VII. — Latin ecclésiastique
VuLGATE. — L'influence séculaire que la Bible a exercée sur la pensée et la langue nationales a eu lieu par l'intermédiaire de la Vulgate^ traduction latine faite sur la version grecque des Septante. Elle fut retouchée vers 384 par saint Jérôme, qui l'a rendue plus conforme au texte hébreu original.
Cette version a gardé nombre d'hébraïsmes qui ont ensuite passé dans les langues modernes. Rabelais en a tiré des images et des comparaisons, des expressions typiques et des vocables isolés que nous avons mentionnés ailleurs (i).
Ajoutons-y l'appellatif : architriclin, maître d'hôtel d'un prince, titre facétieux que prend notre auteur sur la Pantagruëline Prognostication et dans la lettre plaisante adressée à Antoine Hullot (1542). Le nom se lit dans Villon et dans un « Sermon joyeux de bien boyre » (2), par allusion aux noces de Cana (3).
Bréviaire. — 11 en est de même pour les Psaumes qui constituent le fond du bréviaire. Leur accompagnement d'antiennes et de lectures tirées des Pères ou des Actes des Martyrs, a été largement mis à contribution par notre auteur. Nombre de termes liturgiques en dérivent :
Audi nos et gaude (1. II, ch. xi), répons et antienne commençant par ces mots : « Gaude, Maria virgo, cunctas hasreses sola interemisti in universo mundo... ».
Magnificat, cantique de la Vierge, tiré de saint Augustin.
Mémento, messe de la commémoration des morts (1. II, ch. iv), commençant ainsi : « Mémento etiam, Domine, famulorum famularumque tuorum... ».
(i) Voy. ci-dessus, p. 27 à 3o.
(2) Ane. Théâtre, t, II, p. 17. Dans plusieurs chansons de geste, saint Architreclin est le nom du marié des noces de Cana.
(3) Dans son Traité des reliques (i543), Calvin rapporte ce curieux détail : « A Orléans, les moines se disent avoir du vin, lequel ilz nomment de V Architriclin. Car pour ce que saint Jehan, recitant le miracle [aux nopces de Cana], parle de V Architriclin, qui est à dire maistre d'hostel, il leur a semblé advis que c'estoit le nom propre de l'espoux ». Voy. Opéra, t. VI, p. 417.
LATIN 8l
Tous ces termes, et plusieurs autres tirés des offices (i), sont antérieurs à Rabelais. Ils étaient courants, non seulement dans le milieu monacal, mais encore dans toutes les classes de la société. Le bréviaire est pour Rabelais, comme pour Frère Jean, une source d'érudition théologique, une matière de bréviaire (2).