‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 196 sur 254 · III. — Contrepèteries · texte numérisé non relu

III. — Contrepèteries

C'est une sorte de lapsus linguœ, aux effets plutôt ridicules qu'heureux. Tabourot leur consacre le viii' chapitre de ses Bigarrures, intitulé « Des Antistrophes ou Contrepèteries », et c'est chez lui qu'on rencontre pour la première fois ce terme, qui remplace V antistrophe de Rabelais. Voici le passage de Tabourot inspiré comme toujours de Maître François :

De ceste inversion de mots nos pères ont trouvé une ingénieuse et subtile invention, que les Courtisans anciennement appelloient des Equivoques : ne voulans user du mot et jargon des bons compagnons, qui les appelloient des Contrepèteries ; en n'entendans aussi ce mot Antistrophe, qu'ils estimoient estre le langaq:e inventé de quelque Lifrelofre. C'a esté le gentil, sçavant et gracieux Rablais {sic)y qui les a premier baptisé de ce propre nom grec, encores que les Latins Payent ordinairement usurpé pour l'usurpation des noms... L'invention desquelles consiste à trouver deux mots, les premières lettres desquelles eschangées, leur donnent une diverse signification.

Rabelais met dans la bouche cynique de Panurge deux exemples grivois que cite également Tabourot (1. II, ch. xvi et xx).

L'effet comique est parfois amené par le changement de l*ordre des mots.

Un des capitaines de Picrochole s'écrie au comble de l'enthousiasme (1. I, ch. xxxiii) : « 0,si vous m.'y faites vostre lieutenant..., je tuerois un pigne pour un mercier » (i).

On lit dans le Prologue au Tiers livre : « Le coq d'Euclion, pour en grattant avoir descouvert le thesor, eut la couppe gorgée », et le titre du xxx® chapitre du Pantagruel est ainsi conçu : « Comment Epislemon, qui avoit la couppe testée, fut

sçaichant de quel boys fere flesches, et logé che^ Guillot le Songeur ». Idem, ibidem^ t. III, p. 384.

« Bonjour mes enfants, que je vous trouve à mon retour si mauvais garçons que vous me logie^ che^ Guillot le Songeur ». — D'Aubigné, Œuvres, t. I, 420 (lettre).

(( Vous me mettez bien che^ Guillot le Songeur ». — Henri Estienne, Dialogues, t. I, p. 211.

(i) Odet de Turnèbe, Les Contens (dans Ane. Théâtre, t. VII, p. 219) : « Ho I le mauvais! Il [Rodomont] tuera bienlost un teigne pour un mercier ».

guery habilement par Panurge (l'édition princeps porte simplement tente tranchée). Cette contrepèterie fut imitée par Brantôme et d'autres écrivains du temps.

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