‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 177 sur 254 · I. — Bavagouins · texte numérisé non relu

I. — Bavagouins

Le nom de barragouiii est synonyme, dans l'œuvre rabelaisienne, de langage étranger ou barbare. Pantagruel, après avoir entendu le discours de Panurge « en langue germanicque », s'écrie (1. II, ch. ix) : « Mon amy, je n'entens point ce barragouin », l'allemand littéraire étant complètement étranger aux Français dans la première moilié du xvi' siècle (cf. haut-allemand).

A propos d'un patelinage, ou de « la morale comœdie de celluy qui avoit espousé une femme mute », Panurge remarque (1. III, ch. xxxiv): « Vos paroUes, translatées do Barragouin en François, veulent dire... ». Le rusé compère a parfaitement saisi le sens de la farce racontée par Carpalim, mais, comme il ne veut pas en convenir, il feint de ne pas comprendre.

Le même terme désigne encore l'homme qui parle un baragouin (l. II, ch. xi) : « les Bavragouins et les Accoursiers » (i).

En ouire, le sens moderne de « langage inintelligible » (sens qui est celui de notre rubrique) ne semble pas non plus inconnu à notre auteur. Il emploie même le dérivé barragouinage (1. 111, ch. xxn) au sens de confusion ou d'embrouillamini.

Lorsque Panurge aborde pour la première fois Pantagruel, il lui débite sa détresse dans plusieurs langues, en commençant par l'allemand et en finissant par le français (1. II, ch. ix). C'est une imitation patente de la Farce de Pathelin, comme l'avait déjà reconnu Estienne Pasquier (I. Vlll, ch. lix). Panurge, s'adressant à Pantagruel, s'exprime en plusieurs langues réelles que nous avons déjà étudiées (2), et en quelques idiomes de fantaisie. Ce sont ces derniers que nous allons

(i) De même chez d'Aubigné, dans les Aventures du baron de Fœneste: « Le Souisse s'écria du milieu de nostre battcau : Tumine, lominatio fcstral... Le cavalier du bord répliqua force menaces, n'entendant point ce Latin tudesque que fort peu du batteau entendirent aussi. Il n'eust pas si tost dist : « Que dites vous, Monsieur le barragouin ? vous aurez des estrivieres... » {Œuvres, t. II, p. 2(37).

Rabelais fournit un autre échantillon de ce latin tudesque (1. IV, ch. Lin) : « Vivat, s'escria Epistemon, vivat, fifat, pipat... ».

(2) Voy. ci-dessus, t. II, p. 4 et suiv.

aborder dans l'ordre même où ils se suivent dans le texte rabelaisien.

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