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L'ECOLIER LIMOUSIN

(A PROPOS DES « ESCUMEURS DE LatIN )))

Le célèbre épisode de l'Ecolier Limousin a joui d'une grande vogue au xvi' siècle. Le fond en est (comme on l'a vu) une facétie scolaire, dont les variantes se trouvent à la fois chez Geoffroy Tory et chez Rabelais. Celui-ci a su lui donner une forme dramatique pleine de verve et d'humour.

Cette scène comique du roman s'est vite imposée à l'attention des contemporains qui y font souvent allusion. Elle a provoqué aussi maintes imitations qui méritent d'être rappelées.

Estienne Pasquier en parle dans une de ses Lettres (l. II, lettre xii) :

Pétrarque acquit la vogue entre les siens pour ne s'estre seulement arresté au langage toscan, ains avoir emprunté toutes paroles d'eslite en chaque sujet de diverses contrées de l'Italie... Le semblable devons nous faire chascun de nous en nostre endroit pour l'ornement de nostre langue, et nous ayder mesme du Grec et du Latin, non pour les escorcher ineptement, comme fît sur nostre jeune aage Ilelisaine (i), dont nostre gentfl Rabelais s'est mocqué fort à propos en la personne de l'EscoIier Limousin qu'il introduit parlant à Pantagruel en langage escorche latin (2).

Ronsard, vers la fin de sa vie, suivant le témoignage de d'Aubigné, citait l'Ecolier Limousin à l'occasion de l'usage abusif de certains latinismes, qu'il désirait voir remplacer par des vocables indigènes (3).

Guillaume Bouchet, qui a consacré la dernière des Serées ii la diversité des langues, fait cette remarque (t. lY , p. 95) : « Non seulement la diversité des idiomes et de la prononciation apporte divers sens, mais aussi les mots que nous prenons des

(i) Voy., sur ce personnage, Plattard, U Œuvre de Rabelais, p. 70.

(2) On a vu ci-dessus que Rabelais s'est élevé, par la bouche de l'Ecolier Limousin, non contre un auteur déterminé, mais contre un courant général des écrivains du temps.

(3) Voy. ci-dessus, t. Il, p. 108.

autres Icingues, que nous excorions comme faisoit le Lymousin de Pantagruel... ».

La première imitatijn qu'on en connnaisse porte ce titre: Epistre du Lymosin de Pantagruel, grand excoriateur de la Lingue Latiale. Envoyée à un sien amicissime, résident en Vindite et famosissime urbe de Lugdune. Cette facétie anonyme, attribuée à tort à Rabelais, a été jointe à ses Œuvres à partir de 1558. C'est une véritable charge qui n'offre — à l'encontre de ce que soutient Marty-Laveaux (t. 111, p. 362) — aucun intérêt pour l'histoire de la langue du xvi' siècle (i).

Plus curieuse est l'allusion de du Fail dans le xv'^ des Contes d'Eutrapel. Citons-en ce passage:

Polygame dit que la plus grande finesse qui soit en ce monde est aller rondement à besogne, parler son vray patois et naturel langage, sans le pourfiler et damasquiner, comme font nos refraise^ et goudronne:{ de ce jour. Et Cicero, qui se congnoissoit bien en telle marchandise reprenoit aigrement tels parleurs, et qui meslent la langue Grecque avec la Latine.

Estienne Tabourot, après avoir parlé d' « un quidam qui vouloit contrefaire le Limosin rabeleiique », nous offre, dans ses Bigarrures (1572), fol. 150 v°, un échantillon rimé dans un langage analogue à celui de l'Ecolier Limousin :

Je viendray maintenant aux Excorilinguilatinise\, comme en l'Epistre mise à la fin du V'' de Pantagruel. Mais tu auras ce suivant Epitaphe de ma façon, pour exemple d'un locumtenant Rouargois, qui se delectoit mesme en jugement de parler de ceste façon :

Dessous ce tumule est jacent Un impigre locumtenant, Il n'avoit cabal ny mule, Il spermatizoit la vetule...

L'auteur du Moyen de parvenir cite un échantillon qui rappelle le langage de notre Ecolier. C'est Jodclle qui s'y moque de cette latinomanie :

Quand je vous oys ainsi paillarder sur vostrc outrecuidance de bien

(i) Dans son article {Rev. Et. Rab., t. IX, p. 399 à 40?), Em. Philipot insiste sur les divergences entre l'Ecolier Limousin et la Farce de Maistre Mimin estudiant. Alors que la charge rabelaisienne touche la manie latinisante de son temps, la portée de la farce est pédagogique plutôt que linguistique, visant l'éducatton par le latin et l'enseignement purement livresque.

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