‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 186 sur 254 · Escosse-François · texte numérisé non relu

Escosse-François

C'est au même ordre d'idées que se rattache un des plus anciens des jargons ethniques, le languaige Escosse-François , comme l'appelle Rabelais (1. IV, ch. xl) : « Mondain, inventeur de la saulse Madame, et pour telle invention feut ainsi nommé en languaige Escosse François ».

Notre auteur relève ici une des particularités les plus frappantes de ce langage écorché, parlé par les Ecossais de la Garde ro5'ale, à savoir la confusion des genres, déjà mentionnée par Geoffroy Tory :

Les Lorrains (3) et les Escossois en parlant en langage Escossois François, au moings en y cuidant parler, laissent quasi tousjours à

(i) Voy., sur ces termes, nos Sources de l'Argot Ancien, t. I, p. 24 à 34 : L'argot dans Rabelais.

(2) La foire de Niort est mentionnée dans Pantagruel (1. IV, ch. xiii).

(3) Il s'agit ici prohahlement des Lorrains allemands écorchant le français..

BgO ELEMENTS IMAGINATIFS

prononcer le E, quand il est à la fin des dictions... Les Escossois disent : Mon père et ma mère et mes deux sœurs Robin et Catherin m'ont escript un per de lettres. . Mais tel vice leur est à excuser, pour ignorance qu'ilz ont du langage François, et pour la difficulté de leur accoustumée prononciation en leur langage maternel (i).

Rabelais note ailleurs (1. 11, ch. ix) un autre trait de ce jargon, cette fois purement orthoépique : « Sainct Treignan, /ow^{/s vous d'Escosse... », c'est-à-dire vous êtes d'Ecosse, interpellation ironique.

Ces particularités se retrouvent réunies dans deux passages du Mystère de Saint Louis^ du xv' siècle, dans lequel le roi d'Angleterre parle un langage analogue. Voici en quels termes il s'adresse au messager de la Marche :

Aiquet bin fouty vous venu !

Je la voy la mondam de mer...

Je cogny bin mon mer, mon dam.

Dieu gart la cent (2), aussy son fam ! Mon mer, comment fouty vous bin?

Comment porty tout ma cousin?

Faitty vous tresiant bin bon chère ? (3)

Dans une parodie de la forme des traités entre la France et l'Angleterre — La Charte de la paix aux Anglois de 1264 (4) — on lit une équivoque prolongée sur le raoi fout (vous).

On constate d'ailleurs ces mômes traits dans le jargon que parlaient les mercenaires suisses en France et dont on trouve encore plusieurs échantillons dans Molière (5).

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