I. — Vicissitudes du latinisme
En parcourant les variantes de l'œuvre rabelaisienne, nous constatons que les réimpressions de l'édition princeps du Pantagruel contiennent beaucoup moins de latinismes : obediens (ch. viii) est remplacé par obeyssans; « gehaignoit à'angustie » (ch. xiii) est supprimé; « lucifuges nycticoraces qui sont inquilines » (ch. xiii) disparaît ; « depromer ses oracles » (ch. xviii) est remplacé par produire.
Le chapitre xxix en fournit à lui seul plusieurs exemples : « estoit submergé » (remplacé par noyé) ; « naturel comme tu as concédé es humains » (= naturel comme oultroyé es humains) ; « et ministère de ta parolle » {= et service de toi...) De même dans Gargantua, ch. l : « Le temps qui toute chose erode (éd. 1542 : ronge) et diminue ».
Dans le I" chapitre de l'édition définitive du Quart livre, les néologismes de l'édition partielle cèdent la place à des équivalents indigènes : la sone torride y devient ceinture ardente et le pôle arctique, Vesseuil septentrional.
Nous dresserons plus loin le bilan des latinismes, dont chaque livre a successivement enrichi la langue. On verra que le Tiers livre et le Quart livre ne le cèdent guère sous ce rapport à leurs devanciers.
En ce qui touche ce dernier, il est intéressant de faire remarquer que IdiBriefve Déclaration, qui explique les héllénismes et les italianismes, ne renferme, en fait de latinismes, que des remarques isolées : « Auriflae énergie, vertus faisante couller l'or; promeconde, despansier, cellerier, guardien qui serre et distribue le bien du seigneur ».
(t) Voy. ci-dessus, t. I, p. 344.
(2) En voir le relevé dans Voizard, Etude sur la langue de Montaigne, Paris, i885.
Ce quasi silence ferait supposer que les latinismes n'étaient plus considérés vers 1550 comme des éléments néologiques étrangers aux lecteurs, en opposition aux emprunts tirés du grec ou de l'italien qu'il importait alors de rendre accessibles.