‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 24 sur 254 · IV. — Le mot et le sens · texte numérisé non relu

IV. — Le mot et le sens

Il faut également tenir compte de l'acception spéciale que notre ayteur attribue à ses héllénismes. Lorsqu'il qualifie Ho-

(i) Vo^! Mkrty-Laveaux, t. I, p. 84-85, et Ghamard, éd. Défense, p. 170 et 258.

(2) Cf. 1. III, ch. xLv : «... les Maenades femmes Bacchicques . . . ».

(3) Cf. 1. I, ch. v: « ... au seul son des pinthes et flaccons il entroit en ecstase ».

(4) Rabelais écrit enthusiasme, d'après le latin euthusiasmus : « C'est mon unicque enthusiasme » (1. III, Prol.). La forme moderne est dans Ronsard, qui l'a tirée du grec

(5) Cf. Briefve Déclaration : « Dithyrambes, crœpalocomes., epœnons, chansons de yvroignes, en l'honneur de Bacchus ».

(6) Marty-Laveaux, t. I, p. 61-62. Voy., en dernier lieu, sur les épithètes mythologiques et le vocabulaire grec de Ronsard, l'ouvrage récent de Pierre de Nolhac^ Ronsard et l'humanisme, Paris, 1921, p. 99 à ICI.

48 ÉLÉMENTS LUINGUISTIQUES

mère (dans le Prologue du Gargantua) « paragon de tous/»/ii7ologes », il prend ce terme au sens de poète érudit, de savant interprète de l'antiquité, sens de latin philologus (dans Sénèque). Jean Martin, dans sa traduction deVitruve (1547), définit les philologues « gens aymans à bien parler ». C'est Budé qui a le premier rendu, dans son Institution du Prince (1547), au mot philologie le sens qu'il a déjà dans Vitruve et dans Sénèque.

Sous ce rapport, un examen de la Briefve Declai^ation (1552) ne laisse pas d'être instructif. On y lit plusieurs explications sur des termes que Rabelais a employés dans VEpître à Odet (i).

C'est ainsi que évangile y est pris pour la première fois au sens étymologique de « bonne nouvelle », comme mythologies avec celui « d'histoires fabuleuses », tous les deux directement tirés du grec (ainsi que thème), alors que ces mêmes mots, venus par l'intermédiaire du latin, sont attestés antérieurement à Rabelais.

De même, symbole, conférence, collation (sens du grec cup.- €0X7)): «... le facile symbole qui est... entre bouilly et rousty » (1. IV, ch. xxxiii). Ailleurs, et fréquemment, Rabelais prend le mot au sens actuel, qui lui est antérieur.

Symptomates, terme médical ainsi défini par la Briefve Déclaration: « Accidens survenans aux maladies, comme mal de cousté, toux, difficulté de respirer, pleurésie ». Aux problèmes proposés à Pantagruel, celui-ci de répondre (I.IV, ch. xliii) : « A tous les doubtes et qutestions par vous propousées compete une seule solution : et à tous telz symptomates et accidens une seule médecine ». La forme actuelle se lit plus loin (ch. Lxvii) : «... un des symptômes et accidens de paour... ».

Nous pourrions facilement multiplier ces exemples à l'aide de la Briefve Déclaration. Mais les indications données ci-dessus

(i) Telles :

Mitologies, fabuleuses narrations. C'est une diction grecque (cf. « J'ay esté recquis et importuné pour la continuation des mythologies pantagruclicques »).

Thème, proposition, argument. Ce que l'on propose à discuter, prouver et déduire (« C'est le sujet et thème unicque d'iceulx livres »).

Evangile, bonne nouvelle (à propos du privilège royal accordé à son livre) : e( Cestuy évangile depuys mavcz de vostre bénignité réitéré à Paris ».

suffisent pour préciser le caractère de certains héllénismes rabelaisiens.

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