III. — Termes factices
On a récemment essayé d'établir le bilan de ce que le vocabu-
(i) Champficury, fol. Sg. Cf. Pasquier, Recherches, 1. VIII, ch. i : « Comme nous voyons l'Escossois, voulant représenter nostre langue par un escosse, ou, pour mieux dire, par un escorche françois, pour madame dire mondam... ».
(2) C'est le comte de Ronnel.
(3) Edition Fr. -Michel, Westminster, 1871, p. 55 et 6G.
(4) Dans Mimes français du XIII" siècle par Faral, Paris, 19 10, p. 5o. Cf. en outre, dans le Jardin de Plaisance, fol. 4 (« Ballade de deux Escossois ») et Cabinet Satyrique de 1634, p. 717 (« Le Testament d'un Escossois »).
(5) Voy. VEtourdi (acte V,sc. tv) et dans Monsieur de Pourceaugnac, le dialogue des deux Suisses. Cf. Otto Damm, Der dculsch-franjosische Jargon in dcr sjhonen franjosischcn Litlcratur. Berlin, 1911, p. 1 10 et suiv.
laire du français moderne est redevable à Rabelais, c'est-à-dire des mots de la langue générale qui trouvent dans son œuvre leur premier témoignage littéraire (i). Ces néologismes du xvi' siècle — dont la Driefoe Déclaration n'a retenu qu'une faible partie — se chiffrent par centaines et quelles que soient les réductions qu'amèneront des recherches ultérieures, la part du vocabulaire moderne qui reviendra à Rabelais restera toujours considérable.
Alais ces éléments positifs n'épuisent pas le lexique rabelaisien. Le grand écrivain a mis à contribution ses connaissances linguistiques pour introduire nombre de mots qui, empreints de son génie, ont fait parfois une brillante fortune. Parmi ses prédécesseurs immédiats, les grands rhétoriqueurs, comme Jean Molinet (2) et Le Maire, ont indéfiniment puisé et presque exclusivement dans l'immense réservoir du latin. Rabelais dispose de ressources linguistiques autrement variées et nombreuses. Rappelons son rôle initiateur en ce qui touche l'introduction et l'expansion des héllénismes et des italianismes. Aussi le côté inventif de son vocabulaire est-il autrement abondant et divers.