Sont tirés de noms propres
Ambrelin, homme de ressources, type du charlatan qui sait faire tous les métiers :
Je suis masson, forgeur d'estrier.
Il n'est de riens que je ne face:
Pour ce on m'appelle en toute place Maistre Haviberlin, qui tout sait faire (i),
nous dit (vers 149$) un monologue dramatique portant ce titre. Une pièce de vers de la même époque est intitulée « Maistre Hamberlin, serviteur du Maistre Aliboron » (2).
(i) Montaiglon, Recueil, t. XIII, p. 170 et suiv.
(2) En allemand, Meisier H'drnmerling a tour à tour désigné le diable, le sorcier, le farceur (Grimm). C'est par un de ces livrets- de col-
Antltas, personnage qu'on rencontre souvent dans Rabelais, en dehors de cette nomenclature de cuisiniers. Dans le plaidoyer du seigneur Baisecul, il l'appelle MaistreAniitus des Crossonniei^s ou Cressonniers (suivant les éditions), « licencié en toute lourderie », en l'assimilant à un marchand de cresson, d'où sa place parmi les cuisiniers, à côté de CressonacUere. Au V^ livre, Panurge, en saluant maître Aeditue de l'île Sonnante (ch. v), l'appelle Maistre A}ititus,et Frère Jean donne le même nom à Panurge (ch. viii).
Guillaume Coquillart cite, en 1478, un Johannes Antitus (« glossator juris civilis »), à côté de iMartinus et Baldus, jurisconsultes du xii" et du xiv"" siècles. Un Antitus figure comme médecin dans la Vengeance de Nostre Seigneur, mystère du xv" siècle (à côté de Dam Pultus et de maistre Odo). La notion de sottise présomptueuse que ce nom prend dans la Condainnacion de Bancquet^ (éd. Jacob, p. 326) :
Ha ! vous avez lait ceste feste ?
Quel Maistre Antitus !
se dégage également du deuxième livre de Rabelais (i) et ce type prévaudra : « Maistre Antitus de Cressonnière, un badin qui se mesle impertinemment de tout » (Oudin).
C'est l'épithète de Cressonnière (2) qui a suggéré à Rabelais l'idée d'en faire un cuisinier, comme en témoignent les noms de Cressonadière et autres énumérés ci-dessus sous la rubrique « Salades ».
Calabre, c'est-à-dire Calabrais .
Gabaonite, habitant de Gabaon, ville de Palestine où le soleil s'arrêta en faveur de Josué, circonstance à la-]uel!e Rabelais fait allusion dans son Epître à Bouchet.
Gringualet, nom de cheval, surtout petit et maigre, dans les Chansons de geste, par exemple dans VErec de Chrestien de Troyes :
SgS/. Galopant sor le gringalet ,
S'en aloit keus tôt un variât.
portage que le nom a pénétre' en français tout d'abord dans le patois de Metz, où le nom était encore courant au début du xvii« siècle.
(i) Voy., sur ce nom, une note d'E. Picot (dans son Nouveau recueil de farces françaises, Paris, 1880, p. 97 à 114.) et une autre d'E. Roy (reproduite dans la Rcv. Et. Rab., t. X, p. io8 à i 10).
(2) Naudet, dans son Mascurat (p. 23), cite des titres burlesques qui en sont des imitations : Epistre Ma^^istri Antititus de Cressonnières ad Magislruvi Josephutn Quercetanum (Basle, i575) et Epistre Magistri Arthurii de Cressonnieriis ad Dominum de Parisiiis (i6ii).
Le nom acquit, clés le xvi"" siècle l'acception de petit bonhomme .
MyreJanguois, originaire de Myrelingues.
Nabii^ardan, « maistre cuisinier du roy Nabugodonosor » (1. lY, ch. xxxix). Dans la Bible, c'est le nom d'un général de Nabucodonosor, mais une tradition assez ancienne le transforme en cuisinier. C'est à cette dernière acception que se rapporte la facétie du xv^-xvi' siècle : « Sermon joyeulx de la vie de Saint Ongnon, comment Nabusarden, le maistre cuisinier, le fit martirer... » (i). Frère Jean le rapproche de Potiphar, « maistre queux des cuisines de Pharaon », et demande (l. IV, ch. xxxtx) : « Pourquoy Nabusardaii, maistre cuisinier du roy Nabugodonosor, fust entre tous autres capitaines esleu pour assiéger et ruiner Hierusalem ? » C'est son nom qui sert de mot du guet aux cuisiniers chargés de combattre les Andouilles.
Olymbrius, plutôt Olybrius, empereur d'Occident (472) que la Légende de Sainte Marguerite {xif siècle) et les iMystères (xv' siècle) représentent comme un traître et un fanfaron. C'est avec ce dernier sens que le nom figure chez Des Périers et dans Molière {Etourdi, III, 4) : « Faisons l'olibrius, l'occiseur d'innocents ))..La forme rabelaisienne se lit également chez Brantôme (t. IX, p. 173) : « Ceste cy... fait de Volymbrieuse, de l'altiere, de la superbe et de l'audacieuse à l'endroit de son mary ».
Robert, prétendu inventeur de la sauce Robert, « tant salubre et nécessaire aux connils roustis, canards, porcfrais, œufz pochez, merluz salez, et mille aultres telles viandes ». De même Mondam, est 1' « inventeur de la saulce Madame, et pour telle invention feut ainsi nommé en langage Escosse F'rançois ».
8. — Résidu obscur : Apigratis, Dalyqualquaia, Escarsaufie, Urelipipingues, ce dernier nom burlesque à finale semblable à Albingues ou M y relingues.
Voilà les éléments multiples de cette copieuse nomenclature. En dernier ressort, ils se ramènent tous aux choses culinaires ou aux défauts professionnels des cuisiniers : saleté, paresse, difformité physique, lubricité, gourmandise, gueuseric, friponnerie, tel que nous avons essayé de les classer. Cette longue série de noms imaginatifs est close pcir quelques noms propres et par maint appellatif resté obscur.
(i) Montaiglon, Recueil, t. I, p. 204.