ONOMASTIQUE
Nous avons déjà relevé la tendance significative des noms propres chez Rabelais. Il a d'ailleurs lui-même insisté à plus d'une reprise sur ce sujet particulier. Lors du nom imposé à Gargantua (l. I, ch. vu), « les assistans dirent que vrayment il debvoit avoir par ce le nom Gargantua, puisque telle avoit esté la première parolle de son père à sa naissance, à l'imitation et exemple des anciens Hébreux... ».
Mais c'est surtout à propos des noms de Riflandouille et de Tailleboudin, capitaines mandés contre les Andouilles, que Pantagruel tint « un notable discours sur les noms propres des lieux et des personnes » :
La dénomination, dist Epistemon à Pantagruel, de ces deux vostres coronelz Riflandouille et Tailleboudin en cestuy conflict nous promest asceurance, heur et victoire, si par fortune ces Andouilles nous vouloient oultrager. Vous le prenez bien (dist Pantagruel). Et me plaist que par les noms de nos coronelz vous prasvoiez et prognosticquez la nostre victoire. Telle manière de prognosticquer par noms n'est moderne. Elle feut jadis célébrée et religieusement observée par les Pythagoriens. Plusieurs grands seigneurs et empereurs en ont jadis bien faict leur profict.
Si le temps permettoit que puissions discourir par les sacres bibles des Hébreux, nous trouverions cent passages insignes, nous monstrans évidemment en quelle observance et religion leurs estoient les noms propres avccqucs leurs significations (1. IV, ch. xxxvn).
De là, le soin avec lequel Rabelais choisit ses noms de personnes, toujours en harmonie avec le rôle qu'ils vont jouer dans