÉDÉS SECONDAIRES

La tendance euphémique, dans l'emploi des noms sacrés, passe par différents degrés. Le procédé le plus général consiste dans les modifications formelles que nous venons d'exposer. Deux autres expédients sont également en usage : la substitution aux termes consacrés d'autres expressions plus ou moins indifférentes et, ressource radicale mais moins fréquente, leur complète omission.

/o — Pdf substitution.

L'adoucissement est parfois obtenu soit par le recours à des noms facétieux — des saints fictifs, par exemple, remplaçant des saints réels — soit par l'emploi de mots banals qui n'ont aucun rapport avec les termes consacrés. Tel est le rôle du déterminatif de bois que nous avons rencontré dans plusieurs de ces formules.

C'est aussi le cas du juron de Panurge (1. IV, ch. xxxiii) : Vertus d'un petit poisson ! devenu, quand l'interlocuteur s'est corrigé ou rétracté mentalement (i): Par la vertus non pas d'un petit poisson ! (1. I, ch. xxxiii) (2).

Le Duchat prétend que la première formule est d'origine languedocienne ou provençale pour éviter de jurer par la vertu de Dieu. Mistral l'i,î,'-norc ; mais elle est encore vivace dans le langage familier. On dit Nom d'un petit poisson! comme on dit

(i) Chez Des Péricrs (p. C)) et Cholières (t. II, p. 25o) : « Ventre d'un petit poisson ! »

{2) Cf. dans la Comédie des Proverbes (acte I, se. vu) : « Mort non pas de ma vie!... » et chez Molière (Malade imaginaire, acte III, se. ni) : « Par la mort non de diable, si j'estois que des médecins, je me vengerois de son impertinence ».

Page 1