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CHAPITRE II LATIN

La tradition latine, ou influence savante du latin, se confond avec les débuts mêmes de la littérature. On peut en suivre les étapes depuis les premiers monuments jusqu'à nos jours. Elle atteint son maximum d'intensité aux xv'-xvi' siècles, chez les rhétoriqueurs, et tout particulièrement chez Jean Le Maire.

Rabelais nous a laissé, dans son Ecolier Limousin, une parodie inoubliable de cet envahissement du latinisme. Le texte reproduit une facétie courante au Quartier Latin; mais le latinisme est à tel point inhérent à tout progrès linguistique, que plusieurs des termes employés par l'Ecolier — crépuscule, déambuler, indigène, lupanar, extase, etc. — font aujourd'hui définitivement partie de la langue.

On sait qu'en dépit de cette parodie, Rabelais use et abuse du latinisme ; mais on n'a pas suffisamment insisté jusqu'ici sur les cas spéciaux où il y a recours intentionnellement, quand il veut donner plus de solennité à son récit ou aux faits narrés. Tel est le style des lettres que Grandgousier écrit à Gargantua et Gargantua à Pantagruel : tel aussi celui de la harangue faite par Gallet à Picrochole, etc.

Un tout autre caractère distingue au V^ livre les discours de la reine Entéléchie, influence manifeste de la diction symbolique du Songe de PoUphile.

D'ailleurs, tous les grands écrivains du xvi° siècle abondent en latinismes. Calvin les prodigue dans son Institution chrétienne, termes de dialectique religieuse et de morale, dont la plupart sont restés (i). Le style solennel du grand théologien y diffère

(i) Cf. J. W. Marmelstcin, Etude comparative des textes latins et français de VInstitution de la religion chreslicnne par Jean Calvin, Groningue, 192 i . Voy. , sur le vocabulaire, notamment les pages 89 à 98, et Appendice II, qui donne une liste alphabétique des néologismes employés dans l'Institution.

essentiellement du ton, plus libre et plus personnel, dont il use dans ses lettres, dans ses sermons et dans ses écrits polémiques (i).

Montaigne abonde à son tour en latinismes, qui n'ont pas survécu (2). Ce n'est qu'au xvii' siècle qu'on établira une démarcation rigoureuse entre les latinismes désuets et ceux qui ont définitivement pris racine dans la langue.

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