LA BIBLIOTHÈQUE DE SAINT-VICTOR 5 I
Un autre [livre], davantage supernalurellement bellissime, intitulé: La Republique de Socisses et Andouillcs
Que si quelqu'un, un peu trop consciencieux et tendre d'oreilles, me vouloit dire par cas fortuit estre cela impertinent, je voudrois bien qu'ils me respondissent, sauf correction de leurs tendres, mignardes, nec non vesiades oreilles, quid ob que n'y puisse aussi bien avoir un livre de la Republique des Socisses et Andouilles, comme nous avons en France un livre de la Republique de Boudin (i)?en tant que saulcisses, andoilleset boudins, sont correlala, et pourtant que tels délicats s'aillent oindre les oreilles avec du burre. Car nous ne les demandons icy (2)...
Lestoille. — Le Journal de Lestoille nous a conservé, sous l'année 1587, une autre collection burlesque: « La Bibliothèque de Madame de Monipensier, mise en lumière par l'advis de Cornac, avec le consentement du sieur de Beaulieu, son escuyer ».
Une centaine de titres renferment des allusions aux personnages du temps et aux dames de la cour. Nous en citerons ces exemples :
Le Pot pourry des affaires de France, traduit d'italien en François par la Royne mère.
La Vie Sainte Nitouche, par maistre Martin Couvay, reveue et augmentée par M. Aubri, curédeSaint-André-des-Arts à Paris, dédiée à madame la présidente la Guesle.
Le dénombrement des veaux de la Ligue et le moien de les garder de baisler, par M. du Renus.
La confrairie des marmitons de la Ligue par nostre maistre Hamiltoû, curé de Saint Cosme, à Paris.
IL — kvil" siècle.
Inventaire. — En passant au xvn' siècle, nous trouvons l'Extrait de Vinventaire de M. le chevalier de Guise (^), une cin-
(1) Allusion à la République de Jean Bodin, parue à Paris en iSyb.
(2) Notre extrait (comme les suivants) diffère de celui donné par Gustave Brunet, p. 3oo à 3o2.
(3) Extraict de V Inventaire qu y s'est trouvé dans les coffres de M. le chevalier de Guise, par madamoiselle d'Antraigue, et mis en lumière par M. de Bassompierre. Avec un brief catalogue de toutes les choses passées par plusieurs seigneurs et dames de la cour, le tout recherché et escript de la main dudit dejffunt et présenté aux amateurs de la vertu, 161 5. Edouard Fournier, Variétés historiques, t. V^ p. 147 à i58,
quantaine de titres, dont quelques-uns inspirés de Rabelais :
L'art hoaaeste de psiter, pratiqua et composé par le Président Durct, dédié à M. de Roquelaure.
L'apparition de Saincte Gertrude à Madame l'abbesse de Maubuisson estant en mal d'enfant.
Un traicté de la furie, et description par le comte de Brissac ; avec un discours des commoditez des calottes, dédié à la Margelette.
FuRETiÈRE. — Dans son Roman bourgeois (i), Furetière donne le catalo;^ue des livres de Mythophilacte, type du poète parasite et bohème de l époque, dont voici quelques articles :
Apologie de Saluste du Bartas et d'autres poètes anciens qui ont essayé de mettre en vogue les mots composez ; où il est montré que les François, en cette occasion, n'ont été que des pagnottes en comparaison des Grecs et des Romains, par l'exemple d'Aristophane, de Plante et d'autres autheurs.
Forfantiados libri quatuor, de vita et rébus gestis Fatharclli.
Le grand Sottisier de France, ou le dénombrement des sottises qui se font en ce vaste royaume, par ordre alphabétique.
Apologie du temps présent contre ceux qui regrettent les mœurs du temps passé, et comparaisons des anciens usages avec les nouveaux.
Dictionnaire poétique, ou recueil succint des mots et phrases propres à faire des vers, comme appas, attraits, charmes, flèches, flammes, beauté sans pareille, merveille sans seconde., etc. Avec une préface où il est montré qu'il n'y a environ qu'une trentaine de mots en quoy consiste le levain poétique poar faire enller les poèmes et les romans à l'infiny.
Somme dédicatoire, ou examen général de toutes les questions qui se peuvent faire touchant la dédicace des livres divisée en quatre volumes.
Comédies. — Dans la comédie Altéon, du milieu du xvii»^ siècle, un colporteur récite ce boniment (acte I, se. ii) :
J 'ay de livres icy tant en rimes qu'en prose : Le Duel des deux gueux dedans le Pré aux clercs. J'ay les Noms des filous, la Misère des clecrs, .l'ay les nouveaux e'dits, les nouvelles gazettes, .l'ay la Comoditc des bottes et des garsettes, J'ay V Amour des scrgcns, la Pitié des voleurs, J'ay le (Iruel combat d'un cing^ et d'une grue, J'iii grande quantité de bons livres nouveaux, J'ay la Manière aussi comme on sevré les veaux.
Dans une autre comédie de l'époque, Les Intrigues d'Arlequin (i) Edition Fournier, p. 3i2 à 3i6.
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aux Champs EUjsées (insérée clans le deuxième tome du Théâtre italien de Gherardi), on trouve une liste d'écrits fantaisistes parmi lesquels :
De l'invention de ramoner les cheminées par Agrippa. Traité astrologique qui prouve la conjonction de Vénus et de la Lune dans la tête de certaines femmes.
Geldorp. — L'érudit flamand Henri Geldorp cite, dans son Dialogus epitlialaniicus (1664), la plupart des livres rabelaisiens de la Bibliothèque de Saint-Victor, sous leur forme même originale. C'est là une simple copie plutôt qu'un pastiche.
Remarquons encore que, dans la célèbre version anglaise de Pantagruel pdiT Urquhart (1653), celui-ci ajoute aux titres bibliographiques de l'original quelques autres de son cru que nous avons relevés ailleurs (i).