A PROPOS DE SA « GÉOGRAPHIE FICTIVE
Le point de départ de la fantaisie rabelaisienne, presque toujours réaliste, reflète les préoccupations de l'époque ou emprunte des souvenirs personnels de l'auteur et de son pays natal ; mais son imagination vagabonde abandonne vite ce terrain solide pour suivre sa propre route.
Aussi rien ne saurait-il mieux faire ressortir le caractère fantaisiste des Navigations de Pantagruel qu'une revue des connaissances géographiques de Rabelais.
La France, ses provinces et ses villes, y sont si abondamment représentées, qu'on a pu, grâce à ces données éparses, reconstituer la topographie au xvi*^ siècle des diverses régions familières à notre auteur : Berry, Poitou, Anjou, Touraine (i). Les autres pays et peuples de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique y figurent également. L'Amérique en est naturellement absente : Rabelais ignore à la fois le nouveau continent et ses produits exotiques (animaux, végétaux, etc.), qui n'ont commencé à s'acclimater en Europe centrale que dans la seconde moitié du xvi^ siècle.
Le chapitre xxxiii de Gargantua nous offre un résumé succinct, mais à peu près complet, des connaissances géographiques qu'on avait en France aux environs de 1530. C'est la fameuse scène du conseil de guerre de Picrochole. où ses capitaines matamores énumèrent, en flattant la vanité du maître, les conquêtes fantastiques qu'il ne peut manquer de faire. Cette nomenclature, complétée par quelques autres textes secondaires (2), remonte à diverses sources linguistiques et géographiques.
(i) Ces monographies ont paru dans la Revue des Etudes Rabelaisiennes (t. TI et suiv.). Nous en avons tiré parti à l'occasion de l'étude des mots de terroir. Nous ne tiendrons compte ici que des noms géographiques en dehors de la France.
(2) Voy. 1. II, ch. XXIV ; 1. II, ch. li ; 1. JV. ch. xxv ; et Pantagniéline Prognostication, ch. m.