‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 52 sur 254 · ANCIEN ET MOYEN FRANÇAIS · texte numérisé non relu

ANCIEN ET MOYEN FRANÇAIS

La même forme est encore aujourd'hui en usage dans le Poitou, en Gascogne et dans le Dauphiné, surtout dans la formule de serment mannes! {= mon âme!), que la Brie/ce Déclaration explique par « jurement des gens villageois en Touraine ». En dehors de cette invocation solennelle, Rabelais emploie une seule fois la forme arme pour ctme, à l'occasion du passage du Gué de Vède rempli de gens noyés par le déluge urinai de la jument de Gargantua (1. I, ch. xxxvi) : « Gymnaste donnant des espérons à son che%'al, passa franchement oultre, sans que jamais son cheval eust frayeur des corps mors. Car il l'avoit accoustumé, selon la doctrine de /Elian, à ne craindre les armes ny corps mors ».

Telle est la leçon des premières éditions de Gargantua que les réimpressions ultérieures remplacent par âmes.

Burgaud des i\larets, dans l'introduction de son édition, remarque à ce propos (p. III, cf. p. 226) : « Nous imprimons que Gymnaste avait habitué son cheval à ne craindre les armes ny corps morts. Telle est la leçon de 1535 et de l'édition antérieure. Dans toutes les autres, armes s'est métamorphosé en âmes. Un cheval qui a peur des âmes ! Depuis plus de trois siècles, on prête au noble animal une superstition qu'il n'a sans doute jamais eue » .

Or, dans Elien (I. XVI, ch. xxv), il est question de la méthode de dresser les chevaux à ne pas craindre les cadavres. 11 ne s'y agit nullement d'armes^ mais d'à'Sa>>.a vsxpôiv, de cadaverum simulaera, que Rabelais rend par « âmes et corps morts » (i), c'est-à-dire fantômes et cadavres, suivant un procédé stylistique qui lui est familier. Dans le x" chant de VlUacle, auquel Elien fait allusion, on lit de même qu'Ulysse traîne par les pieds les guerriers tués par Diomède, afin que les chevaux thraces ne s'effraient pas de leurs cadavres (ve/.porç).

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