II. — Lexicographie
Vocabulaires. — Le point de départ de la lexicographie française est le Dictionnaire François-Latin de Robert Estienne (iSBg). Contemporain des deux premiers livres du roman rabelaisien, ce Dictionnaire offre un intérêt particulier pour nos recherches.
Dans sa première édition, image du langage usuel de la première moitié du xvi« siècle, cet ouvrage révèle de grandes lacunes littéraires et scientifiques, lacunes qu'allaient combler les premiers livres rabelaisiens. Dans sa seconde édition (1549), Robert Estienne a mis à contribution plusieurs des apports lexicologiques du roman, témoignant ainsi de son influence décisive sur le développement de la langue.
De plus, par deux remaniements ultérieurs, le Dictionnaire François-Latin reste dominant pendant près d'un siècle. En 1564, Maître Jehan Thierry en donne une réimpression (( corrigée et augmentée à l'aide et diligence des gens sçavans », et en 1606, le Dictionnaire de Rob. Estienne reparaît sous le titre de (( Thresor de la langue Françoyse, tant ancienne que moderne, auquel entre autres choses sont les mots propres de Marine, Vénerie et Faulconnerie, ci-devant ramassez par Aimar de Ranconnet. . . Reveu et augmenté en ceste dernière impression de plus de la moitié par Jean Nicot, Paris 1606 ». Nicot y a également ajouté des étymologies et des articles encyclopédiques qui annoncent Furetière (1690) et le Dictionnaire de Trévoux (1718).
L'œuvre initiatrice de Robert Estienne a ainsi acquis une importance exceptionnelle. Elle nous a permis entre autres (on l'a vu) de discerner, parmi les archaïsmes rabelaisiens, les vocables alors encore vivaces de ceux purement livresques.
Cependant la source lexicographique par excellence, pour Rabelais comme pour tout le xvi« siècle, reste l'inépuisable vocabulaire de Cotgrave, son Dictionarie of the French and English 'Longues (161 1). Malgré ses lacunes et ses superfluités. cet ouvrage est devenu à son tour un monument linguistique aussi bien pour le français que pour l'anglais de l'époque de la Renaissance.
Il manque encore un Dictionnaire du xvi" siècle. Le Complément de Godefroy, qui occupe les deux derniers volumes de son Dictionnaire de l'ancienne langue (1893-1902), est tout à fait insuffisant, et
les glossaires, qui accompagnent les réimpressions modernes des écrivains de la Renaissance, ne sauraient y suppléer.
Glossaires. — Citons comme recueils rabelaisiens, en dehors de la Briefve Déclaration (i552) et de l'Alphabet de l'Auteur français (i663), les Glossaires de De l'Aulnaye (i823), de Janet-Moland (1867 et 1874) et l'Index-Concordance de Marty-Laveaux (1902).
III, — Genre dramatique.
Rabelais a souvent puisé dans l'ancien théâtre, si abondamment représenté en moyen français. Comme la vie populaire et sociale de la Renaissance s'y fait jour, notamment dans les Mystères et dans les Faices, ce vieux répertoire dramatique offre de nombreux éléments de comparaison avec le roman rabelaisien.
Moralités. — La plus célèbre est la Condamnacion de bancquet:{ de Nicole de la Chesnay (1)07). Elle a été deux fois réimprimée dans les recueils du Bibliophile Jacob (iSitç) et d'Ed. Fournier, Le Théâtre français avant la Renaissance (i45o-i55o), Paris, 1872.
Soties. — Feu Emile Picot a donné en deux volumes un recueil complet do, Soties, Paris, 1902-1904.
Mystères. — Les mystères remontent au xv* siècle. Voici les plus connus :
Mister e du Vieil Testament (1450- 1480), p. p. Picot et baron de Rothschild, Paris 1878-1879, 6 vol,
Mistere de la Passion par Arnould Gréban (i45o), éd, Gaston Paris et Gaston Raynaud, Paris, 1878.
Mistere de Saint Quentin par Jean Molinet (entre 146s et 1492), éd, Henri Châtelain, Saint-Quentin, 1908,
L'unique et le dernier Mystère du xvi* porte le titre : Vie de Sainct Christophle par Maistre Chevallet. Cf. Petit de Julleville, Les Mystères, Paris 1880, 2 vol.
Farces. — La célèbre farce de Pathelin (avant 1470) inaugure ce genre dramatique, un des plus féconds de la Renaissance. Ses productions remplissent les trois premiers volumes de Y Ancien Théâtre (i 854-1 857) de Viollet-le-Duc ainsi que les recueils spéciaux du Bibliophile Jacob (1859), d'Edouard Fournier (1872), de Mabille (1872), de Picot et Nyrop (1880),
Cf, Petit de Julleville, Répertoire analytique du théâtre comique en France (Paris, 1886) et Auguste Beneke, Répertoire und Quelle der fran:{l')sischen Farce (Weimar, 19 10).
M0N0L0c;tjES ET Sermons JOYEUX. — Une cinquantaine de monologues a été publiée par Emile Picot dans les tomes XV à XVll de la Romania. D'autres, ainsi que plusieurs sermons joyeux, se lisent dans les treize volumes du Recueil des poésies françaises d'Anatole de Moniaiglon et James de Rothschild, Paris, 1855-1878,
Comédies. — Les recueils de Viollet-le-Duc et d'Ed. Fournier donnent les plus connues des pièces littéraires de la seconde moitié du xvi° siècle: Eugène ou la Rencontre (i562) d'Estienne Jodelle, Les Esbahis {i5ào)de, Jacques Grévin, Les Corrivaiix (i562) de Jean de la Taille, et tout particulièrement les nombreuses pièces de Pierre Larrivey (1578-161 1).