II. — Les Jargons
Le terme jargon désigne habituellement un parler spécial, soit propre aux enfants (3), soit particulier à certains groupes sociaux, aux lettrés d'une certaine époque, aux milieux universitaires ou autres (4), aux gueux, etc.
(i) Une autre allusion à VUtopia de Morus se lit dans le Champ fleury de Geoffroy Tory, fol. 73 v*» : « Ne voulant plaindre mes peines à vostre gracieux service, je vous ay aussi en oultre adjouxté les lettres Utopiqites, que j'appelle Utepiques pour ce que Morus l'Anglois les a taillées et figurées en son livre qu'il a faict et intitulé Insula Utopia, LTsle Utopique. Ce sont lettres que pouvons appeller Lettres volontaires et faictes à plaisir ».
(2) La Chresme philosophale (qu'on lui a attribuée) traite également des « Questions encyclopédiques de Pantagruel lesquelles seront disputées sorbonicolificabilitudinissement es escoles de Décret prés saint Denys de la Chartre, à Paris ».
(3) Cf. 1. III, ch. xviii : « Le ôyant jargonner en son jargonnoys puéril ».
(4) Le chapitre des « Apedeftes » du V" livre en ofFre un exemple typique.
D'une part, la corruption graduelle du latin présente un aspect différent selon les milieux où il a été pratiqué et suivant son emploi plus ou moins fréquent en littérature. On pourrait y distinguer trois espèces qui constituent autant de jargons.
Et d'autre part, le français, en traversant les milieux criminels ou en passant par la bouche des mercenaires étrangers, a subi des changements de sens et de torme, qui lui donnent un cachet à part.
Examinons à tour de rôle ces divers jargons.