I. — Langage des Antipodes
Le deuxième discours de Panurge est ainsi conçu (dans l'édition princeps du Liore second) :
Al barildim gotfano dech min brin alabo dordin falbroth ringuam albaras. Nin port zadikim almucathin milko prim al elmim entoth dal heben ensouim ; kuthim al dim alkatim nimbroth dechot porth min michas im endoth, pruch dal marsouim hol moth dansrilrim lupaldas im voldemoth. Nin hur diavoUh mnarbotim dal gousch pal frapin duch im scoth pruch galeth dal Cliinon min foultrich al conin butbathen doth dal prim.
Ce baragouin fut à tort désigné par Le Duchat comme étant de l'arabe, affirmation depuis formellement contestée par l'illustre arabisant Sylvestre de Sacy. Burgaud des Marets s'est amusé à son tour à décomposer le morceau en monosyllabes anglais : autre illusion, étant donné que l'anglais était absolument inconnu à Rabelais (le morceau anglais de Panurge était primitivement de l'écossais).
En réalité, le fragment est constitué de termes forgés, parmi lesquels l'auteur, pour masquer l' « attrape », a intentionnellement glissé quelques mots réels et appartenant à son propre vocabulaire, à savoir :
Noms propres : Falbroth, Ringuam, Nimbroth, Galet, Chinon, Scot.
Termes techniques : Almucathin, alcatim.
Mots communs : Marsouin, diavol, frapin. Termes erotiques : Foultrich al conin...
Ainsi que certains vocables hébreux : zadikim, heben...
Entendez vous rien là) dist Pantagruel es assistans. A quoy dist Epistemon : Je croy que c'est langaige des Antipodes ; le diable ne mordroit mie. Lors dist Pantagruel : Compère, je ne sçay si les murailles vous entendront, mais de nous nul n'y entend note.
Rabelais compare ce baragouin au langage des i\.ntipodes, c'est-à-dire au parler des indigènes du Nouveau Monde qui venait précisément d'être découvert par Christophe Colomb et par Magellan, dont la circumnavigation (15 19- 1522) établit défi-
nitivement la réalité jusqu'alors contestée des Antipodes (i).