Eléments burlesques
Le roman rabelaisien renferme, en fait de grec, nombre de dérivés et de composés artificiels :
Doriphage (1. III, Prol.) : « ... les geans doriphages avalleurs de frimars », c'est-à-dire les avocats qui vivent de disputes (de Sôpu, lance).
Corgbantier, « dormir les œilz ouverts » (Briefve Déclaration), comme les corybants veillant sur Jupiter: « Quaresmeprenant corybantioit dormant... craignant quelque camisade d'Andouilles, ses anticques ennemis » (1. IV, ch. xxxii).
(i) A savoir: vTroo-raTt;, écoulement goutte à goutte, et ivairjojjpia, ce qui flotte à la surface d'un liquide.
(2) Voy. Rev. Et. Rab., t. IX, p. 286.
Diaspermatisant, épithète donnée à Panurge par Frère Jean (1. III, ch. xxvi).
Les vocables de ce genre, parfois, ne sont que de simples réminiscences :
Morosophe ou « saige-fol », épithète donnée à Triboulet, est un souvenir de Lucien. Et lorsque Rabelais, dans la préface de sa Pantagruéline Prognostication, cite « astrophile, hypernephelistes, anemoph glaces, uranopetes et ombrophores », il se souvient d'ÔTrepvéçeXoç, qui s'élève au-dessus des nuages (dans V Icaroménippe de Lucien), en même temps que d'ô^i-Spoçopoç, qui apporte la pluie (des Nuées d'Aristophane), et d'oùp7.vo77£Ty)(;, tombé du ciel (des Moraux de Plutarque). A ces souvenirs antiques il ajoute de son crû : astrophile, observateur des astres (i), et anemophylace, gardien des vents.
Phrontistere, salle d'études (1. III, ch. xxxvi), le «ppovTiGTTiptov de Lucien.
Il insère tyrofageux dans un coq-à-l'âne (1. Il, ch. xiii), souvenir de Tupocpayôç, mangeur de fromage, nom donné au rat dans la Bairachomyomachie,
Quant à trismeglste ^ trois fois très-grand, épithète de Mercure, que Panurge applique à sa braguette (1. II, ch. xix), il est inutile d'en chercher la source.
Au même ordre d'idées appartiennent les appellatifs grecs du prêtre païen que Rabelais applique plaisamment aux moines : Mystes, proprement initiés aux mystères du paganisme (le jtiicT7)ç de Plutarque) etsymmystes, initiés avec les autres, collègues en sacerdoce (le ou[y.j;.u!:T7)ç de saint Basile), à côté de pastophores, prêtres chargés de porter les statues des dieux dans les chapelles du temple (le xacTocpopoç de Diodore de Sicile), sens spécial noté par la Briefve Déclaration (2).
Ce sont là, on le voit, des faits comiques, des saillies burlesques, et nullement des apports du ressort de l'hellénisme.