‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 53 sur 254 · II. — Moyen français · texte numérisé non relu

II. — Moyen français

La langue de Rabelais représente la période finale du moyen français, qui lui est redevable de son dernier développement, par l'introduction des mots helléniques et italiens. Mais il a tiré parti des œuvres de la première période qui va du xiv^-xv' siècle au début du xvI^

Froissart. — Parmi les historiens familiers à notre auteur, Froissart mérite d'occuper une place à part. Rabelais a tiré de

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sa Chronique (1390) (i) mainte expression métaphorique et maint détail pittoresque. La Trui/e, dressée par Frère Jean (1. IV, ch. xxxvji), est un souvenir direct du vieil annaliste (2).

Quant au vocabulaire proprement dit, il est difficile d'en préciser les souvenirs. Bornons-nous à citer ces quelques termes communs à Rabelais et à Froissart :

Aaaluer, évaluer, deux fois emplo3'é par Rabelais au Tiers livre.

Espeautrer, écraser : « Et eust la teste toute espeautrée » (t. XVI, p. 114). Deux fois employé par Rabelais dans son Quart liore (ch. xiv) : «... courbatu, espaultré et froissé... ».

Merdaille, rebut de l'armée (t. Il, p. 224); chez Rabelais, nom donné à un des capitaines de Picrochole.

Séjour, repos: « cheval'de séjour » (t. XI, p. 353). Fréquent avec ce sens chez Rabelais : « fol de séjour » (1. lll, ch. xx).

EusTACiiE Deschamps. — Nous ignorons si Rabelais a connu l'œuvre poétique du champenois Eustache Deschamps, qui n'a été publiée que de nos jours (3). Toujours est-il qu'un certain nombre de termes caractéristiques leur sont communs :

Hapelopin, gourmand, dans une épitre (t. VIII, p. 4):

A noz amez happelopin Sert de brouet et galopin...

Chez Rabelais, une des injures que les fouaciers de Lerné adressent aux bergers de Gargantua : « Rustres, challans, hapelopins » (1. I, ch. xxv).

Lourpidon, vieille sorcière, deux fois employé par Deschamps (t. VI, p. 212, et t. VIII, p. 182):

Ribaude, cabaz enfumez,

Putain, sorcière, lorpidon,

Qui maint enfant murdré avez...

Ce terme, probablement champenois (4), se rencontre à la fin

(i) Le t. XIX de l'édition belge de Kervyn de Lettenhove (1870 à 1877) contient un glossaire par A. Scheler, que nous avons mis à contribution.

(2) « Eurent conseil ceus de l'ost, pour leur besoigne approcher et pour plus grever leurs ennemis, que ilz enverroient querre en la Riolle un grant engin que on appeloit truie, lequel engin estoit de telle ordonnance que il jcttoit pierres de faix et se pouvoient bien cent hommes d'armes ordonner dedans et en approchant assaillir la ville » (1. ÎI, ch. v).

(3) Edition des Anciens Textes en 11 volumes, Paris, 1878 h 1903.

(4) Ménage donne à tort le mot sous la forme orpidon. Son origine

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