Bas-latin
La J'able de Velletre (i), clu .\v' siècle, nous donne quelques renseignements précieux sur les connaissances géographiques à la veille de la Renaissance.
On y lit : Montes Yperborei (dans Rabelais: Monts Ifyperborées), (( in quibus griffones et tigres inhabitant ».
((Mare sive Terra arenosa, in qua lepit \ia modo maris et gens equitat in textoriis pergamenis ne nisu vento et arena destrueret )). Dans Rabelais (1. I, ch. xxxiii) : « De là — d'Irlande — naviguans par la mer Sabulcuse et par les Sarmates... » et (1. V, ch. xxvi) : « Ils porlùient souliers ronds comme bassins, à l'imitation de ceux qui habitent la mer Areneuse... )). C'est le Pontus sabulosus de Ptolomée, qui semble désigner les détroits entre la Scandinavie et le Danemark, détroits couverts de sable.
Cette même Table met dans l'Asie Majeure : « Provincia Gog^ in qua fuerunt Judaei inclusi tempore Artaxerxis » et Magog: a In istis duabus sunt gentes magni ut giganles plcni omnium malorum morum ». Ciiez Rabelais, Gog ci Magog sont des noms préhistoriques de peuples géants, suivant la tradition biblique.
La Gotliie de Rabelais, c'est la Gothia magna, nom bas-latin de la Péninsule Scandinave, à côté de Dace ou Dacia, nom par lequel iEneas Sylviusdésigne le Danemark. Cf. Volatcrran, p. 210: a Nunc sane Cimbricam Chersoncsum Daciam vocant, cui rex p!û:cst qui Suetiam et Norvegiam peninsulas in eodcni mari obtinct ».
Sclavonie (écrit Esclavonie par Gilles Le Bouvier) répond à la Sclavonia de Volaterran (p. 210): « Dcinccps ultra Vistulam regiones ad Sarmatiam pertinent Sclavoni ».
C'est au bas-latin que remonte également le nom cVEstrellns, dont Rabelais se sert à différentes reprises (1.1, ch. xxxiii ; 1. IV, Prol., etc.) pour désigner les habitants des villes hanséatiques, voisins des Danois. Au Moyen Age, les Estrelinyi étaient « ii Gerinania,' populi qui a Dania.- confiniis habitant » (Du Cange). Commynes les appelle Oi<trclin^, « oui sont situez tant avant en ce North ».
Ces deux formes du même nom, l'une haut-allemande et l'autre bas-allemande, ont pénétré en français par l'intermédiaire du lias- latin (2).
(i) Ce curieux document a été réimprimé »lans l'Appendice de l'édition récente de Gilles Le Bouvier.
(2) Voy. Rcv. Et. Rab., t. \'I1, p. 342 ''^ 244.
La plus Importante de ces appellations est celle de mer Méditerranée (déjà dans Isidore : Medlterraneain mare) qu'on lit pour la première fois chez Rabelais. Gilles le Bouvier dit encore Myterraine (p. 30 : « La mer de Mydy qu'on appelle Myterraine ») et Jean Le Maire écrit « toute la mer mediterrane (i) ».